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À Hunter River, une atmosphère lugubre s’est emparée du terrain de Stéphane Morneau. Pour la sixième édition de son parcours de l’Halloween, l’entrepreneur acadien a vu grand : un véritable autobus scolaire désaffecté, des sirènes et des gyrophares de pompier, des machines à boucane et une douzaine de clowns menaçants, tapis dans l'obscurité.
On a beaucoup de jeunes qui veulent le faire, mais les parents ne veulent pas rentrer, parce qu’ils entendent la musique et les bruits de fantômes, lance Stéphane Morneau en riant.
L’an dernier, près d'une centaine d’enfants avaient pris leur courage à deux mains pour tenter l'expérience, malgré un vent violent et une météo capricieuse.

Cette année, le thème du parcours de l'Halloween est les clowns.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Cette année, une douzaine de proches sont venus spécialement du Nouveau-Brunswick pour prêter main-forte.
Le 31 octobre, ils vont s’affairer pendant plusieurs heures au montage des décors et aux derniers préparatifs d’un parcours immersif, conçu sans aucune issue de secours. À la tombée de la nuit, tous enfileront leur costume de clown pour hanter le circuit dans la maison et la grange.
Si tu viens ici, tu vas avoir peur. On ne fera pas de cadeaux. Bien souvent les jeunes partent à courir, puis nous autres, on les poursuit. C’est le fun à faire peur.
L'Halloween… un moment de famille
Pour son fils Alex, perché sur des échasses dans un costume de clown haut de huit pieds, la passion du grand frisson remonte à l'enfance. À l'époque où il arpentait les rues, le visage peint en blanc, les yeux cerclés de noir et la bouche étirée de façon menaçante.
Quand j'étais jeune, j'aimais l'idée d'avoir le costume le plus creepy. J'ai tout le temps aimé l'Halloween, parce que c'était un moment de famille.
En grandissant, l'envie de sortir du lot s'est intensifiée. Tu ne peux pas juste acheter un costume au magasin et t'attendre à faire peur, il faut y mettre tes propres idées, dit-il.
Depuis, Alex se procure des masques, mais il fabrique l'ensemble de ses tenues à la main en recyclant de vieux draps peints ou d'anciens sacs de jute dénichés dans la grange.

Stéphane Morneau achète au fil des années des décors effrayants pour son parcours immersif de l'Halloween.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Cette créativité fait ressortir en lui plusieurs anecdotes. Il se souvient notamment d'un trajet vers l'école, assis à l'arrière de la voiture familiale avec son déguisement terminé au petit matin.
Arrêté au feu rouge, un automobiliste voisin avait jeté un regard vers lui avant de sursauter de terreur. Cette réaction m'a marqué, c'était la preuve que le costume fonctionnait vraiment, confie-t-il.
On ne peut pas perdre ce côté horrifique

Stéphane Morneau fabrique des personnages de toutes pièces, pour donner corps à ses créations cauchemardesques.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Le père et le fils restent catégoriques : l'effroi fait partie de l'ADN de la tradition. Ils savent adapter leur approche pour ne pas traumatiser les tout-petits — en baissant la bande sonore ou en retirant un masque pour les guider par la main —, mais Stéphane Morneau refuse d'édulcorer l'esprit de la fête.
On ne peut pas perdre ce côté horrifique, ça fait partie de la fête! Ce n’est pas la Saint-Valentin, c’est l'Halloween, dit-il avec enthousiasme.
Cette envie de marquer les esprits résonne à travers toute la province.
Du côté de Charlottetown, la boutique spécialisée Repeats Family Clothing and Costume Centre tourne à plein régime.

«L'Halloween est notre Noël. Ça me permet de passer la déprime financière de janvier et février», explique Mary Matthews, propriétaire du magasin de costume Repeats à Charlottetown.
Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult
Pour sa propriétaire, Mary Matthews, la fête de l'Halloween représente à elle seule environ trois mois de chiffre d'affaires.
Cette année m'a fait peur, parce que c'était très calme. Mais les ventes se sont accélérées tout juste au cours des deux dernières semaines, confie la commerçante.
Effervescence dans les boutiques
Dans les allées de son magasin, les incontournables costumes de super-héros côtoient les masques de Scream et les tenues inspirées de séries comme Game of Thrones.
J'adore l'excitation chez les enfants quand ils mettent leur costume et ce grand sourire sur leur visage. Ça me remplit le cœur.
Parmi les clients affairés, Dave Caseley, un résident de Kensington. Il a dû faire le tour de la région afin de dénicher la paire d'ailes manquante pour le costume de sa fille.
L'agriculteur sourit en se remémorant les fêtes d'Halloween de sa propre jeunesse. Pour incarner le redoutable Jason Voorhees du film Vendredi 13 (Friday the 13th), il avait recyclé le vieux masque de gardien de but de hockey de son père.
À l'approche du 31 octobre, l’Île-du-Prince-Édouard prend des airs de film d’épouvante. Des villages jusqu’aux commerces de Charlottetown, la communauté insulaire rivalise d'imagination pour faire frissonner petits et grands.


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