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Souvent accusé de pousser son pays dans le conflit ukrainien, l'autocrate biélorusse Alexandre Loukachenko a récemment multiplié les signaux d'apaisement. Face à l'ultimatum lancé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky, il a désactivé, fin juin, les antennes-relais situées sur son territoire et utilisées par les Russes. Minsk ne peut toutefois guère vanter sa neutralité dans le conflit. Le pays met à disposition de la Russie son territoire, ses infrastructures et de précieuses capacités industrielles.
Les liens entre Minsk et Moscou ont cependant profondément évolué depuis le début du conflit. En février 2022, la marge de manœuvre du président biélorusse semblait restreinte: après l'élection frauduleuse de 2020, la survie d'Alexandre Loukachenko dépendait de la Russie. Le soutien politique, financier et sécuritaire de Moscou a permis au chef de l'État de résister à une forte pression intérieure et aux sanctions occidentales.
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Au cours de l'année 2021, la Russie a progressivement renforcé sa présence militaire en Biélorussie, sous couvert d'exercices conjoints, retrace Katia Glod, directrice adjointe chargée de la politique étrangère au Centre des nouvelles stratégies eurasiennes (NEST Centre). Lors de l'invasion de février 2022, la Biélorussie a servi de base arrière stratégique. Les forces ennemies ont pénétré dans le nord de l'Ukraine depuis le territoire biélorusse, avec l'objectif de faire tomber Kiev.
Les aérodromes biélorusses ont alors accueilli les avions de Moscou et des missiles ont été lancés depuis ce pays d'environ 9 millions d'habitants. De surcroît, Minsk a fourni un soutien logistique, des voies d'approvisionnement et des installations médicales aux troupes russes. Un véritable appui à l'offensive du Kremlin contre la capitale ukrainienne. Une ligne importante n'a toutefois pas été franchie: Alexandre Loukachenko a toujours refusé d'envoyer ses hommes au combat.
L'arrière-garde stratégique du Kremlin
«Après l'échec de l'assaut russe sur Kiev et son retrait du nord de l'Ukraine au printemps 2022, le rôle de la Biélorussie a commencé à évoluer, souligne Katia Glod dans un article pour le média d'investigation russe indépendant The Insider. Elle ne servait plus principalement de base de lancement pour des opérations offensives, mais est progressivement devenue l'arrière-garde stratégique de la Russie.» Dès 2023, le pays accueille des camps d'entraînement pour les troupes russes. Ses entreprises réparent et entretiennent du matériel de guerre, contribuant à soulager Moscou face à la pression sur les infrastructures militaires. La Biélorussie se transforme en «zone arrière sécurisée», selon la spécialiste.
Depuis l'an dernier, le rôle de Minsk s'est accentué. Alors que Moscou mène une guerre d'usure, les entreprises biélorusses fournissent à l'industrie de la défense des véhicules lourds et des équipements optiques et électroniques. Les usines de réparation et les installations militaires renforcent les capacités d'une économie désormais largement mobilisée par la guerre.
Coopération industrielle accrue
Les deux pays ont également renforcé leur coopération industrielle, tout en développant de nouvelles chaînes d'approvisionnement à mesure que l'accès aux technologies occidentales s'est restreint. Fin juin, Volodymyr Zelensky a tiré la sonnette d'alarme: selon lui, la Biélorussie construit de nouvelles infrastructures près de la frontière ukrainienne, notamment six ponts routiers et de nouvelles installations de stockage de munitions et de carburant. Kiev affirme que des documents militaires russes établissent un lien entre ces travaux et la guerre en Ukraine.
La Biélorussie est également devenue une plateforme permettant à Moscou d'envoyer des signaux de puissance à l'Europe. Le Kremlin a déployé des missiles Iskander et Oreshnik dans le pays et affirme y avoir stationné des armes nucléaires. Une information impossible à vérifier de manière indépendante. «L'objectif politique est clair: la Biélorussie permet à Moscou de déplacer plus à l'ouest le cadre géographique de sa confrontation avec l'OTAN et d'utiliser le territoire biélorusse à des fins de coercition et d'intimidation nucléaire», écrit Katia Glod.
Alors que les usines biélorusses continuent de fournir des composants pour les armes russes et que Minsk soutient de plus en plus Moscou dans sa guerre d'usure, le risque est désormais de voir cette ambiguïté diplomatique se retourner contre Alexandre Loukachenko. Les autorités ukrainiennes pourraient réagir.
«L'insistance récente de Loukachenko sur le fait que la Biélorussie ne doit pas être entraînée dans la guerre, ses tentatives de démontrer une certaine autonomie diplomatique par le biais de relations avec la Chine et d'autres partenaires, ainsi que ses efforts pour rassurer Kiev sur le fait que les troupes biélorusses ne franchiront pas la frontière tend vers le même objectif: rester indispensable à Moscou sans devenir un cobelligérant aux yeux de l'Ukraine et de l'Occident», conclut l'experte. Une stratégie d'équilibriste qui ne pourra toutefois tenir que si la rhétorique de Minsk s'accompagne d'actions concrètes.





























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