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Dans moins d’un an, le Québec sera amené à faire le choix de son prochain gouvernement. Cette élection s’annonce particulièrement relevée, alors que la tendance actuelle soupçonne un important réalignement des forces politiques. Ce scrutin soulignera aussi l’entrée en scène d’un nouvel acteur qui pourrait certainement brouiller les cartes.
L’intelligence artificielle (IA) a pris une place prépondérante dans notre quotidien et la sphère politique n’y échappe pas. L’usage de l’IA est devenu un incontournable en contexte de communication politique.
Le président américain, Donald Trump, l’utilise allègrement pour diffuser du contenu plutôt discutable sur ses différentes plateformes. Le maire élu de New York, Zohran Mamdani, a également été la cible de contenu malveillant de son opposant, Andrew Cuomo. D’autres exemples internationaux témoignent d’une hausse frappante de cet outil, à une échelle si élevée qu’elle peut influencer le déroulement d’une campagne.
Pourtant, le Québec n’y échappe pas. Lors de la campagne électorale municipale de cet automne, l’IA était devenue un allié de choix dans les tactiques communicationnelles de nombreuses candidatures. Il nous vient déjà à l’esprit cette exécrable chanson du candidat défait à la mairie de Québec, Sam Hamad, qui a été conçue par l’IA générative. Ou encore, un nombre important de candidats qui ont recouru à ses impressionnantes habiletés pour soumettre une plateforme électorale.
Balises
À l’aube d’une année électorale au Québec, je me pose de sérieuses questions quant à l’implication de l’IA dans la prochaine campagne. Alors que son usage évolue à un rythme effréné, il est difficile d’en dire autant de son encadrement.
Les grands partis politiques ne devraient pas proscrire une fois pour toutes l’usage de l’intelligence artificielle. En effet, cet outil n’est pas le diable incarné et est pratique à bien des égards. Cependant, nous sommes en droit de nous attendre à ce que les formations politiques se responsabilisent, en imposant des balises internes claires et en faisant preuve d’une transparence exemplaire dans l’élaboration de leur stratégie de communication.
L’intelligence artificielle utilisée pour s’en prendre à ses adversaires est un phénomène qui, comme nous pouvons remarquer, est en voie de miner le débat politique et de créer une confusion dans le choix des électeurs. Il faut veiller à ce que la requête de quelques mots, produite derrière un écran, ne remplace pas les rencontres avec les citoyens ou les campagnes de porte-à-porte, qui sont les meilleures façons d’engager l’électorat.
En tant qu’étudiant en communication et politique, je suis aux premières loges de l’étude de l’influence de l’intelligence artificielle en contexte électoral. De surcroît, je suis tout aussi inquiet de ses conséquences auprès des jeunes de ma tranche d’âge.
Selon l’Académie NETendances de l’Université Laval en 2024, 64 % des jeunes de 18-34 ans ont les réseaux sociaux en ligne comme principales sources d’information. D’autant plus que s’informer sur les plateformes revêt un défi colossal, surtout compte tenu le blocage du contenu journalistique par Meta depuis l’adoption de la loi C-18, en 2023.
Nous devons considérer le danger qui repose sur le fait que le contenu généré artificiellement est un facteur aggravant non négligeable de la désinformation. En effet, sa circulation virulente augmente l’exposition des jeunes à du contenu non vérifié, exposant des idées ou valeurs discutables et dont l’origine est inconnue.
L’IA est également mise à profit dans le déploiement de campagnes de microciblage, une stratégie bien connue en marketing politique qui vise à proposer du contenu précis qui répond aux intérêts que partagent individus, groupes ou communautés. Cette approche peut favoriser la segmentation des auditeurs en fonction de leurs traits, de leurs identités et de leurs comportements électoraux.
Tromperie
Entre théories complotistes relayées sur Instagram et « deepfakes » reprenant des personnalités publiques, nous devons être préparés à une hausse importante des publications trompeuses à saveur électorale.
À l’heure actuelle, je pense que le « Far-West » évoque avec exactitude la situation actuelle sur les réseaux sociaux. À défaut d’une gestion efficace du flux de contenu généré par IA générative des grandes entreprises de réseaux en ligne, il est d’une importance accrue que nos institutions prennent des initiatives concrètes pour limiter l’implication malveillante de l’intelligence artificielle dans le déroulement de la prochaine campagne.
Des entités comme Élections Québec devront se mettre très tôt à mener des campagnes de sensibilisation coriaces pour informer les citoyens quant aux contenus frauduleux qui circulent un peu partout sur les plateformes en ligne.
Les jeunes adultes délaissent de plus en plus les médias traditionnels (radio, télé, presse) au profit de nouvelles plateformes d’information. Parmi celles-ci, les « info-influenceurs » occupent une place grandissante. Des personnalités comme Alexane Drolet ou Farnell Morisset constituent désormais des sources d’information privilégiées.
Les institutions veillant au bon déroulement du processus électoral ont tout intérêt à collaborer avec des acteurs de la sorte. D’une part, elles parviendraient à rejoindre cette tranche d’âge et à la sensibiliser aux risques de l’IA. D’autre part, elle inciterait les jeunes à encadrer leur propre consommation d’information en reconnaissant plus facilement la désinformation.
Une grande démarche devra être entreprise par le Québec en amont de la prochaine campagne électorale. S’outiller contre une utilisation incontrôlée de l’IA est essentiel afin de protéger nos systèmes démocratiques et médiatiques déjà fragilisés. Afin de prévoir le coup, le sujet mérite qu’on s’y attarde dès maintenant.


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