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Passer un mois à observer la faune et la flore de l’Archipel-de-Mingan pour s’en inspirer, c'était le souhait des artistes Chantal De Serres et Catherine Plante. Face à l’absence d’espaces d’accueil officiels, elles ont dû organiser leur propre résidence artistique à Havre-Saint-Pierre. Une telle débrouillardise devient essentielle pour plusieurs créateurs de la région.
Au deuxième étage de la Maison de la culture Roland-Jomphe, les deux artistes visuelles finissent de ranger les œuvres auxquelles elles ont travaillé durant leur résidence. Cet atelier, métamorphosé pendant 30 jours en cocon vivant et tapissé de dessins, retrouve peu à peu son calme d’origine.
Pour Chantal De Serres, de L’Isle-aux-Coudres, ce silence est celui du travail accompli. L’idée de créer à même les monolithes germait dans son esprit depuis qu'elle est tombée sous le charme du paysage minganois en 2023.

Les artistes Catherine Plante (à gauche) et Chantal De Serres (à droite), tout sourire sur les rives de Havre-Saint-Pierre, au terme de leur résidence artistique d'un mois.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Je me suis donné un an pour voir si c’était sérieux, mon affaire, et ça l’était, s’exclame-t-elle. Donc, pendant l’année, je me suis informée pour voir s’il existait des résidences d’artistes au Havre-Saint-Pierre et ça n’existait pas. Les gens du service de la culture m’ont dit d’en inventer une! Entretemps, j’ai rencontré Catherine à une exposition.
L'artiste comme entrepreneur
Catherine Plante n’a pas hésité un moment. Je suis là, je veux participer, s’est-elle enthousiasmée. S'en sont suivies deux années de démarches pour concrétiser le projet. Recherche de budget, d'un atelier, d'un logement et de partenaires, le processus n’a pas été de tout repos.
Et pourtant, ce parcours du combattant reflète celui de bien des créateurs de la Côte-Nord. Le centre d’artistes autogéré Panache art actuel collabore fréquemment avec des partenaires régionaux pour offrir aux créateurs d’ici et d’ailleurs de telles résidences.

Panache art actuel collabore fréquemment avec des partenaires régionaux pour offrir des expositions et résidences artistiques sur la Côte-Nord. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Toutefois, la demande dépasse largement l’offre pour la seule structure de ce type dans toute la région, souligne sa directrice générale, Julie Godin.
Ça prend beaucoup d’organisation, des ressources et de bons contacts, fait-elle valoir. C’est quelque chose qu’on veut développer davantage, mais on ne peut pas se séparer en cinq, on est seulement deux employées, explique celle qui est régulièrement sollicitée par des créateurs en quête de résidences.

Julie Godin, directrice générale de Panache art actuel, le seul centre d’artistes autogéré de la Côte-Nord. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie
Ainsi, les artistes désireux de s’immerger pleinement dans un milieu doivent souvent prendre les devants.
Le métier d’artiste, c’est aussi celui d’entrepreneur.
Le financement comme défi
Cette indépendance est d'autant plus cruciale que les sources de revenus traditionnelles se font rares ou inaccessibles pour soutenir l'accueil des créateurs.
Le budget des résidences de Panache art actuel dépend de demandes spécifiques et repose habituellement sur l'entente territoriale du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Puisque cette entente gouvernementale est sur pause depuis un an et demi, le centre a dû retirer les résidences de sa programmation cette année.

La Maison Saint-Dilon est un lieu culturel de résidences artistiques, de rencontres et d'expositions. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine
À Natashquan, la réalité n’est guère plus simple. L'organisme Le Portageur a récemment relancé une offre de résidences à la Maison Saint-Dilon pour dynamiser la culture locale. Toutefois, comme l'organisme gère à la fois le journal local et des activités culturelles, sa mission multidimensionnelle le disqualifie d'emblée pour l'obtention des subventions du CALQ.
Faute de ce soutien financier crucial, Annie-Jade Creamer-Ethier, directrice générale du Portageur, fait face à une impasse.
Quand j'ai présenté l'appel de dossiers aux artistes, il n'y avait aucun cachet à proposer. […] Donc, ça découle de nos poches, il faut faire du sociofinancement, explique-t-elle. Là, on a réussi à obtenir une subvention de la MRC de Minganie qui aide au développement des initiatives culturelles.

Annie-Jade Creamer-Ethier, directrice générale de l'organisme Le Portageur à Natashquan, qui tente de faire vivre des résidences artistiques malgré des critères de subvention rigides. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Michèle Bouchard
Il faut des subventions. Il faut que les artistes puissent être rémunérés parce que, sinon ils ne viendront pas.
Malgré ces difficultés, auxquelles s’ajoutent les défis de loger des artistes, Annie-Jade Creamer-Ethier soutient que ces résidences sont essentielles pour les artistes émergents.
Offrir cette occasion d’avoir un lieu pour créer et diffuser leurs recherches, c’est quelque chose qu’on n’a pas tout le temps quand on est en voie de professionnalisation, maintient-elle. Ils sont super contents de se concentrer sur leur recherche-création sans avoir à se soucier du travail de neuf à cinq. L’art devient leur travail durant cette période-là.


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