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« Les États-Unis seront présents, les studios un peu moins », avait déclaré en avril le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, à l’occasion du dévoilement de la vingtaine de films de la sélection officielle du plus prestigieux des rendez-vous cinématographiques annuels.
Le constat doux-amer émis par le maître des clés du vénérable temple du 7e art faisait écho à la relation tumultueuse qu’entretient depuis longtemps le Festival avec les grands studios américains. Alors que bon nombre de cinéphiles aguerris dénoncent année après année l’importance accordée aux blockbusters dans une compétition célébrant a priori le cinéma d’auteur intellectuel de haute volée, les membres de l’organisation répliquent inlassablement que les vedettes hollywoodiennes sont garantes d’une visibilité accrue dans les médias généralistes internationaux.
Des vedettes comme Tom Cruise ou Harrison Ford aident à attirer les regards sur le même tapis rouge que celui foulé par des équipes de production d’œuvres d’art et essai confidentielles, au nom du soutien à une industrie fragile.
« En dehors du cinéma des studios, un cinéma indépendant, un cinéma ailleurs qu’à Los Angeles, continue d’exister », avait expliqué d’un air presque contrit M. Frémaux le mois dernier, regrettant les brusques désistements de Steven Spielberg (Disclosure Day) et de Christopher Nolan (The Odyssey), ainsi que le retrait soudain du nouveau volet de la saga Star Wars, The Mandalorian and Grogu, qui fut pressenti pour illuminer la Croisette de ses sabres laser.
Hollywood n’est d’ailleurs pas « totalement absent » cette année, a cependant affirmé le délégué général. Le Festival a ainsi programmé une projection spéciale de Fast and Furious mercredi, afin de célébrer les 25 ans de la série cinématographique friande de voitures rutilantes et de monologues sur l’importance de la « famille », avec la venue des vedettes originelles Vin Diesel, Michelle Rodriguez et Jordana Brewster.
Au-delà des deux films américains listés en sélection officielle — le polar Paper Tiger et la fantaisie musicale The Man I Love, réalisés respectivement par James Gray et Ira Sachs, deux ténors du cinéma indépendant fort prisés par les festivals européens —, la présence états-unienne au festival se manifeste notamment dans un registre nostalgique : l’affiche officielle de la compétition met en scène Thelma et Louise, héroïnes féministes et rebelles du film du même nom de Ridley Scott, présenté en avant-première mondiale à Cannes il y a 35 ans.
« Débardeur blanc et pose nonchalante, Louise plante ses yeux dans les nôtres et nous défie du regard », explique-t-on sur le site du Festival. « Revolver dans la poche arrière du jean, Thelma toise l’horizon derrière ses lunettes noires. Toutes deux fièrement assises dans une Ford Thunderbird modèle 1966 décapotable. Sous le soleil de l’Arkansas, dans une Amérique désertée, elles prennent la route, elles s’échappent, elles fuient — l’existence, la société, les hommes qui les maltraitent — pour inventer leur propre chemin. »
Vedettes et histoire
Jusqu’à sa clôture le 23 mai, le plus grand festival du cinéma au monde pourra toutefois compter sur une armada de stars (Penélope Cruz, Adam Driver, Barbra Streisand, Marion Cotillard…) et une course à la Palme d’or mettant aux prises cinéastes de renom (Pedro Almodovar, Hirokazu Kore-eda, Cristian Mungiu, Ryūsuke Hamaguchi…) et réalisateurs émergents.
Pour succéder au Simple accident, du cinéaste iranien Jafar Panahi, sacré en 2025, le jury présidé par le maître sud-coréen de l’angoisse Park Chan-wook devra départager 22 films retenus en compétition après le visionnage de 2500 œuvres provenant de 141 pays.
Sur papier, le cru 2026 fait la part belle aux fresques historiques qui revisitent la Résistance en France (Moulin, de László Nemes), le régime de Vichy (Notre salut, d’Emmanuel Marre) ou évoquent la guerre civile en Espagne (La bola negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi). « C’est une façon de ramener l’histoire au présent », a indiqué Thierry Frémaux au sujet de la cuvée 2026, qui compte 11 cinéastes jamais jusque-là retenus en compétition.
Ce vent d’air frais profite notamment à L’inconnue, d’Arthur Harari, primé à Cannes pour le scénario de la Palme d’or 2023, Anatomie d’une chute, ou à Rodrigo Sorogoyen, force montante du cinéma espagnol, qui présentera son Être aimé avec Javier Bardem en cinéaste démiurge.
Déjà distingué à Cannes — pour le scénario de Léviathan —, le cinéaste russe en exil Andreï Zviaguintsev dissèque, lui, avec Minotaure les affres de la bourgeoisie russe faisant face à la conscription militaire dans un film tourné en Lettonie.
Guerres et tensions
De fait, derrière le défilé des tenues de gala, les guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient et les tensions géopolitiques devraient de nouveau surgir sur les écrans cannois après une édition 2025 scandée par les dénonciations de la guerre menée par Israël à Gaza.
« Cannes est politique quand les films sont politiques », avait déclaré Thierry Frémaux en avril, en écho aux critiques adressées à la Berlinale, accusée cette année d’indifférence face au sort des Palestiniens.
Parmi la centaine de films programmés à Cannes toutes sections confondues, le documentaire Rehearsals for a Revolution retrace 40 années de lutte contre la dictature des mollahs iraniens, tandis que le film rwandais Ben’imana explore les cicatrices creusées par le génocide des Tutsis de 1994.
Côté français, hors compétition, L’abandon suit les derniers jours du professeur assassiné Samuel Paty et L’affaire Marie-Claire retrace le combat de Gisèle Halimi contre la pénalisation de l’avortement. Le public cannois pourra aussi découvrir le premier volet du film biographique à gros budget sur Charles de Gaulle et, en ouverture du festival, le nouveau film onirique de Pierre Salvadori (La Vénus électrique).
avec l’Agence France-Presse
Jozef Siroka est à Cannes à l’invitation du festival et grâce au soutien de Téléfilm Canada.


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