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En 1983, au terme d’un concours lancé l’année précédente, le président François Mitterrand dévoile le nom de l’architecte qui construira la Grande Arche de la Défense. L’emblématique monument devant être érigé dans l’axe historique de Paris sera donc l’œuvre de… Johan Otto von Spreckelsen, dont on ne sait rien, sinon qu’il est danois et n’est affilié à aucune firme. Or, dans le bien intitulé L’inconnu de la Grande Arche, on découvre vite que von Spreckelsen, aussi obscure que soit sa réputation, n’en est pas moins inébranlable dans ses convictions. Sa vision radicale survivra-t-elle à l’appareil étatique français ? Poser la question…
Entre sérieux de surface et satire larvée, le scénariste et réalisateur Stéphane Demoustier (La fille au bracelet), qui adapte ici un « roman » (largement factuel) de Laurence Cossé, crée une captivante tragicomédie.
Le film s’ouvre sur composition frontale. Son entourage lui faisant cortège, le président de la République (Michel Fau, savoureux) s’amène au centre du cadre et commente la maquette victorieuse, qui est hors champ. Au moment de nommer l’auteur de celle-ci, Mitterrand se tourne vers l’un de ses hauts fonctionnaires, Subilon (Xavier Dolan, qui vole la vedette : lire notre entrevue), la caméra pivotant avec le mouvement de tête du président.
Subilon, avec un décorum d’une obséquiosité parfaitement dosée, insiste pour que le président procède lui-même au dévoilement. Et la caméra de pivoter à nouveau dans sa position initiale, avant de se muer en un fluide plan-séquence, dans lequel un adjoint se voit chargé de quérir les lunettes de Mitterrand.
Ce passage pourra sembler banal, mais il encapsule au contraire tout le film. Cela vaut pour le ton, la teneur et la manière.
Bureaucratie kafkaïenne
Pour ce qui est du ton, d’abord : la solennité du cérémonial capté par Demoustier se colore d’emblée de notes subtilement farcesques.
Quant à la teneur, Johan Otto von Spreckelsen (Claes Bang, d’un monolithisme approprié) est voué à un constant retour à la case départ (comme la caméra) dans sa quête d’absolu artistique. Entre des règlements désuets, des pressions politiques et du grenouillage en coulisses, von Spreckelsen est forcé à un compromis, puis à un autre, au gré d’un parcours bureaucratique que n’aurait pas renié Kafka.
Enfin, il y a la manière. Ainsi, après y être allé d’une présentation théâtrale (ce plan frontal) qui exacerbe la pompe ambiante, Demoustier laisse sa caméra bouger en apparence librement, mais, à nouveau, c’est pour mieux la ramener au président, au « politique ».
Et ce sera bien là le drame de l’architecte : son nom a beau être sur toutes les lèvres, il n’est pas le centre de l’affaire.
Pas le sujet
Ce n’est qu’après une coupe au montage, au terme dudit plan-séquence consacré aux « sparages » officiels, qu’on aura droit à une bonne vue de la maquette. Et encore : le gros plan de celle-ci ne viendra que quelques coupes plus tard.
En somme, la Grande Arche n’est pas le sujet. Il s’agit plutôt d’un prétexte pour parler d’intégrité artistique et de ses corollaires, l’interférence et la compromission.
Autant l’élaboration que l’exécution attestent, de la part de Demoustier, une rigueur complètement en phase avec le tempérament du protagoniste. C’est certainement illusoire de le penser, mais pour un peu, on croirait que le cinéaste n’a, lui, eu à faire aucun compromis.


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