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L’une des accusatrices de Frank Stronach reconnaît qu’elle a omis de révéler des détails importants au sujet du viol dont elle dit avoir été victime en 1990. Au second et dernier jour de son témoignage, la femme de 71 ans se défend néanmoins d’avoir menti pour se venger de l’homme d’affaires de 93 ans. M. Stronach fait face à 12 accusations à caractère sexuel pour des faits remontant jusqu’en 1977.
AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
La plaignante no 5 a expliqué, lundi, que Frank Stronach l’avait invitée à sa suite dans un hôtel de Scarborough ou de Markham en 1990 alors qu’elle pensait que c’était pour déjeuner.
Son identité est protégée par une ordonnance des tribunaux.
Elle a dit qu’elle le connaissait parce qu’il était le petit copain de Sonya, une amie qui avait étudié avec elle dans le même institut de beauté dans les années 1970.
Elle a soutenu qu’elle se sentait assez en confiance pour accepter de l’accompagner à sa chambre, parce qu’elle était gênée de pleurer dans le restaurant après lui avoir raconté qu’elle avait laissé le père de ses enfants après avoir appris qu’il l’avait trompée durant sa dernière grossesse.
La femme a ajouté que Frank Stronach l’avait alors violée sur le lit et que l’agression avait été si violente qu’elle avait été blessée aux cuisses et aux genoux.
Contre-interrogatoire de la défense
L’avocate Leora Shemesh accuse la plaignante de mentir et d’ajouter des détails qu’elle n’avait jamais mentionnés à la police en juin 2024 ou aux procureures lors d’une conférence préparatoire en janvier 2026.
J’éprouve beaucoup de difficulté à suivre le fil des événements que vous racontez, dit l’avocate, qui relève de nombreuses incohérences de temps dans le témoignage de la septuagénaire.
La femme explique qu’elle n’invente rien, que sa mémoire lui revient petit à petit avec le temps et que la police et la Couronne ne lui avaient pas demandé autant de détails lors de sa déposition ou de sa conférence de janvier.
Cela s’est passé il y a 35 ans, rappelle-t-elle.

De gauche à droite : Frank Stronach, son avocate Leora Shemesh, la juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, et la plaignante numéro 5 au second jour du contre-interrogatoire de la défense, le 24 févier 2026.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Me Shemesh laisse entendre que la femme n’a en fait jamais rencontré par hasard son client dans un hôtel et qu’il ne l’a jamais invitée trois jours plus tard au restaurant.
Elle suggère plutôt que la plaignante avait appris que son client n’était plus avec Sonya et qu’elle s’intéressait à lui parce qu’elle le trouvait de son goût.
Il était courtois et je cherchais à rencontrer un autre homme pour oublier mon ex-conjoint, reconnaît-elle.
La femme explique qu’elle voulait d’abord nouer une amitié avec l’homme d’affaires et voir si leur relation se transformerait en idylle.
J’ai effectivement senti des étincelles en revoyant Frank en novembre 1990; il était charmant, intéressant et séduisant, avoue-t-elle.
Elle ne se souvient pas d’avoir consommé de l’alcool avant qu’il l’invite dans sa chambre pour poursuivre la conversation. Je n’ai pas bu dans sa chambre, se rappelle-t-elle en revanche.
Intention de revanche de la femme?
Elle se défend par ailleurs d’avoir attendu de dénoncer Frank Stronach à la police, parce qu’il ne l’avait jamais rappelée après l’agression présumée.
Je lui en voulais pour ce qu’il m’avait fait subir, dit-elle, en lui reprochant l’absence d’excuses ou de remords dont il avait fait preuve à l'époque.
Il m’a violée, il a été inhumain et il est resté silencieux pendant toutes ces années, poursuit-elle, en rejetant la suggestion de la défense selon laquelle elle n’avait pas obtenu la relation romantique qu’elle désirait.

