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La défense de Frank Stronach écorche le mouvement #MoiAussi dans ses conclusions

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À Toronto, la défense de Frank Stronach a présenté des arguments finaux percutants mardi, en suggérant que son client n’avait pas eu droit à un procès juste et équitable. Les accusations auxquelles l’homme d’affaires milliardaire fait face ne concernent plus que quatre plaignantes après l’abandon de cinq chefs liés aux trois autres femmes. Les faits reprochés remontent jusqu’à 1977.

ATTENTION : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

L’homme d’affaires de 93 ans fait toujours face aux allégations des plaignantes nos 1, 2, 3 et 7. Sa défense accuse deux d’entre-elles d’avoir fabriqué leur récit et les deux autres d’avoir envoyé des signaux ambigus à son client au sujet de leur consentement.

Sortie virulente contre #MoiAussi

D’entrée de jeu, l’avocate Leora Shemesh a déclaré que quelque chose clochait dans le système judiciaire au pays.

Elle explique que son client n’a pas au droit à un procès juste et équitable, parce qu’on lui a retiré son droit à la présomption d’innocence et qu’il a été traité comme criminel dans la presse, qui l’avait d’ores et déjà condamné.

Nous nous fions au travail de la police pour nous assurer que tout accusé soit poursuivi de façon juste et équitable, mais les enquêteurs ont échoué dans leur travail de mener leur enquête avec diligence en ignorant des éléments de preuve favorables à mon client, dit-elle.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate de la défense, Leora Shemesh, est la première à présenter ses arguments finaux dans ce procès, puisqu’elle a appelé ses propres observateurs à la barre des témoins. Son client, Frank Stronach, est assis à gauche.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Me Shemesh accuse la police d’avoir eu une vision télescopique dans leur enquête, d’avoir été biaisée contre son client et de n’avoir fait aucune recherche sur les plaignantes en prenant leurs déclarations pour parole d’évangile.

Comment peut-on oublier de vérifier si mon client était à l’extérieur du pays au moment des faits reprochés?, s’interroge-t-elle.

Elle affirme qu’il ne revient pas à son client de fournir à la police des preuves comme des photos qui prouvent sa présence physique dans d’autres lieux que ceux que ses accusatrices ont identifiés dans leurs déclarations.

En faisant référence au mouvement #MoiAussi, Me Shemesh mentionne que le militantisme féministe et les stéréotypes sur les hommes ont engendré une tendance à ne pas contester les allégations d’agression sexuelle formulées par les femmes.

Elle ajoute que ce genre de politique n’a pas sa place dans un procès et que le pendule a oscillé beaucoup trop loin de sa trajectoire dans cette affaire et que l’équilibre a été injuste à l’endroit de [s]on client.

La présomption de culpabilité est contraire à l’esprit de la loi, souligne-t-elle.

Des témoignages invraisemblables

Me Shemesh s’en est ensuite prise aux quatre plaignantes, parce que l’ensemble de leurs allégations repose sur des preuves fabriquées, fallacieuses et non fiables.

Leur tentative de prouver la crédibilité de leur récit a été un échec lamentable, dit-elle avant de passer en revue le témoignage de chacune d’elles.

Elle explique que le témoignage de la plaignante no 1 était rempli d’incohérences et de contradictions entre ce qu’elle a raconté à la presse, à la police, à l’enquête préliminaire et au procès.

Son témoignage était désarticulé, elle est une très mauvaise conteuse d’histoires, déclare-t-elle en rappelant qu’elle ne sait pas si sa rencontre avec l’accusé a eu lieu en 1980 ou 1981.

Illustration judiciaire du procès.

L’avocate Leora Shemesh, a livré une véritable charge à fond de train contre le mouvement #MoiAussi dans ses conclusions au procès de son client, Frank Stronach.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Elle accuse cette plaignante d’avoir changé la date, lorsqu’on lui a dit que M. Stronach était au Kentucky en train d’acheter des chevaux et qu’il ne pouvait donc se trouver à Toronto.

Elle mentionne que la femme a même menti et inventé toute une histoire absurde alors qu’elle n’avait jamais travaillé dans le haras de Frank Stronach comme elle l’a prétendu, puisque d’autres employés ne se souviennent pas d’elle.

Me Shemesh affirme que le témoignage de la plaignante no 2 est tout aussi difficile à croire.

Qui irait solliciter un emploi dans la compagnie de l’homme que vous accusez de l’avoir agressée? Cela n’a pas de sens, dit-elle en faisant référence à la femme qui avait été travaillée pendant six ans pour Magna International après les faits reprochés.

