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L’IA et les réseaux sociaux : nouveaux outils des prédateurs d’enfants, alerte la police

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En l’espace d’une décennie, le nombre de cas d’exploitation sexuelle d’enfants traités par la police a presque quadruplé au Canada. Face à cette flambée de 374 %, les services de police du Nord de l’Ontario tirent la sonnette d’alarme sur les nouveaux vecteurs de cette criminalité : les réseaux sociaux, les plateformes de jeux et l’intelligence artificielle.

Les enquêteurs de North Bay, Sudbury et Timmins constatent que les mineurs sont désormais confrontés à des formes d’abus d’une sophistication inédite.

Cette évolution entraîne une surcharge de travail pour les unités spécialisées dans le leurre et l’extorsion sexuelle.

En réalité, tout enfant est une cible potentielle pour ces délinquants qui rôdent en ligne, prévient le sergent-détective Jason Majkot, responsable de l’unité de lutte contre l’exploitation des enfants sur Internet du Service de police du Grand Sudbury.

Une explosion statistique alarmante

Les chiffres de Statistique Canada, publiés en mars, confirment la gravité de la situation. Entre 2014 et 2024, les incidents signalés ont bondi de 374 %.

Parallèlement, Cybertip.ca, la centrale nationale de signalement, reçoit en moyenne six signalements d'extorsion sexuelle par jour, tandis que les cas de leurre ont grimpé de 344 % entre 2020 et 2025.

Selon Jason Majkot, les délinquants utilisent souvent de faux profils d’enfants pour gagner la confiance de leurs victimes avant de réclamer des images explicites ou de solliciter des rencontres.

Cela passe par les jeux vidéo ou les réseaux sociaux.

Les mécanismes de manipulation

Pour contrôler leurs victimes, les auteurs de ces crimes misent sur la manipulation émotionnelle. Ils emploient d'abord le love bombing (bombardement d'amour), inondant l'enfant de compliments, de cadeaux et d'affection, avant de basculer vers la menace et la coercition.

Certains menacent de diffuser des images intimes aux proches si l'enfant tente de rompre le contact ou refuse de céder à de nouvelles exigences.

Un véhicule de la police de Sudbury

Le Service de police du Grand Sudbury rapporte traiter chaque année des centaines de dossiers liés à l’exploitation sexuelle d’enfants en ligne. (Photo d'archives)

Photo : CBC

De nombreuses enquêtes sont déclenchées par les entreprises de médias sociaux.

La loi fédérale américaine obligeant ces entreprises à signaler toute activité liée à l’exploitation d’enfants, les alertes sont transmises à la GRC, puis redirigées vers les services de police locaux concernés.

Au-delà de ces signalements, la police de Sudbury mène ses propres opérations d'infiltration et traite les plaintes directes du public.

Chaque année, l'unité gère des centaines de dossiers, un volume qui ne cesse de croître, selon le sergent-détective Majkot.

Timmins n’est pas épargné

Le Service de police de Timmins observe une tendance similaire. Selon la sergente-détective Kathryn Beatty, l'exploitation numérique sous toutes ses formes a bondi ces dernières années.

Elle précise que le phénomène s'est accentué depuis la pandémie, les jeunes ayant intensifié leurs interactions sur les réseaux sociaux et les plateformes de jeux.

Bien que l'unité locale traite officiellement quatre dossiers par an en moyenne, avec déjà deux enquêtes ouvertes cette année, elle souligne que ces chiffres ne reflètent qu'une partie de la réalité.

Récemment, ses effectifs ont collaboré avec la police de Surrey sur un dossier d'envergure nationale impliquant un suspect en Colombie-Britannique.

Pour l’enquêtrice, il n’existe aucun profil type.

Cela peut être n'importe qui. Il s'agit parfois de professionnels, parfois d'étudiants. Le spectre des auteurs est très large.

Les nouveaux défis de l’IA

À North Bay, si une demi-douzaine d’enquêtes sont actives en permanence, plus de 200 signalements demeurent en attente de traitement.

Steve Carleton, membre de l'unité spécialisée depuis six ans, note l’émergence croissante de contenus générés par l'intelligence artificielle.

Le réalisme de ces médias force les autorités à multiplier les vérifications pour identifier si les mineurs représentés existent réellement afin de garantir leur protection.

L'enseigne du Service de police de North Bay sur un mur de brique.

La police de North Bay fait état de plus de 200 enquêtes actives liées à l'exploitation sexuelle d'enfants. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Yvon Thériault

Le policier insiste sur le fait que chaque alerte est traitée avec la plus grande rigueur, d'autant que l'IA s'appuie souvent sur des images réelles.

La création ou la diffusion de tels documents expose leurs auteurs à des poursuites criminelles.

Entre 2022 et 2025, l'organisme Cybertip.ca a d'ailleurs enregistré une hausse de 125 % des signalements liés aux trucages numériques.

Pour réduire le risque d'exploitation en ligne, la police conseille aux adultes de maintenir un dialogue ouvert et de se former sur les applications utilisées.

Il est essentiel d'établir des limites (temps d'écran, lieux communs) et de surveiller régulièrement l'activité et le comportement des enfants.

Enfin, apprenez-leur à ne pas partager d’informations personnelles et à signaler toute interaction gênante.

Des victimes en quête de soutien

Nous voyons arriver des jeunes absolument terrifiés, confie Lindsay Lobb, directrice des opérations au Centre canadien de protection de l'enfance.

Ces derniers craignent la propagation de leurs images et redoutent le regard de leurs proches.

Pour les accompagner, l'organisme aide les familles à supprimer les contenus problématiques et à rompre tout contact avec les utilisateurs malveillants.

Parallèlement, le Centre milite pour un renforcement législatif via le projet de loi C-22.

Lindsay Lobb sourit.

Lindsay Lobb coordonne l'aide aux familles pour la suppression de contenus explicites, le blocage des agresseurs et l'orientation des victimes vers des ressources spécialisées.

Photo : Avec l'autorisation du Centre canadien de protection de l'enfance.

Ce texte vise à faciliter l’accès aux données de communication pour les besoins des enquêtes, un enjeu crucial alors que Statistique Canada révèle que 94 % des incidents signalés en 2024 n’ont pas pu être résolu par manque de preuves ou de suspects identifiés.

Ce projet de loi suscite toutefois des débats concernant la protection du chiffrement numérique.

Avec les informations de Faith Greco de CBC

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