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La chasse aux sorcières de Salem pourrait avoir été déclenchée par un champignon hallucinogène

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Tout commence par des cris, des corps qui se tordent et se contorsionnent, certains rapportent des visions d'esprits maléfiques. Pour les puritains du Massachusetts de la fin du XVIIᵉ siècle, l'explication est simple: le Malin est à l'œuvre. Pourtant, derrière les crises d'Abigail Williams, de Betty Parris et d'autres jeunes filles de Salem, certains chercheurs ont proposé un autre coupable, tapi au cœur de leur alimentation: l'ergot du seigle, un champignon capable de transformer une banale miche de pain en dangereux space cake.

Lorsque le seigle est exposé à un printemps très humide –ce qui semble avoir été le cas en Nouvelle‑Angleterre à la veille des événements de 1692– le champignon Claviceps purpurea prolifère sur les épis. Ingéré, il libère des alcaloïdes dont la structure chimique est apparentée à celle du LSD, provoquant brûlures internes, convulsions, sensations de fourmillements, hallucinations et comportement erratique.

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C'est en 1976 que la chercheuse Linnda Caporael publie pour la première fois cette hypothèse dans un article devenu célèbre, qui continue de faire débat parmi les historiens. Elle y souligne les similitudes entre les récits de possessions à Salem et les symptômes de l'ergotisme convulsif décrits en Europe.

Selon elle, des colons ignorant la toxicité de ces grains noircis auraient simplement utilisé une récolte contaminée pour leur pain quotidien. «L'un des premiers symptômes de l'ergotisme est ce que l'on appelait familièrement le “feu sacré”, une sensation de brûlure généralisée qui touchait souvent les plus jeunes», rappelle le mycologue Rabern Simmons (Université Purdue, aux États-Unis) dans Popular Mechanics.

Mais l'affaire est loin d'être tranchée. Si la thèse du champignon est séduisante, elle se heurte au scepticisme d'une partie des spécialistes. Comment expliquer que, dans une même famille, seuls certains enfants aient été affectés alors que tous consommaient le même pain? Pourquoi les crises semblaient‑elles se déclencher ou s'interrompre en fonction des audiences du tribunal, ce qui cadre mal avec un empoisonnement strictement physiologique? Pour beaucoup d'historiens, le facteur biologique ne suffit pas: le contexte social, religieux et politique joue un rôle central.

Entre paranoïa collective et vengeance sociale

Salem, à l'époque, est une communauté sous tension extrême: guerres avec les populations autochtones, hivers rudes, rivalités entre familles, querelles de territoires et ferveur religieuse étouffante, la région est une poudrière. Dans ce climat de peur diffuse, la moindre rumeur peut suffire à déclencher une crise. Les accusations de sorcellerie ne frappent d'ailleurs pas au hasard, elles visent fréquemment des femmes jugées difficiles, des veuves, des personnes marginales ou des voisins avec lesquels des conflits existaient déjà.

Plus troublant encore, certains témoignages contemporains laissent entrevoir une part de manipulation consciente. Lors du procès d'Elizabeth Proctor, une des jeunes accusatrices aurait reconnu qu'elle exagérait ses convulsions «pour s'amuser» ou pour suivre le mouvement –des déclarations tardives qui restent discutées, mais illustrent à quel point l'engrenage de la peur et du conformisme social pouvait emporter les individus. Une fois la machine lancée, contester les accusations revenait à risquer soi‑même d'être désigné comme allié de Satan.

C'est finalement le gouverneur William Phips qui met un terme aux procès, après que des rumeurs ont commencé à toucher des membres de sa propre famille et des personnalités en vue. En mai 1693, les prisons se vident, les commissions spéciales sont dissoutes et les exécutions cessent. Le bilan est lourd: 19 personnes pendues, au moins une morte sous la torture (Giles Corey, écrasé sous des pierres) et plusieurs décès en détention –soit une vingtaine de victimes au total, victimes d'une dérive punitive du clergé et de la justice.

Alors, pain aux champignons ou délire social? La réponse se situe probablement à la croisée des deux. L'ergot de seigle a possiblement pu jouer un rôle déclencheur, amplifiant certains symptômes physiques et rendant crédibles des récits de visions et de convulsions. Mais c'est bien l'humain –avec ses peurs, ses rancœurs, ses rivalités de voisinage et sa paranoïa religieuse– qui a alimenté la chasse aux sorcières.

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