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De plus en plus démocratisée et accessible, l’intelligence artificielle est devenue un des outils des partis dans cette campagne. Avec ses avantages et ses (gros) inconvénients.

Capture d’écran d’une publication du compte X « Valras Belle et Rebelle ». Après six mois de campagne anonyme avec des publications générés par IA, Richard Bertrand a dévoilé son identité et officialisé sa candidature pour la mairie de Valras-Plage (Hérault).
Pendant six mois, une IA a fait campagne pour la mairie de Valras-Plage, commune d’environ 4 000 âmes dans le département de l’Hérault. Lutte contre la pollution visuelle, soutien aux vignerons, remise en question de la politique d’urbanisme de la municipalité sortante… Une esquisse de projet politique, diffusée sur les réseaux sociaux uniquement avec des publications créées par intelligence artificielle. Ce n’est qu’au mois de décembre que le candidat a dévoilé son identité. Le scénario, impensable lors du dernier scrutin municipal, dit tout de la démocratisation et de la banalisation de l’IA générative dans celui prévu les 15 et 22 mars prochain.
Il y a ceux qui assument. À Strasbourg, la candidate du Rassemblement national Virginie Joron n’a vu aucun problème dans la diffusion de fausses images de la ville, artificiellement salie, pour lancer sa campagne. À Reims, en complément de ses affiches de campagne placardées, Stéphane Lang, candidat divers droite, a généré une version « animée par l’IA » pour ses réseaux sociaux. Et que dire de Sarah Knafo, candidate Reconquête à Paris, qui en use à tout va, le présentant comme une preuve de sa capacité à « imaginer le monde de demain » ?
Grok, Gemini, ChatGPT… Les utilisations des intelligences artificielles sont multiples. Dans l’Oise, Florence Woerth, candidate divers-droite à Chantilly, assume dans le 20h de France 2 d’y avoir eu recours pour transformer sa réunion publique dans un format « podcast ». L’IA peut aussi être utilisée pour se renseigner sur les règles de financement de campagne, de fabriquer des résumés, des affiches, des clips de campagne… « Ça permet d’aller vite, de concevoir des images moins chères et de pouvoir les montrer, de meilleure qualité », résumait Stéphane Lang sur la chaîne du service public.
Le risque de « manipuler » les électeurs
De fait, l’IA générative donne un coup de pouce certain aux « petits candidats » qui ne bénéficient pas toujours des outils, de l’expérience et surtout des finances d’un parti. Mais elle est aussi source d’inquiétude. Le 3 février, la Banque des Territoires relayait ainsi un appel à la vigilance de l’Afnic (Association française pour le nommage Internet en coopération) sur « les contenus générés par intelligence artificielle (images, vidéos ou textes) au réalisme trompeur. »
Le risque principal est là : générer du contenu susceptible de tromper les électeurs et d’influencer leur vote. Et il est déjà avéré. À Toulouse, un adjoint au maire LR sortant a été épinglé pour avoir publié une image montrant le candidat insoumis François Piquemal et le socialiste François Briançon main dans la main. Problème : les deux hommes sont adversaires dans la course pour la mairie. Dans un contexte où le positionnement du PS vis-à-vis de LFI est source de crispation chez les militants - entre partisans d’une union et partisans de liste autonome-, sous-entendre qu’un rapprochement a eu lieu est susceptible de hérisser les électeurs des deux camps, avec de possibles répercussions sur leur choix dans l’isoloir.
L’adjoint mis en cause a plaidé une « maladresse ». Pénalement répréhensible ? Selon Valère Ndior, professeur de droit à l’université de Bretagne Occidentale interrogé par l’AFP, certains usages comme les deep-fakes, les trucages ultra-réalistes « visant à nuire à la réputation de ses rivaux » ou les contenus ayant pour but de « manipuler les électeurs » pourraient tomber sous le coup des lois luttant « contre la diffusion de fausses informations » durant la campagne. Mais en pratique, à l’exception de l’obligation de signaler le recours à l’IA, un certain flou demeure et ouvre la porte à des recours en justice. À l’automne 2025, le Conseil d’État a par exemple dû se prononcer sur l’utilisation de l’IA pour la rédaction d’une profession de foi : il l’a validée, estimant qu’« une telle circonstance était sans incidence sur la régularité des opérations électorales. »
Incarnation et (dé)crédibilité
Sans législation précise, les états-majors politiques naviguent à vue pour ces élections municipales. Au sein de la gauche parisienne, on met surtout en avant les problèmes d’éthique posés par un recours massif à l’IA. « L’IA pour faire un résumé, ce n’est pas la même chose que pour faire une fake news avec Knafo qui va dans une boucherie hallal », avance un membre de la galaxie écolo. Non sans une certaine gêne. Au-delà des risques de perte d’emploi pour les métiers de création, l’IA est un véritable gouffre énergétique : une seule requête sur ChatGPT peut revenir à « une consommation équivalente à l’allumage d’une ampoule LED pendant une heure, voire une journée entière », expliquait au HuffPost Amélie Cordier, docteure en IA à l’université de Lyon. Pas vraiment écolo compatible.
D’autres raisons poussent l’équipe de Rachida Dati à ne pas « du tout » faire appel à l’IA. Contactée par nos soins, la porte-parole de sa campagne explique avec fierté travailler avec des professionnels de l’urbanisme pour réaliser les visuels de ses projets. « C’est un choix plus onéreux et un travail plus long mais ça garantit qu’on n’ait pas une vidéo avec une piste cyclable qui fonce dans un mur », tacle Nelly Garnier en référence à un visuel du candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel. « Cela fait six ans que nous travaillons à notre projet, nous n’avons pas besoin d’une IA pour le rédiger », insiste-t-elle.
Derrière la pique à un adversaire, cette question de crédibilité est cruciale dans un scrutin où les électeurs attendent des candidats une connaissance quasi parfaite des enjeux locaux et où le maire est le premier interlocuteur pour les problèmes du quotidien, en particulier dans les petites communes. Des propositions générées par intelligence artificielle mais pas applicables à la réalité du terrain sont susceptible de nuire à l’image des candidats. Sarah Knafo en a fait l’expérience : dans sa stratégie de buzz permanent, la candidate Reconquête a proposé l’installation de « capteurs dotés d’intelligence artificielle » censés reconnaître « les bruits d’une agression ». Une proposition dont l’efficacité interroge - une rue, qui plus est à Paris, est par définition un environnement bruyant - et surtout susceptible de n’être pas conforme aux règles sur la protection des données. ChatGPT aurait pu prévenir.


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