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La déconstruction libérale

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Le Parti libéral ne veut pas séparer le Québec, mais le réparer, a lancé Charles Milliard samedi devant des militants réunis en conseil général à Sherbrooke.

Depuis 40 ans, le retour au pouvoir du PLQ a cependant été plus marqué par la déconstruction que par la réparation. Chaque fois qu’il réussit à former le gouvernement, il s’empresse d’affaiblir les lois linguistiques renforcées par son prédécesseur, et M. Milliard semble déterminé à poursuivre cette tradition.

On rappelle continuellement que Robert Bourassa n’avait pas craint d’utiliser la disposition de dérogation en 1988 pour maintenir l’affichage commercial unilingue français à l’encontre d’un jugement de la Cour suprême. C’était vrai, mais cela s’appliquait seulement à l’extérieur des commerces ; l’affichage bilingue avait été autorisé à l’intérieur.

Lors de l’expiration de la disposition de dérogation, en 1993, son gouvernement n’en avait pas renouvelé l’usage. L’affichage bilingue avait alors été rétabli à l’extérieur, comme l’avait édicté la Cour suprême, à condition que le français ait la « nette prédominance ».

Après avoir vainement tenté d’abolir en 1986 la Commission de protection de la langue française, que les anglophones avaient baptisée la « police de la langue », en la fusionnant avec d’autres organismes, le gouvernement Bourassa l’a finalement dissoute en 1993.

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En 2002, le gouvernement de Bernard Landry avait légiféré pour abolir les « écoles passerelles », ces écoles privées anglophones non subventionnées que des élèves francophones ou allophones n’avaient qu’à fréquenter pendant un an pour que toute leur fratrie ait ensuite accès au réseau public anglophone. Convaincu que la loi passerait avec succès le test des tribunaux, il avait omis d’y inclure une disposition de dérogation, de sorte que la Cour suprême l’a déclarée inconstitutionnelle en 2009. Le gouvernement Charest a réhabilité les écoles passerelles en imposant simplement l’obligation d’y séjourner pendant trois ans avant de pouvoir passer au réseau public.

Sous la gouverne de Philippe Couillard, le PLQ a combattu férocement la tentative du gouvernement minoritaire de Pauline Marois de renforcer la Charte de la langue française. Les données du recensement de 2011 avaient beau être alarmantes, il s’opposait à toute mesure un tant soit peu coercitive.

En 2015, la Cour d’appel du Québec a donné raison aux grandes chaînes — Costco, Best Buy, Walmart — en les autorisant à afficher leur marque de commerce uniquement en anglais, sans descriptif en français comme l’Office québécois de la langue française voulait le leur imposer.

Plutôt que de légiférer, le gouvernement Couillard a opté pour une francisation de façade, en exigeant simplement une « présence suffisante » du français, que plusieurs n’assuraient pas. C’est en vertu de la loi 96, adoptée par le gouvernement Legault, que ces entreprises doivent maintenant faire en sorte que le français occupe deux fois plus d’espace que l’anglais sur la devanture.

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Charles Milliard promet de présenter d’ici le 21 juin un plan de protection du français qui sera « meilleur » que la loi 96. Pour le moment, on sait seulement ce qu’il entend en retirer, et cela n’est pas très rassurant. Le nouveau chef du PLQ ne s’en cache pas : il est tout aussi allergique aux mesures coercitives que ses prédécesseurs.

Limiter à six mois la période durant laquelle les immigrants peuvent recevoir des services de l’État dans une langue autre que le français est peut-être excessif. Un gouvernement Milliard allongerait-il cette période ou s’en remettrait-il simplement à la bonne volonté des nouveaux arrivants en leur laissant prendre le temps qu’ils veulent pour apprendre le français ?

Depuis 1977, le leitmotiv des libéraux est le « libre choix ». C’est au nom de ce principe que le PLQ s’est opposé à l’obligation de fréquenter l’école française que la loi 101 imposait aux francophones et aux allophones. Il a dû accepter une certaine coercition simplement parce que l’article 23 de la Charte canadienne des droits a prévu une « clause Canada », qui limite l’accès à l’école anglaise aux enfants des citoyens canadiens qui l’ont eux-mêmes fréquentée au Canada.

M. Milliard veut rétablir le libre choix au cégep, où le gouvernement Legault a imposé une certaine limite à l’accès au réseau anglais. Il s’oppose également à l’application de la loi 101 à l’éducation permanente et à la formation professionnelle, comme le souhaitent aussi bien la Coalition avenir Québec que le Parti québécois. Les données de l’Office québécois de la langue française ont pourtant démontré que les personnes qui étudient en anglais au niveau postsecondaire sont plus susceptibles d’utiliser cette langue de façon prédominante au travail et dans l’espace public.

Le Commissaire à la langue française n’en finit plus de sonner l’alarme : les lois actuelles ne suffisent pas à enrayer le déclin du français. Comment peut-on sérieusement prétendre que moins de coercition va renverser cette tendance ?

Le chef du PLQ est un homme trop intelligent pour le penser. Il sait très bien que ses adversaires vont le dépeindre comme le dernier d’une longue lignée de fossoyeurs du français, mais il sait aussi que, sur la liste des priorités des électeurs, la protection du français vient très loin derrière la santé, le coût de la vie, le logement, l’éducation, l’environnement… À quand remonte la dernière grande manifestation en appui au français ?

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