Un fuselage de 84 mètres dort depuis plus de trente ans dans un hangar près de Kiev, sans jamais avoir décollé. Ce second Antonov An-225, jumeau inachevé du plus gros avion jamais construit, existe bel et bien : les travaux sur ce second AN-225 se sont arrêtés en 1994, faute de mission à lui confier après l’effondrement du programme spatial soviétique. Depuis le 27 février 2022, date à laquelle l’unique exemplaire opérationnel a été détruit à Hostomel, cette carcasse figée dans le temps est devenue, sur le papier, le dernier An-225 de la planète.
À retenir
- Un avion géant incomplet depuis 1994 : pourquoi n’a-t-il jamais volé ?
- Un seul An-225 fonctionnait au monde jusqu’à sa destruction inattendue
- L’Ukraine promet de terminer son jumeau dormant : à quel prix réel ?
Sommaire
- Un jumeau né pour porter une navette spatiale
- Trente ans d’atermoiements et de projets avortés
- 27 février 2022 : la bascule
- Reconstruire un mythe : promesses, chiffres et zones d’ombre
- Une menace inattendue plane sur le dernier exemplaire
Un jumeau né pour porter une navette spatiale
L’histoire commence à la fin des années 1980. Deux cellules d’An-225 sont mises en chantier pour un objectif très précis : transporter la navette Bourane et les éléments de la fusée Energia, dans le cadre du programme spatial soviétique. Deux appareils ont été commandés, mais un seul, portant l’immatriculation UR-82060, a fini par être opérationnel. Cet exemplaire unique effectue son premier vol en décembre 1988 et deviendra, au fil des décennies, une icône mondiale de l’aviation, symbole d’ingénierie soviétique poussée à l’extrême.
Le second fuselage, lui, suit un chemin bien plus chaotique. Sa construction a débuté en 1989, mais l’effondrement de l’Union soviétique en 1991 a ralenti les travaux, jusqu’à leur arrêt total en 1994. À ce moment-là, l’appareil est déjà largement avancé : selon les estimations d’Antonov, le programme évalue à 250 à 350 millions de dollars l’investissement nécessaire pour l’achever, alors qu’il serait déjà réalisé à 70 %. Fuselage, ailes, train d’atterrissage avant et empennage sont là. Il manque les moteurs, l’avionique, et surtout une raison d’exister.
Trente ans d’atermoiements et de projets avortés
Pas d’argent, pas de client, pas de mission. Voilà, en trois mots, le résumé de trois décennies d’hésitations. En 2016, la Chine s’était pourtant montrée intéressée pour reprendre le projet et lancer une production sous licence, avant que des difficultés pour transporter les pièces de l’AN-225 vers le sol chinois ne fassent échouer l’accord. Antonov a depuis tranché : l’appareil devra être achevé en Ukraine, pas ailleurs.
D’autres tentatives ont suivi sans jamais aboutir. En 2020, le président turc Erdoğan avait relancé l’idée lors d’une visite de Volodymyr Zelensky à Ankara, sans suite concrète. Le constat dressé par les experts du secteur reste le même depuis des années : plusieurs tentatives ont été menées au fil des ans pour achever un second appareil, mais aucune n’a réellement abouti. Le géant sommeillait, oublié du grand public, jusqu’à ce qu’un drame vienne le remettre brutalement sur le devant de la scène.
27 février 2022 : la bascule
Ce jour-là, le monde apprend que l’Antonov An-225 Mriya, l’unique exemplaire volant, vient d’être détruit dans les combats de l’aéroport d’Hostomel, théâtre d’une bataille acharnée dès les premières heures de l’invasion russe. Une enquête a révélé que le hangar avait été gravement endommagé par plusieurs incendies, et de nouvelles images ont montré l’appareil scindé en deux parties. L’avion qui avait porté des générateurs de 130 tonnes, des pales d’éoliennes et jusqu’à des locomotives diesel n’est plus qu’un amas de tôle calcinée.
Mécaniquement, ce jour-là, le second fuselage inachevé change de statut. Il n’est plus une curiosité industrielle en sommeil : il devient, de fait, le seul vestige tangible d’un programme d’avions uniques au monde. Là où le monde n’avait qu’un seul An-225, il n’en a désormais plus aucun, résume avec justesse un historien de l’aviation. Une phrase qui dit tout de la fragilité du symbole ukrainien.
Reconstruire un mythe : promesses, chiffres et zones d’ombre
Dès les mois suivants, Kiev promet de faire renaître la Mriya. En 2022, le président Zelensky a annoncé son intention d’achever ce second An-225 pour remplacer l’appareil détruit. Sur le papier, la logique est limpide : réutiliser cette cellule stockée depuis 1994, y ajouter des pièces récupérées sur l’épave d’Hostomel, et compléter le tout avec des composants neufs. Dans les faits, la facture s’avère vertigineuse. Selon les estimations les plus récentes, le prix du nouvel Antonov An-225 Mriya pourrait aller de plusieurs centaines de millions à 2-3 milliards de dollars, un écart qui illustre à lui seul la complexité de faire revivre un appareil dont certains moteurs, les D-18T, ne sont même plus produits.
Antonov a bien confirmé avancer sur un site tenu secret. Le directeur général de la société a expliqué que l’assemblage de l’appareil à six moteurs avait déjà atteint 30 % des travaux prévus, en utilisant des pièces d’un second fuselage inachevé, ainsi que des éléments du premier avion et de nouveaux composants. Une opération financée en partie par appel aux dons, via un fonds dédié, tant l’État ukrainien, en guerre, n’a évidemment pas les moyens d’avancer seul sur un projet à plusieurs milliards.
Une menace inattendue plane sur le dernier exemplaire
Voilà le twist que peu de médias occidentaux ont relayé : ce second fuselage, présenté comme l’ultime espoir de voir revoler un An-225, aurait lui aussi été frappé. Selon des informations relayées début 2025, un incendie majeur survenu dans la nuit du 11 au 12 avril 2025 sur l’aérodrome de Sviatoshyn, à Kiev, aurait porté un coup fatal aux derniers espoirs de restauration de la Mriya, incendie confirmé par des images satellite de la NASA. Le hangar concerné n’était plus un simple espace de stockage : il avait été récemment reconverti pour l’assemblage de drones d’attaque longue portée An-196, ce qui en faisait une cible militaire prioritaire pour la Russie, bien loin de sa vocation d’origine.
Le paradoxe est cruel. Pour faire de la place aux chaînes de production de drones, essentielles à l’effort de guerre ukrainien, le fuselage inachevé soigneusement conservé dans le hangar avait dû être déplacé. Un rapport de septembre 2024 confirmait déjà que Antonov avait suspendu les travaux sur le projet jusqu’à la fin des hostilités, reflétant à la fois des contraintes financières et la priorité donnée à la production militaire. Trois ans après avoir perdu son unique avion géant en état de vol, l’Ukraine se retrouve donc à défendre, les armes à la main, jusqu’au dernier fragment de son rêve d’aviation.
Sources : airdatanews.com | aerotime.aero


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