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La crue dévastatrice survenue au Népal pourrait-elle se produire ailleurs?

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Les images sont saisissantes et soulèvent leur lot de questions. Mercredi, une immense et puissante coulée de boue a dévalé une montagne entre le Népal et le Tibet, emportant tout sur son passage. Au moins 390 personnes ont perdu la vie et 1400 autres sont portées disparues, incluant 30 Canadiens. Les changements climatiques sont-ils en cause ? Le phénomène pourrait-il se produire ailleurs ? Le Devoir fait le point.

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Qu’est-ce qui a causé cette coulée de boue mortelle ?

La partie inférieure d’un glacier s’est détachée à plus de 5000 mètres d’altitude, emportant avec elle des tonnes de glace et de roche qui sont tombées 1200 mètres plus bas, dans une vallée. Sous la force de l’impact, l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) a enregistré un événement sismique de magnitude 5,2 survenu à 8 h 37 à la frontière entre le Népal et la Chine (Tibet).

En tombant, la masse de glace et de roches a bloqué une rivière, créant un barrage naturel, explique Hossein Bonakdari, professeur de génie civil à l’Université d’Ottawa et expert des changements climatiques et des phénomènes extrêmes. Environ 13 minutes plus tard, ce barrage a cédé, créant un torrent qui a dévalé à toute vitesse plusieurs cours d’eau situés en aval.

« En descendant, le mélange d’eau et de glace s’est transformé beaucoup plus en eau liquide et a emporté énormément de débris sur son passage, [devenant] une vague de boue. Et plus elle descendait, plus il y avait de débris », ajoute Michel Baraër, glacio-hydrologue et professeur à l’École de technologie supérieure (ETS). Puisque les villages sont situés à environ 2000 mètres d’altitude, « l’énergie [accumulée par la vague dans la descente] était énorme ».

Est-ce qu’une seconde crue est possible ?

Oui, répond le professeur Bonakdari. « Il y a encore un risque. Beaucoup de glace et de roches se trouvent encore dans la montagne et peuvent créer d’autres barrages naturels et bloquer des rivières. S’ils se rompent, d’autres crues peuvent survenir. »

Les autorités népalaises ont multiplié les mises en garde jeudi, et ont indiqué qu’un lac s’était formé en amont et que son niveau d’eau grimpait. « En raison du risque de nouvelle inondation, toutes les populations en aval sont priées de rester extrêmement vigilantes », a prévenu l’autorité de gestion des situations d’urgence.

Le glacier qui s’est en partie effondré pourrait aussi constituer une menace, souligne Michel Baraër. « Un glacier est accroché à la montagne sous un certain équilibre. Lorsque la partie basse s’effondre, la partie un peu plus haute est moins bien soutenue. » Une surveillance à bord d’hélicoptères ou par le biais d’images satellites sera fort probablement effectuée, croit-il. D’autant que c’est actuellement la saison de la mousson, qui apporte des pluies abondantes.

Est-ce que cette crue spectaculaire a été causée par les changements climatiques ?

« L’impact des changements climatiques, ce sont des probabilités. On augmente les probabilités que ce genre d’événement arrive », répond Michel Baraër. Ainsi, le bouleversement climatique accroît la fréquence de ce type d’épisodes, même s’il est difficile de prouver qu’un événement spécifique n’aurait pas eu lieu sans lui.

La fonte des glaciers causée par la hausse des températures crée deux phénomènes, poursuit le glacio-hydrologue. « À mesure que le glacier se retire [à la base], il y a des zones qui deviennent plus à risque [en hauteur] puisqu’elles ne sont plus soutenues par la glace qu’il y avait en dessous. » Et plus il fait chaud, plus il y a de probabilité que de l’eau pénètre dans des crevasses. « Ça va complètement fragiliser [le glacier], retirer les ancrages qu’il peut y avoir entre la glace et la roche. »

Est-ce que ce phénomène de crue soudaine causée par la chute d’un glacier pourrait se reproduire ?

Oui, et il n’est pas nouveau. Des crues dévastatrices liées à la rupture de lacs glaciaires ou à la fonte de glaciers s’étaient déjà produites dans la région de l’Himalaya où a eu lieu la catastrophe de mercredi.

Surnommée le troisième pôle en raison de la densité des glaciers qui s’y trouve, cette région de la planète est particulièrement à risque, rappelle Michel Baraër. « On est dans une zone où s’il n’y avait pas de montagnes, il ferait 30 degrés. » Les variations de températures peuvent donc avoir des conséquences catastrophiques. « Si vous montez de quelques degrés, vous allez vraiment fragiliser un grand bloc de glace. »

La région des Andes, où se trouvent aussi de nombreux glaciers tropicaux, est également très sensible au réchauffement de la planète. Des morceaux de glacier tombés dans un lac au Pérou avaient déjà causé une inondation meurtrière au siècle dernier. « Ce sont des glaciers où seule l’altitude peut justifier qu’il y ait encore de la glace. » Chaque degré de plus fragilise donc la base des glaciers, les déstabilisant et les rendant sujets aux chutes.

D’autres chaînes de montagnes comme les Alpes ou les Rocheuses pourraient aussi voir ce type de phénomène se produire. « Avec le réchauffement climatique, c’est tout l’environnement des hautes montagnes qui change et qui devient plus instable. Des sols qui, avant, étaient gelés en permanence ne le sont plus », souligne le professeur Bonakdari. Les glaciers ne sont donc plus soutenus comme ils l’étaient auparavant.

Peut-on améliorer la détection de ce genre de phénomène ?

Des systèmes d’alerte sont en place dans plusieurs pays à risque. Un tel mécanisme existe au Népal, mais les alertes par SMS semblent avoir été reçues trop tard pour protéger la population.

Les images satellites peuvent aussi être scrutées pour déceler les prémisses d’un événement dévastateur, mais elles nous parviennent souvent avec un délai, rappelle Hossein Bonakdari. Dans le cas de la crue meurtrière de mercredi, le barrage naturel a cédé 13 minutes seulement après la chute du glacier, laissant une faible marge de manœuvre.

Une surveillance de chaque glacier est impossible, souligne Michel Baraër. « La chose à faire, c’est surtout d’arrêter de faire fondre les glaciers », insiste-t-il. Au-delà des mécanismes d’adaptation, il faut saisir l’importance des conséquences des changements climatiques et agir à la source, croit-il. « Il y a énormément d’effets secondaires dus au changement climatique. Et ça, c’en est un. Tant qu’on va mettre du carbone dans l’atmosphère, on va accélérer ce genre de phénomène. »

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