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La défense nationale du Canada reste liée de près aux États-Unis

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Face aux menaces qui pèsent sur le Grand Nord, la cheffe d’état-major de la Défense canadienne, Jennie Carignan, tempère le discours du gouvernement Carney, qui appelle à passer « de la dépendance à la résilience » à l’égard des États-Unis pour défendre l’Arctique.

« On a des capacités militaires ici, au Canada, pour réagir le long de notre propre territoire. Mais c’est certain que le faire conjointement avec les Américains, c’est beaucoup plus efficace », reconnaît la plus haute dirigeante des Forces armées canadiennes (FAC) en entrevue avec Le Devoir.

La défense aérienne du Grand Nord face aux ambitions de la Russie et de la Chine, qui possèdent « toute la technologie [nécessaire] pour atteindre notre territoire », constitue sa priorité absolue, indique-t-elle depuis son bureau du quartier général de la Défense nationale, à Ottawa.

Or, même si le gouvernement fédéral répète qu’il entend réduire sa dépendance aux États-Unis en matière militaire, la défense aérienne du Nord canadien continuera de dépendre des États-Unis. Si une intrusion devait survenir dans l’Arctique, « c’est certain qu’on agirait de concert avec le NORAD, avec nos collègues américains », rappelle-t-elle. « On a un système qui fonctionne très bien depuis 1958 à travers ce commandement binational. »

Pas plus tard qu’en mars dernier, le premier ministre Mark Carney déclarait pourtant qu’« en cette nouvelle ère, nous ne pouvons plus compter sur les autres nations pour notre sécurité et notre prospérité ». Il annonçait alors 32 milliards de dollars pour la modernisation des infrastructures militaires dans le Grand Nord. « Grâce à ce nouveau plan, le Canada assume l’entière responsabilité de la défense de notre souveraineté dans l’Arctique », pouvait-on lire dans le communiqué de la même annonce.

En entrevue, la cheffe d’état-major évite soigneusement de répondre aux questions sur ce décalage apparent avec le discours politique. « Mon travail, c’est de traduire les objectifs de notre gouvernement en effets militaires. […] Et au Canada, ça nous prend un partenaire capable de défendre l’Arctique. »

Des discours paradoxaux ?

Si les déclarations de la cheffe d’état-major paraissent contredire celles du premier ministre, c’est que le discours politique est en réalité trompeur, souligne Justin Massie, professeur titulaire et directeur du Département de science politique de l’UQAM.

« C’est un peu paradoxal. Le gouvernement utilise la menace contre l’Arctique canadien pour dire qu’on doit défendre seul et qu’on doit être plus résilients, mais la vaste majorité des investissements sont [consacrés à] des infrastructures nécessaires dans notre collaboration avec les États-Unis », note-t-il. Ainsi, les 32 milliards de dollars annoncés par le gouvernement Carney en mars s’inscrivaient en réalité dans une enveloppe déjà prévue dans le cadre du plan de modernisation du NORAD.

Le professeur soulève deux initiatives qui s’inscrivent réellement dans une volonté d’autonomie vis-à-vis des États-Unis depuis le début du virage en matière de défense : la création d’un centre d’innovation sur les drones à Mirabel et le développement d’une capacité de lancement satellite souverain.

« Outre ces deux exemples là, d’autres montrent qu’on continue à acheter de l’équipement militaire américain et qu’on poursuit la collaboration avec les États-Unis, note Justin Massie. C’est trompeur, parce que les Canadiens se fient beaucoup plus aux paroles et aux discours [qu’ils ne vont] vérifier où vont les contrats, à qui ils sont attribués et à quoi ils servent. »

Dans sa stratégie industrielle de défense dévoilée en mars, Ottawa s’est d’ailleurs fixé l’objectif d’attribuer 70 % des contrats à des entreprises canadiennes au cours des 10 prochaines années. Environ 75 % des acquisitions militaires canadiennes sont actuellement réalisées auprès des États-Unis.

Si la cheffe d’état-major Jennie Carignan voit cette politique d’un bon œil, elle n’écarte pas non plus la nécessité de devoir y déroger : « Si c’est [un besoin] urgent, on va s’assurer que nos troupes soient équipées avec ce dont elles ont besoin, pendant qu’on construit une solution à plus long terme [au Canada]. »

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