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L’industrie acéricole québécoise sans réponse face aux changements climatiques

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Les acériculteurs québécois entament leur saison des sucres en terrain inconnu. La sécheresse qui a touché la province l’été dernier pourrait avoir des impacts, selon des experts, mais impossible d’en être certain.

Jamais le Québec n’a produit d’étude scientifique sur les bonnes pratiques dans l’aménagement des érablières, ou sur les impacts des événements climatiques extrêmes sur la production de sirop d’érable. 

On est dans le néant, vu l’absence de littérature sur le sujet au Québec. On va voir les répercussions au mois de mai. Même entouré de nos meilleurs experts, on est incapable de se prononcer. Ce n’est pas normal, lance d'emblée Jonathan Blais, président des producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie.

Une personne fait couler du sirop d'érable dans une canne.

L'année 2026 en sera-t-elle une bonne pour les acériculteurs? Impossible à prédire. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Selon les plus récentes données, 72 % du volume de sirop d’érable produit mondialement vient du Québec, moyennant une contribution au produit intérieur brut canadien (PIB) de 1,1 milliard de dollars. 

Pourtant, la plupart des études réalisées sur la résilience des érables à sucre face aux changements climatiques proviennent du Proctor Maple Research Center, de l’Université du Vermont.

Ce manque de connaissances adaptées à la réalité québécoise est maintenant dans la mire de la nouvelle Chaire de recherche en acériculture et aménagement des érablières, fondée à l’Université Laval en octobre dernier.

C’est fondamental pour le Québec de se structurer au Québec. Quand les études sont faites aux États-Unis, on n’est pas en contrôle des paramètres, ni même des questions qu’on pose. On doit en apprendre davantage ici, pour aider nos acériculteurs, estime son titulaire, le professeur adjoint Guillaume Moreau.

Un homme barbu pose pour la caméra, il a les bras croisés et porte une chemise.

Guillaume Moreau est titulaire de la Chaire de recherche en acériculture et aménagement des érablières à l'Université Laval. (Photo d'archives)

Photo : Université Laval

On sait vraiment peu de choses sur les bases de l’acériculture. Par exemple, sur l’entaillage, l’impact de la grosseur de l’arbre au moment d’entailler, sur sa capacité à guérir. On a peu ou pas de données sur des pratiques qui sont à la base de tout le processus, ajoute-t-il.

La forêt boréale avant les feuillus

Selon le professeur titulaire du département de biologie de l’Université de Sherbrooke Dominique Gravel, les centres de formation et leurs programmes ont longtemps été orientés vers des considérations économiques. 

La forêt boréale, qui compose la majorité du territoire québécois, est donc souvent priorisée par l’industrie forestière, menant à un certain retard dans l’acquisition des connaissances sur la forêt feuillue. 

Les passions, et donc les recherches, sont issues des programmes de formation. Ça fait partie des explications, mais il y a d’autres facteurs. Par exemple, la forêt feuillue est plus souvent située en terre privée, alors que le financement provient du secteur public, explique-t-il.

Dominique Gravel devant sa bouilloire.

Dominique Gravel est professeur à l'Université de Sherbrooke. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Un exercice de concertation est actuellement mené à travers le Québec afin d’identifier de nouvelles aires protégées, suite à un appel à projets lancé en 2024 par le gouvernement Legault. Plus de 400 initiatives d’aires protégées en terre publique ont été présentées depuis.

Étant donné le fort intérêt pour ces projets, Québec souhaite maintenant miser sur un nouveau type d’aire protégée, dite d’utilisation durable

Le gouvernement veut protéger la biodiversité, mais d’une façon qui pourrait se concilier avec d’autres usages du territoire, comme l’acériculture. Sauf que l’une des conditions est qu’une partie de la terre publique soit exploitée de manière exemplaire, indique Dominique Gravel. Le problème, c’est qu’on ne sait pas ce que ça veut dire, une exploitation exemplaire.

Dotée d'un mandat de 5 ans, la nouvelle chaire de recherche de l’Université Laval souhaite ainsi établir un guide d'exploitation en acériculture pour orienter l'action gouvernementale en la matière. Un premier pas dans la bonne direction, selon le professeur Guillaume Moreau. 

L’acériculture, il ne faut pas la prendre pour acquise. Le climat change, et, selon notre compréhension, ce n’est pas pour le mieux. On a des insectes, des pathogènes envahissants qui menacent directement les forêts. Ce n’est pas de la science-fiction. Il faut se préparer, parce que ça peut changer du jour au lendemain, conclut-il.

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