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L’industrie pétrolière fait pression pour qu’Ottawa adopte la comptabilité albertaine du méthane

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L’industrie canadienne du pétrole et du gaz mène une offensive discrète auprès d’Ottawa qui se solderait par la fuite de millions de tonnes excédentaires de méthane dans l’atmosphère, avertissent des experts.

L’effort est centré sur une divergence de normes : l’industrie souhaite qu’Ottawa s’appuie sur les mesures albertaines des émissions de méthane plutôt que sur celles du gouvernement fédéral pour évaluer les réductions obtenues dans le cadre de l’entente sur un nouveau pipeline et d’autres soutiens accordés au secteur.

Dans une lettre envoyée fin janvier à la ministre fédérale de l’Environnement, Julie Dabrusin, l’Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) insiste pour que le gouvernement fédéral « s’appuie exclusivement sur les données provinciales d’émissions » afin de déterminer si l’industrie pétrolière et gazière réduit suffisamment ses émissions de méthane pour atteindre les nouvelles cibles climatiques fédérales.

Cette lettre a été envoyée alors qu’Ottawa et l’Alberta entrent dans les dernières semaines de négociations sur les nouvelles règles en matière d’émissions de méthane et de carbone, requises aux termes de leur protocole d’entente signé en novembre.

À première vue, utiliser les données provinciales plutôt que la référence fédérale pourrait sembler une différence technique mineure, affirme Ari Pottens, directeur principal de la campagne canadienne pour l’Environmental Defense Fund.

Pourtant, les deux jeux de données brossent des tableaux radicalement différents des émissions de l’industrie.

« Ça paraît aussi bénin que d’utiliser les degrés Celsius plutôt que Fahrenheit, dit-il. Mais la différence est frappante, et les gens doivent le voir. »

Des conséquences importantes

Le choix du jeu de données a des répercussions considérables.

D’un côté, concrètement, si les gouvernements adoptent le jeu de données provincial, environ 6 millions de tonnes supplémentaires de méthane — un gaz qui réchauffe la planète environ 80 fois plus vite que le CO2 — s’échapperont dans l’atmosphère. C’est suffisant pour avoir le même impact climatique que l’ensemble des émissions de l’Océanie en 2024, une région qui comprend les îles du Pacifique, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

De l’autre côté se trouve l’industrie pétrolière et gazière, armée d’une armada de lobbyistes et de campagnes de relations publiques pour influencer l’opinion publique, ainsi que ses alliés politiques, dont la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith.

Les représentants de l’industrie n’ont pas hésité à attribuer les conséquences économiques de leurs propres décisions d’affaires à l’issue des négociations réglementaires.

La semaine dernière, le président de Canadian Natural, le plus grand producteur de gaz au Canada, a annoncé que l’entreprise mettait en pause l’expansion de ses opérations dans les sables bitumineux, évaluée à 8,25 milliards de dollars, en raison de l’incertitude entourant les règles climatiques.

Deux façons de mesurer la même chose

Le jeu de données fédéral repose sur une combinaison de modélisation et de mesures réelles collectées régulièrement par des chercheurs d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) sur des sites à travers le pays.

Ces données couvrent les émissions de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement pétrolière et gazière — de l’extraction à la distribution jusqu’à l’utilisation finale ou à l’exportation — afin de brosser « un portrait vraiment complet », explique Ari Pottens.

Les données albertaines, en revanche, reposent principalement sur les émissions de méthane déclarées par l’industrie pétrolière et gazière elle-même — des chiffres que des chercheurs indépendants ont systématiquement jugés sous-estimés. De plus, les données albertaines ne couvrent qu’une partie de la chaîne d’approvisionnement, ce qui donne l’impression que les producteurs émettent bien moins de méthane que ce que montrent les bases de données fédérales.

Étant donné que les règles sur le méthane exigent des producteurs qu’ils réduisent leurs émissions en pourcentage — et non en volume —, fonder les réductions sur un jeu de données qui affiche des émissions initiales plus faibles signifie que des coupes moins profondes seront nécessaires, précise M. Pottens.

L’écart est substantiel : si les règles s’appuient sur les données fédérales, les producteurs devront réduire leurs émissions de méthane d’environ 8 mégatonnes d’ici l’échéance fédérale de 2030. Si elles s’appuient sur les données albertaines, la réduction requise ne sera que d’environ 3,5 mégatonnes.

L’échéance fixée pour atteindre ces réductions compte également, souligne Ari Pottens. Les cibles fédérales en vigueur obligent l’industrie à réduire ses émissions de méthane de 72 % par rapport aux niveaux de 2014 d’ici 2030. Mais le protocole d’entente fixe une cible différente, exigeant que les gouvernements s’accordent pour réduire les émissions de méthane de 75 % par rapport à 2012 d’ici 2035.

Si la province et le fédéral abandonnent l’échéance de 2030 au profit de celle de 2035 prévue au protocole — tout en maintenant les cibles basées sur les données fédérales —, plus de 3 mégatonnes supplémentaires de méthane s’échapperont dans l’atmosphère.

Si cette même échéance de 2035 est retenue, mais avec les données albertaines, ce sont près de 6 mégatonnes supplémentaires qui seront émises par rapport aux cibles fédérales les plus ambitieuses.

Il existe un précédent d’utilisation provinciale des données fédérales : depuis janvier 2025, la Colombie-Britannique réglemente la réduction de ses émissions de méthane de 75 % d’ici 2030 et se réfère aux données fédérales pour suivre ses propres progrès, rappelle Ari Pottens.

Par ailleurs, si les producteurs de gaz réduisaient leurs émissions de méthane, ils réaliseraient des économies significatives. Le gaz naturel étant principalement composé de méthane, toute réduction des fuites dans la chaîne d’approvisionnement représente moins de produit perdu. En appliquant la cible et les données fédérales dans une éventuelle entente avec l’Alberta, M. Pottens estime que l’industrie pétrolière et gazière pourrait économiser environ 1,4 milliard de dollars.

L’industrie est consciente de ces économies potentielles — elle réduit lentement ses émissions de méthane à cette fin depuis des décennies —, mais le rythme des changements n’est pas suffisamment rapide au regard de la crise climatique. Les futures règles sur les émissions de méthane ne seront efficaces que si elles accélèrent leur baisse au-delà du rythme naturel dicté par les impératifs de rentabilité des producteurs, estime-t-il.

Dans une déclaration transmise par courriel, le ministre de l’Environnement et des zones protégées de l’Alberta, Grant Hunter, a indiqué que « les négociations se poursuivent entre les gouvernements de l’Alberta et du Canada, et nous sommes optimistes et confiants que nous parviendrons à une entente qui soutient la capacité de l’industrie à accroître le développement de nos ressources pétrolières et gazières. […] Nous espérons avoir bientôt de bonnes nouvelles à partager ».

Ni le ministère des Ressources naturelles ni Environnement et Changement climatique Canada n’ont répondu à une demande de commentaire avant l’heure de tombée.

Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir, à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.

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