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Par Marie-Hélène Hérouart, Le Figaro Bordeaux avec AFP
Le 2 mars 2026 à 08h01

L’ex-patron des stups est notamment accusé de «complicité de trafic de drogue». Il lui est reproché d’avoir dépassé les limites dans sa relation avec son indic, Sophiane Hambli, qui aurait ainsi profité de son statut pour livrer plus de 7 tonnes de résine de cannabis à Paris, en 2015.
Le procès doit durer un mois et se pencher sur 70 tomes de procédure. À partir de lundi et jusqu’au 31 mars, l’ex-patron des stups François Thierry, son indic Sophiane Hambli et 16 autres suspects doivent comparaître devant le tribunal judiciaire de Bordeaux dans le cadre d’un dossier hors norme, ayant remis en question la lutte anti-drogue et les relations troubles entre les «flics» et les «tontons». Au point qu’une loi encadrant les «livraisons surveillées» et un nouvel office anti-stupéfiants, l’Ofast, ont été créés en 2019.
Les 18 prévenus sont visés par dix chefs d’accusation, en qualité d’auteur ou de complice, dont «association de malfaiteurs», «importation et exportation non autorisées de produits stupéfiants», «blanchiment du produit d’un trafic de stupéfiants» ou encore «arrestation, enlèvement ou séquestration suivis d’une libération volontaire avant le 7e jour».
Un scandale hors norme
Les faits qui leur sont reprochés ont commencé par la découverte par les douanes, le 17 octobre 2015, de 7,1 tonnes de résine de cannabis dans plusieurs fourgonnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris, au pied d’un appartement luxueux alors loué par Sophiane Hambli. La saisie record avait rapidement dévoilé un loup : la drogue provenait d’un chargement de plus d’une dizaine de tonnes importées du Maroc via l’Espagne dans le cadre d’une livraison «surveillée» par les policiers de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), dirigé de 2010 à 2016 par le commissaire divisionnaire François Thierry.
Ce dernier, qui fêtera ses 58 ans fin mars, avait conçu depuis plusieurs années un plan baptisé «Myrmidon» consistant à infiltrer des réseaux criminels, notamment en laissant entrer la drogue en France pour la suivre et interpeller les commanditaires grâce à des renseignements fournis ici par Sophiane Hambli.
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Ce dernier est «soupçonné d’avoir profité de son statut d’informateur auprès de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS) et de livraisons surveillées pour organiser l’importation en France d’importantes quantités de résine de cannabis», détaille le parquet de Bordeaux. C’est dans ce cadre-là que l’ex-patron des stups, François Thierry, est accusé par les magistrats instructeurs d’avoir «très largement franchi les limites» dans sa relation avec son indic et de s’en être rendu complice. Les juges d’instruction ont ainsi ordonné, le 5 juillet 2024, que le commissaire soit renvoyé devant la justice, alors même que le parquet avait requis un non-lieu à son égard, le 12 décembre 2023.
Il est ainsi reproché au policier, qui dirige désormais le service de la transformation numérique (STN) de la police nationale - après avoir perdu son habilitation d’officier de police judiciaire -, d’avoir favorisé cette importation de drogues sans en avoir informé totalement l’autorité judiciaire. Une accusation qu’il dément en soutenant avec force que les magistrats connaissaient ses méthodes. «Nous affronterons ce procès avec beaucoup de sérénité. Mon client n’a fait que son travail», fait valoir Me Angélique Peretti, son avocate, qui veut voir dans sa comparution «le reflet d’une mécanique qui consiste à tout prix à justifier une procédure qui a duré près de 10 ans».
Le rôle clé de Sophiane Hambli
Le rôle clé joué par Sophiane Hambli dans ce dossier sera au cœur des débats : ce trafiquant de haut vol né à Mulhouse, surnommé «La Chimère», est soupçonné d’avoir été «le seul commanditaire» du trafic. Ce dernier s’en défend et assure pour sa part n’avoir été qu’un «logisticien» dans une opération validée par l’Ocrtis. Récidiviste, il encourt 20 ans de prison. Il purge déjà une trentaine d’années de prison au Maroc et devrait être absent à l’audience malgré une demande de remise temporaire adressée aux autorités de ce pays, indique son avocate Me Julie Elduayen, qui sollicitera un renvoi le concernant. «C’est un dossier extrêmement complexe qui mériterait qu’il soit présent», plaide celle-ci, faute de quoi «il n’y aura pas de défense pour Monsieur Hambli».
Cette affaire retentissante a inspiré, en 2021, le film Enquête sur un scandale d’État de Thierry de Peretti, avec Pio Marmaï, Roschdy Zem et Vincent Lindon, lui-même basé sur le livre L’Infiltré de feu l’ex-agent Hubert Avoine, à l’origine de la dénonciation des agissements de François Thierry à François Molins, alors procureur de Paris et du journaliste de Libération Emmanuel Fansten.


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