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La crise a éclaté après la publication d’un rapport de police faisant état d’échanges entre le banquier Daniel Vorcaro, incarcéré pour malversations, et le juge Alexandre de Moraes, dont le rôle avait été central dans la condamnation de Jair Bolsonaro pour tentative de coup d’Etat, en 2025.

Le juge de la Cour suprême brésilienne Alexandre de Moraes (à droite), aux côtés de son collègue André Mendonça, à Brasilia, le 2 septembre 2026. Le juge de la Cour suprême brésilienne Alexandre de Moraes (à droite), aux côtés de son collègue André Mendonça, à Brasilia, le 2 septembre 2026.

Les révélations ont ébranlé la plus haute institution judiciaire du pays. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a exigé, jeudi 3 septembre, que la Cour suprême mène une enquête impartiale au sujet d’un scandale de corruption impliquant l’un de ses juges et d’autres personnalités politiques, à un mois de la présidentielle.

La crise a éclaté mardi avec la publication d’un rapport de police reproduisant des messages WhatsApp envoyés en novembre 2025 par Daniel Vorcaro, un banquier au cœur d’un des plus grands scandales financiers du Brésil, au juge Alexandre de Moraes, qui avait été en charge du procès ayant conduit, en 2025, à la condamnation de l’ancien chef d’Etat d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’Etat.

Lula, qui affrontera l’un des fils Bolsonaro, Flavio, lors de la présidentielle du 4 octobre, a exigé jeudi que la Cour mène une enquête objective, « sans épargner personne ». « Il est essentiel que tout le monde fasse l’objet d’une enquête (…) quoi qu’il en coûte », a-t-il insisté sur X.

Ancien patron de la banque Banco Master, liquidée en 2025 après avoir accumulé plus de sept milliards d’euros de dettes au détriment notamment de centaines d’investisseurs, Daniel Vorcaro est emprisonné dans le cadre d’une enquête pour malversations. Il avait multiplié les liens dans le monde politique et judiciaire.

Ce dossier est supervisé par un juge de la Cour suprême nommé en 2021 par Jair Bolsonaro, André Mendonça. C’est ce dernier qui a ordonné la publication du rapport de police, exigeant qu’il soit examiné en séance plénière « de façon publique et transparente ».

Dans un de ses messages au juge Moraes, apparemment destiné à obtenir que soit freinée l’enquête qui devait conduire à son arrestation, Daniel Vorcaro écrivait : « On est ensemble pour toujours. Tu sais que je te suis reconnaissant pour toute ma vie ». Le banquier interrogeait par ailleurs son interlocuteur sur l’opportunité de quitter le pays : « Tu crois que lundi, je dois déjà être parti ? » Le rapport de police ne contient pas les éventuelles réponses du magistrat.

Le document révèle en outre qu’Alexandre de Moraes a retouché un projet de contrat conclu entre Banco Master et le cabinet d’avocats de son épouse, Viviane Barci de Moraes, pour un montant de 130 millions de réais (environ 22 millions d’euros), signé en février 2024. Dans un communiqué, le cabinet a expliqué que le juge Moraes avait été consulté sur ce contrat en qualité d’époux de l’avocate, pour vérifier qu’il n’y avait pas d’« empêchements légaux », liés à sa position de magistrat. Mardi, André Mendonça a donné cinq jours au ministère public pour se prononcer sur ces révélations et les soupçons de complicité qu’elles font peser.

« Accusations graves »

« Ce sont des accusations graves », a estimé mardi Flavio Bolsonaro, soulignant que, si elles sont confirmées, « les conditions ne [seraient] plus réunies pour que le juge Alexandre de Moraes reste à la Cour suprême ». Néanmoins, Flavio Bolsonaro est lui-même fragilisé en raison de ses liens avec le banquier. Il avait demandé à Daniel Vorcaro, juste avant que ce dernier ne soit arrêté, d’importantes sommes d’argent pour financer Dark Horse, un film biographique sur son père.

Mercredi, le président de la Cour suprême, Luiz Edson Fachin, a appelé à « préserver l’intégrité » de l’institution déchirée par le conflit entre magistrats. Mais jeudi, Alexandre de Moraes a demandé l’ouverture d’une enquête pour « abus d’autorité » et « favoritisme envers certains groupes politiques » à l’encontre d’André Mendonça. Le procureur général, Paulo Gonet, a lui aussi accusé le juge Mendonça d’avoir outrepassé ses attributions en enquêtant sur un collègue, et réclamé que le document policier soit déclaré nul.

André Mendonça a pris en charge le dossier Banco Master en février 2026 à la place d’un autre collègue, José Dias Toffoli, après la révélation de liens d’affaires entre ce dernier et l’entourage de M. Vorcaro. Le juge Toffoli nie toute irrégularité. Le chef de l’opposition au Sénat, Rogério Marinho, a estimé, jeudi, que le scandale justifiait l’ouverture d’une procédure en destitution du juge Moraes, bête noire du camp conservateur.

Le Monde avec AFP