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L’inquiétude est palpable dans la diaspora cubaine face à la crise du pétrole à Cuba. Le blocus imposé il y a près d’un mois par l'administration Trump a amené des services publics déjà fragiles au bord du gouffre, et fait exploser le coût de la vie, racontent des Canadiens d'origine cubaine.
Ottawa a annoncé mercredi une aide de 8 millions de dollars pour lutter contre l’insécurité alimentaire à Cuba.
Assise sur son lit dans son appartement torontois, Maylin Ortega Zueleta tente de joindre sa sœur Yoselin, qui vit toujours à Cuba, grâce à l’application WhatsApp.
Mais ses appels restent sans réponse. C’est souvent le cas, ces dernières semaines, alors que les pannes de courant de plus de huit heures sont devenues une affaire quasi quotidienne.
Les messages vocaux que Yoselin lui envoie fréquemment depuis La Havane n’ont rien de réconfortant. Ils sont en mode survie, résume Maylin.
Chaque jour, elle cherche des aliments de base, comme du riz, de l’huile, du sel. [...] Il faut partir à la chasse pour trouver quelque chose que tu peux te permettre d'acheter.

Maylin Ortega Zueleta (à g.) est très proche de sa sœur Yoselin (à d.). Cette photo a été prise lorsque cette dernière est venue à Toronto en 2024.
Photo : Maylin Ortega Zueleta
Les prix ont bondi pour presque tout dernièrement. Les services de transport sont quasi inutilisables. Les gens ont commencé à mettre le feu aux ordures non ramassées qui s’empilent dans les rues.
Les pénuries de carburant, et les problèmes qui les accompagnent, ne sont pas une nouveauté pour Cuba, mais ils ont été exacerbés il y a près d’un mois par une nouvelle série de sanctions de Washington.
Une crise qui s’accentue
Cuba est dirigée par le Parti communiste depuis plus de 60 ans. Elle est visée par des sanctions et des embargos des États-Unis depuis tout aussi longtemps.
La crise économique qui dure depuis 2020 s’est compliquée avec le durcissement des sanctions américaines.
Les importations de pétrole du Venezuela ont abruptement cessé en janvier, quand le président Nicolas Maduro a été capturé par les États-Unis.
Donald Trump n’a pas tardé à fermer les autres valves d’approvisionnement en menaçant de punir à coups de tarifs douaniers les pays qui livreraient du pétrole à Cuba.
L’effet a été immédiat. Tout à coup, la ville a ralenti, des autobus ont commencé à disparaître des rues, raconte Karen Dubinsky, qui était à La Havane à ce moment.
La professeure de l’Université Queen’s a visité Cuba pour la première fois en 1978. Elle y est retournée à plusieurs reprises depuis les années 2000, soit comme touriste ou dans le cadre du travail.
Cette fois, elle a dû rentrer au pays en vitesse après que les compagnies aériennes canadiennes ont suspendu leurs vols pour Cuba. Beaucoup d’endroits étaient fermés quand je suis partie. J’entendais de mes amis et de mes collègues qu’ils s'inquiétaient pour des besoins de base, comme la sécurité alimentaire, dit-elle.
Même les hôpitaux manquent d’électricité et de médicaments, souligne le président de l’Association des Cubains vivant à Toronto, Julio Fonseca.
Ce sont les plus vulnérables qui souffrent le plus.

Des médecins participant à un accouchement à l'Hôpital de maternité Ramón González Coro à La Havane, le 20 février 2026.
Photo : Associated Press / Ramon Espinosa
Le Canada annonce de l’aide alimentaire
Le Mexique avait envoyé un contingent d’aide humanitaire à la mi-février. Ottawa faisait face à des pressions croissantes pour emboîter le pas depuis.
Mercredi, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il débloquait un financement accéléré de 8 millions de dollars pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle des Cubains vulnérables.
Le financement ira à un programme international géré par l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial des Nations Unies.
Interrogé avant l’annonce de mercredi, Julio Fonseca s’était montré impatient de voir le Canada mettre ses promesses à ce sujet à exécution. Il aurait cependant également voulu qu'Ottawa condamne explicitement les actions américaines qui ont contribué à la crise.
Les Cubains ont l’habitude des pénuries et des difficultés, mais ce qui arrive en ce moment, c’est qu’ils n’ont plus aucune option.
Ottawa ne fait aucune mention des États-Unis ou des sanctions dans son communiqué.

Julio Fonseca est frustré par le manque de réactions de la part de la communauté internationale face aux efforts de Donald Trump pour isoler Cuba. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Des Cubains frustrés envers leur gouvernement
Maylin Ortega Zueleta, de son côté, blâme plutôt le gouvernement cubain pour la misère du peuple.
Elle convient que les pannes se sont allongées à la suite des sanctions américaines, tout comme les files pour le carburant et les produits de première nécessité. Mais pour la population de Cuba, ça ne fait pas une énorme différence, ils souffraient avant ça, dit-elle.
C’est aussi ce que tient à souligner Abdiel Hernandez, qui a grandi à Cuba et vit maintenant à Belleville, en Ontario.
Certains étaient inquiets [lors de l’annonce de nouvelles sanctions], mais d’autres avaient espoir que ça finirait par faire tomber le gouvernement cubain après 67 ans.
Chaque année est pire que la précédente, alors les Cubains sont en "mode survie" depuis si longtemps qu’ils sont prêts à n'importe quoi, explique-t-il.
Tous les deux appellent le gouvernement canadien à s’assurer que toute aide qu’il envoie se rende directement à la population, plutôt qu’au gouvernement.
Le 29 janvier, Donald Trump a émis un décret lui permettant d’imposer des tarifs douaniers aux pays qui exporteraient du pétrole à Cuba. Ce décret a été annulé le 20 février, en conséquence de la décision de la Cour suprême des États-Unis. Ce n’était cependant qu’un des outils de Washington dans sa campagne de pression pour isoler Cuba de ses alliés. Aucun pays n'a encore annoncé la reprise de ses exportations.


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