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La consommation de jeux de hasard et d’argent au casino ou en ligne s’avère pathologique chez certaines personnes qui s’y adonnent de façon compulsive et irrépressible, ainsi qu’à une fréquence excessive. La dépendance au jeu est aujourd’hui reconnue comme une maladie dans le DSM, l’ouvrage de référence en psychiatrie, au même titre que la dépendance à l’alcool et aux drogues. Mais bonne nouvelle, il existe des thérapies efficaces pour soigner ce trouble qui peut devenir dévastateur pour la personne qui en est atteinte. Or, une étude publiée dans le Journal of Gambling Studies par des chercheurs de l’Université McGill révèle que les services publics spécialisés en traitement de la dépendance au jeu sont malheureusement sous-utilisés au Québec.
Ces services, qui sont offerts par les centres de réadaptation en dépendance, consistent principalement en des thérapies cognitivo-comportementales, car la dépendance au jeu est un problème biopsychosocial, rappelle Marie-Josée Fleury, professeure au Département de psychiatrie de l’Université McGill et chercheuse à l’Institut Douglas. « Ces personnes présentent sûrement une vulnérabilité [biologique], mais le problème est beaucoup psychosocial. Une majorité de ces personnes sont défavorisées matériellement et socialement. Ce sont des gens qui ne sont pas heureux, qui vivent des stress importants et qui, en jouant, oublient leur stress, leur ennui, leur isolement, leur dépression. »
Parmi les thérapies proposées, on trouve les approches motivationnelles, qui visent à ce que la personne reconnaisse qu’elle a un problème — une dépendance pathologique au jeu — et à la motiver à se faire traiter. Mais ces personnes sont peu nombreuses à solliciter cette aide thérapeutique. Les études populationnelles montrent qu’à peine 10 % d’entre elles ont recours à cette aide. Dans la cohorte que Mme Fleury a suivie pendant 13 ans, mais qui se composait plutôt d’une population clinique, venant des centres de réadaptation en dépendance, des urgences hospitalières et des CLSC, ces personnes étaient plus nombreuses (jusqu’à 50 %) à demander de l’aide, mais celles qui l’avaient fait abandonnaient souvent (près de 50 % d’entre elles) après quelques séances.
Pour éviter les abandons à répétition, la chercheuse recommande aux centres de réadaptation en dépendance d’identifier les personnes qui cessent de façon récurrente leur traitement et de prévoir une offre de services qui soit différente lorsqu’elles se reviennent chercher de l’aide. « Si on donne toujours la même offre de services qui ne satisfait pas les besoins de la personne, c’est sûr qu’elle abandonnera de nouveau », dit-elle tout en rappelant que le problème de jeu est « multifactoriel ».
Chez plusieurs personnes, le jeu pathologique est également un problème chronique ponctué de rémissions et de rechutes. Pour cette raison, « on essaie de mettre en place des traitements de plus longue durée que ceux qui sont actuellement offerts — qui comportent quatre à cinq interventions durant une période allant jusqu’à quatre mois. Il faudrait des suivis à plus long terme, comme cela se fait pour les troubles de santé mentale et les autres pathologies chroniques, comme les maladies cardiovasculaires, et les problèmes de dépendance à l’alcool et aux drogues. Ce pourrait être des suivis tous les six mois ou plus fréquents selon les besoins de la personne », suggère la spécialiste en santé publique.
Améliorer le dépistage
Mme Fleury espère vraiment voir le dépistage de ces personnes s’améliorer, car la pathologie dont elles souffrent est dévastatrice. Ces personnes sont 15 fois plus à risque de comportements suicidaires, souligne-t-elle. « Si elles ont parié leur maison, leur budget du mois, qu’elles n’ont plus d’argent, que leur conjoint ou conjointe veut se séparer, elles peuvent aboutir à l’urgence avec une grosse dépression, en crise d’anxiété, voire suicidaire. »
« L’urgence est la porte d’entrée pour une partie importante de cette population, qui n’a pas de médecin de famille ou qui n’est pas suivie dans le cadre de soins spécialisés en santé mentale ou en dépendance à l’alcool, à la drogue et au jeu, fait remarquer la chercheuse. Pour cette raison, on a mis en place dans les urgences des infirmières de liaison qui ont pour rôle de dépister les personnes aux prises avec des problèmes d’alcool et de drogue et de faire une petite thérapie motivationnelle avec elles, puis surtout de les diriger vers des services ambulatoires pour qu’elles soient suivies pour leur problème. Ce serait intéressant que ces infirmières soient formées également pour le jeu pathologique. Et qu’il y ait un meilleur dépistage dans les cabinets privés de médecins », indique-t-elle, tout en soulignant que « souvent ces personnes sont traitées pour des problèmes concomitants, tels qu’un problème de santé mentale (dépression, schizophrénie, etc.), un problème d’alcool ou de drogue, voire le diabète ».
Mme Fleury souligne le danger que représentent les jeux en ligne, dont l’offre ne cesse de croître. « Selon plusieurs études, ils peuvent induire des problèmes de jeu pathologique plus tôt et beaucoup plus graves. » Car « la personne peut se cacher pour jouer en ligne et si elle vit seule, il n’y a personne pour l’arrêter de jouer, ce qui peut avoir des effets pervers plus vite et plus importants », dit-elle. Il lui apparaît impératif d’encadrer plus étroitement le marché des jeux de hasard.
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