L’avocate de la défense Leora Shemesh a mis en doute la crédibilité de la plaignante numéro 5 en insinuant qu’elle inventait des détails au fur et à mesure que son témoignage avançait.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
La plaignante admet qu’elle est restée dans la suite après le viol allégué pendant une demi-heure parce qu’elle était sous le choc, qu’elle pleurait et qu’elle voulait se rafraîchir.
Elle reconnaît qu’elle n’a pas révélé aux policiers en 2024 qu’elle était d’abord passée aux toilettes pour éponger avec du papier de toilette du sang dans ses parties intimes.
Tout ce que vous ajoutez dans votre témoignage depuis deux jours est de nouveaux souvenirs que vous aviez tus jusqu’à aujourd’hui? s’interroge l’avocate, qui énumère les détails qui n’apparaissent nulle part dans sa déposition à la police.
Vous n’avez jamais dit à la police que vous aviez été blessée au vagin, s’écrie-t-elle.

La plaignante numéro 5 a passé un très mauvais quart d’heure durant le contre-interrogatoire. Elle a dû faire face à des questions gênantes de l’avocate de la défense.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
La femme rétorque que ce détail était moins important que les ecchymoses sur ses jambes, ce qui a donné l’occasion à Me Shemesh de tourner sa déclaration en dérision.
J’étais gênée de révéler autant de détails à la police ou à la Couronne, poursuit la plaignante. J’ai dit à Frank que je cherchais l’amour et que je ne voulais pas avoir du sexe de cette façon lorsqu’il était sur moi, dit-elle.
Elle confirme en outre que Frank Stronach lui a dit qu’elle avait de beaux seins lorsqu’il lui a retiré son soutien-gorge, ce qu’elle n’avait jamais dit à la police.
Ma mémoire n’a pas changé, mais je suis plus à l’aise et j’ai plus de courage aujourd’hui pour raconter ce qui m’est arrivé, déclare-t-elle.
Affaires judiciaires de la plaignante
Au début du contre-interrogatoire, Me Shemesh avait suggéré, lundi, que la plaignante avait d’autres raisons de s’en prendre à son client pour lui soutirer peut-être de l’argent.
La femme a rétorqué aux procureures qu’elle ne poursuivait pas Frank Stronach au civil, contrairement à d’autres femmes.
Me Shemesh s’en était prise aux affaires personnelles de l’esthéticienne à la retraite, en relevant à la cour qu’elle avait été poursuivie en justice à 25 reprises et que son entreprise avait fait faillite en 2015.

La juge Anne Molloy s’est souvent montrée irritée à l’endroit de la plaignante numéro 5, parce que cette dernière n’attendait pas la fin des questions de l’avocate de la défense avant d’y répondre.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Ces poursuites comprenaient notamment à l’époque des accusations de fraude et de falsification de contrats, que la plaignante a en partie niées ou minimisées.
La femme a par exemple imputé certaines de ces actions en justice à une mauvaise tenue des registres de son entreprise de cosmétiques ou à un manque de connaissances juridiques de sa part.
J’avais un associé, M. Patel, qui remplissait les documents à ma place et qui les signait en mon nom, dit-elle.
Me Shemesh affirme ensuite que la septuagénaire a faussement fait arrêter un homme innocent en mai 2020 dans la région de York, en affirmant à la police que l’individu l’avait menacée dans un stationnement au sujet de ses bijoux qu’elle lui avait confiés par précaution pour ses vieux jours.

Frank Stronach est poursuivi au criminel par 13 femmes, dont 7 dans ce premier procès à Toronto et 6 à Newmarket. D’autres femmes le poursuivent également au civil.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Il s’avère que l’individu en question les avait refilés à sa petite amie, Patricia, pour qu’elle puisse les mettre en gage et se lancer dans les affaires.
L’homme la poursuit depuis devant les tribunaux pour avoir été incarcéré injustement à cause de déclarations mensongères.
On comprend que Me Shemesh avait laissé entendre que la plaignante no 5 était prête à faire n’importe quoi pour accuser injustement des individus qui lui faisaient ombrage.
La plaignante a toutefois nié que l’homme ait été arrêté à tort et elle a insisté sur le fait qu’il l’avait bien menacée de mort dans un stationnement.
Il m’a dit que mes jours étaient comptés après que je l’eus traité de rat, avait-elle expliqué. L’affaire criminelle avait été classée sans suite.


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