Illustration judiciaire du procès.

La juge Anne Molloy doit encore entendre la requête de la défense, qui souhaite toujours faire suspendre le procès indéfiniment pour abus de procédures. Les arguments des deux parties à ce sujet lui seront présentés le 9 avril prochain.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

L’avocate accuse la plaignante d’avoir porté plainte à la police en 2024 deux jours seulement après avoir entendu Frank Stronach dire à la télévision que les femmes qui le poursuivaient étaient des menteuses.

Cela ne peut être une coïncidence, poursuit-elle en laissant entendre que la femme était motivée par l’appât du gain, parce qu’elle était sans le sou après avoir fait faillite.

Me Shemesh rappelle que la femme avait dit à la police qu’[elle] n’était pas une victime, mais bien un témoin dans cette affaire et elle a reconnu qu’[elle] avait peut-être induit en erreur M. Stronach, en lui faisant croire qu’elle était montée chez lui pour avoir une relation sexuelle.

La défense n’a pas été tendre non plus au sujet de la plaignante no 3 qu’elle accuse de s’être parjurée à la barre des témoins et d’avoir une vendetta contre les hommes riches de la société qui côtoient de jeunes femmes.

Illustration judiciaire du procès

La juge Anne Molloy avait accepté que la plaignante numéro 7 montre à la cour la façon dont Frank Stronach l’aurait entraînée dans une petite pièce de son condominium pour la voler dans les années 1980 à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

Me Shemesh explique que cette plaignante a été impolie, combative et réfractaire et que son témoignage lors du procès a été difficile, bizarre et un tissu de mensonges.

L’avocate a enfin qualifié de figure d’imposture la plaignante no 7 pour avoir tenté de se faire passer pour une femme d’affaires fortunée et très occupée, alors que ce n’est pas le cas.

Elle précise que son témoignage au sujet du viol allégué ne tient pas la route, parce qu’elle dit avoir repoussé les avances de son client sur le sofa de l’appartement du milliardaire, mais qu’elle l’a volontiers suivi dans sa chambre à coucher par la suite.

Son témoignage était très dérangeant, elle n’est ni fiable ni crédible et elle n’a pas été honnête, conclut-elle.

Réquisitoire ardu de la Couronne

La Couronne a averti la juge au début de ses arguments qu’il faut bien comprendre, à la lumière de la jurisprudence, que les tribunaux reconnaissent aujourd’hui que le traumatisme des victimes de viol peut affecter leur mémoire au moment de témoigner dans un procès.

La procureure Jelena Vlasic rappelle par ailleurs que les faits reprochés se sont produits il y a 40 ans et qu’il est donc normal que les plaignantes aient oublié certains détails périphériques.

Le cœur de leurs allégations est toutefois véridique et n’a pas été altéré avec le temps, déclare-t-elle.

Me Vlasic ajoute que chacune des plaignantes a été prudente et cohérente au sujet des agressions dont elles se disent avoir été victimes et qu’elles demeurent des témoins fiables malgré quelques contradictions temporelles ou quelques moments de confusion de leur part.

Illustration judiciaire du procès.

La procureure de la Couronne, Jelena Vlasic, a éprouvé des difficultés à expliquer à la juge son raisonnement au début de ses arguments finaux.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Newbould

La procureure assure que les plaignantes n’avaient aucune raison de mentir ou de fabriquer leur témoignage et qu’elles bénéficient de la présomption de la vraisemblance de leurs affirmations.

La juge, Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, a immédiatement contesté certaines assertions de la procureure au point de s’excuser de l’interrompre si souvent au sujet du témoignage de la plaignante no 1 que la magistrate a sérieusement mis en doute.

Bien des comportements d’hommes sont passés sous silence dans les années 1980, mais ses allégations au sujet de la conduite de M. Stronach sur la piste de danse de son club a difficilement pu passer inaperçue, dit la juge.

Me Vlasic reconnaît que le témoignage de la femme était insuffisant, mais elle a répondu qu’il faisait peut-être noir ce soir-là et qu’il n’est pas impossible que l’accusé ait pénétré digitalement la femme sur le plancher.

Elle précise que s’il y a eu des témoins à l’époque, ils auront cru que ça ne constituait pas une agression sexuelle.

La magistrate l’a corrigée en disant que c’était plutôt improbable.

La Couronne conclura ses arguments finaux mercredi.

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