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L’essor de la désinformation compromet l’action humanitaire et met parfois des vies en danger à un moment où les catastrophes se multiplient et font toujours plus de victimes, alerte la Croix-Rouge.
« Entre 2020 et 2024, les catastrophes ont affecté près de 700 millions de personnes », provoquant le déplacement de « plus de 105 millions de personnes » et coûtant la vie à « plus de 270 000 personnes », affirme la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) dans un rapport paru jeudi.
Sur cette période, « le nombre des personnes ayant eu besoin d’une aide humanitaire a plus que doublé », ajoute-t-elle.
En marge de ce constat, la FICR observe que « la désinformation et les discours déshumanisants sapent de plus en plus la confiance, mettant en danger la vie des travailleurs humanitaires et des communautés ».
Fausses informations, rumeurs
« Dans toutes les crises auxquelles j’ai assisté, l’information est aussi essentielle que la nourriture, l’eau et un abri. Mais lorsque l’information est fausse, trompeuse ou délibérément manipulée, elle peut exacerber la peur, entraver l’accès humanitaire et coûter des vies », estime le secrétaire général de la FICR, Jagan Chapagain.
« La désinformation n’est pas nouvelle mais, aujourd’hui, elle se propage à une vitesse et avec une portée sans précédent. Les plateformes numériques offrent des canaux essentiels pour l’expression des communautés mais constituent également un terreau fertile pour les mensonges », ajoute-t-il.
« Aujourd’hui, le défi ne réside plus dans la disponibilité ou l’accessibilité de l’information mais dans sa fiabilité », souligne le rapport, observant que la production et la diffusion de la désinformation sont facilement amplifiées avec l’IA.
Selon la FICR, dans des contextes polarisés et politisés, les principes humanitaires tels que la neutralité et l’impartialité « sont de plus en plus mal compris, déformés ou délibérément attaqués en ligne ».
Le rapport mentionne par ailleurs de nombreux exemples récents attestant de la nuisance de certaines informations dans la réponse aux crises.
En Espagne, au moment des inondations dans la province de Valence en 2024, « de fausses informations diffusées en ligne ont accusé la Croix-Rouge espagnole de détourner l’aide vers les migrants, alimentant ainsi des attaques xénophobes contre les volontaires », rappelle la FICR.
Au Soudan du Sud, « des rumeurs selon lesquelles les organisations humanitaires distribuaient des aliments empoisonnés ont dissuadé la population de recevoir une aide vitale » et ont entraîné des menaces contre le personnel local de la Croix-Rouge.
« Question de vie ou de mort »
Au Liban, la superposition de crises a donné lieu à de fausses allégations selon lesquelles les volontaires « propageaient la COVID-19, favorisaient certains groupes dans la distribution de l’aide ou fournissaient des vaccins contre le choléra non sécurisés ».
Au Bangladesh, en marge de l’aide apportée pendant les troubles politiques de 2024, « des volontaires ont été largement accusés d’inaction et de partialité politique, ce qui a entraîné des cas de harcèlement et une atteinte à leur réputation ».
Des événements similaires ont été constatés par la FICR au Soudan, en Birmanie, au Pérou, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande, au Canada, au Kenya ou encore en Bulgarie.
Le rapport souligne qu’environ 94 % des catastrophes sont gérées par les autorités nationales et les communautés locales « sans aide internationale ».
« Or si les volontaires, les responsables locaux et les médias communautaires sont souvent les messagers les plus fiables, ils évoluent dans un contexte informationnel de plus en plus hostile et polarisé », explique la FICR.
« Sans confiance, les populations sont moins susceptibles de se préparer, de demander de l’aide ou de suivre les consignes de sécurité vitales ; avec la confiance, les communautés agissent ensemble, absorbent les chocs et se rétablissent plus efficacement », souligne M. Chapagain.
La FICR appelle donc gouvernements, entreprises technologiques, agences humanitaires, communautés et acteurs locaux à « reconnaître que l’information fiable est une question de vie ou de mort ».
Elle demande donc aux États de s’orienter vers « une réglementation fondée sur des données probantes » et aux agences humanitaires d’« intégrer la préparation à la diffusion d’informations préjudiciables aux opérations humanitaires ».
La FICR exhorte aussi les acteurs locaux à « agir en tant que relais de confiance », à « soutenir l’éducation aux médias et au numérique » et à « participer au suivi des rumeurs ».
« Maintenir la confiance n’est pas une option, c’est une nécessité humanitaire », plaide M. Chapagain.


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