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Le Collège des médecins du Québec demande que le prochain gouvernement freine l’expansion du privé en santé. Le privé « n’est pas nécessairement plus performant » que le public, soutient l’ordre professionnel, qui s’appuie entre autres sur un nouveau rapport qu’il a commandé.
Depuis deux ans, le Collège plaide en faveur d’un meilleur encadrement du privé. « Il faut cesser son expansion avant que ce soit difficilement contrôlable », réitère au Devoir le président de l’ordre, le Dr Mauril Gaudreault.
Au début de la campagne électorale, la cheffe caquiste, Christine Fréchette, a toutefois dit vouloir réduire de 12 à 9 mois le délai avant qu’un patient en attente de certaines opérations chirurgicales dans le public puisse être dirigé vers le secteur privé, sans frais. « Notre priorité, c’est que les patients aient accès aux soins dont ils ont besoin dans des délais raisonnables, et ça repose avant tout sur un réseau public fort. Mais lorsqu’un patient attend trop longtemps et qu’il est possible de le soigner plus rapidement ailleurs, il faut pouvoir le faire », indique son équipe.
La « principale motivation » des patients pour se tourner vers le privé est de réduire leur temps d’attente, écrivent les auteurs du rapport commandé par l’ordre professionnel, Antoine Rondeau, enseignant en sciences économiques au collège Montmorency, et Olivier Jacques, professeur agrégé à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.
Ils relèvent certains cas où le privé a permis de faire diminuer les délais à court terme, selon une revue des études sur l’efficacité des politiques pour réduire les temps d’attente dans différents pays. Mais, dans la majorité des cas, ces gains ne se maintiennent toutefois pas dans le temps, constatent-ils.
À long terme, le départ de médecins vers le privé peut même contribuer à un « cercle vicieux » en réduisant les ressources disponibles dans le réseau public, soulignent-ils.
Éviter la médecine à deux vitesses
Les deux auteurs soulèvent également une question d’équité. Selon des études recensées, les établissements privés peuvent avoir intérêt à prendre en charge les cas les moins complexes et les moins coûteux, tandis que les patients plus lourds demeurent au public, soulignent-ils.
Le Dr Gaudreault craint le développement d’une médecine à deux vitesses, où les Québécois qui en ont les moyens pourraient se faire soigner plus rapidement que les autres. « J’espère qu’on va tout faire pour qu’on n’en vienne pas là. »
Au Québec, plus de 800 médecins sont actuellement non participants au régime public, rappelle-t-il. Depuis le printemps 2025, ceux qui veulent quitter le système pour pratiquer au privé doivent cependant obtenir une autorisation de Santé Québec.
Christine Fréchette souhaite toutefois « ouvrir la discussion » sur la possibilité de permettre aux médecins d’exercer au public comme au privé, en assurant une présence minimale au public. De son côté, le Parti conservateur du Québec présente le privé comme « un outil complémentaire pour améliorer l’accès de tous » et souhaite autoriser une pratique mixte aux soignants.
« Notre devoir, c’est d’interpeller les décideurs politiques pour ne pas aller de l’avant à ce sujet », soutient le Dr Gaudreault.
Il souhaite aussi que le prochain gouvernement interdise aux médecins de quitter le régime public pour exercer au privé. Une clause de droits acquis permettrait toutefois aux médecins déjà non participants de conserver leur statut.
Il faut « freiner l’expansion du privé en santé et plutôt se concentrer sur l’amélioration de notre réseau public », estime Québec solidaire. Le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ) disent également prioriser un système de santé public, accessible et de qualité.
Le PQ rappelle qu’en juillet, Le Devoir révélait qu’une opération chirurgicale réalisée en clinique privée coûterait en moyenne 35 % plus cher que son équivalent au public.
Renforcer le réseau public
Freiner l’expansion du privé ne suffit toutefois pas, reconnaît le Collège des médecins. Il faut aussi rendre le réseau public plus performant, admet le Dr Gaudreault.
Pour y arriver, il mise notamment sur la politique québécoise sur les soins et services de première ligne, dévoilée au printemps dernier. Celle-ci prévoit de rattacher les Québécois à un territoire de CLSC, afin qu’ils puissent recevoir davantage de soins près de chez eux.
Le plan d’action pour concrétiser cette politique est toujours en cours d’élaboration et doit être présenté en 2027. « Ça presse », souligne le Dr Gaudreault.
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