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L’Europe doit de toute urgence sécuriser ses intérêts stratégiques

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Michael Strobaek, Global Chief Investment Officer, Banque Lombard Odier

Publié le 04 septembre 2026 à 07:30. 3 min. de lecture

Les escalades périodiques au Moyen-Orient, la posture agressive des Etats-Unis en matière des tarifs douaniers et les interrogations sur les engagements sécuritaires de Washington, ainsi que l’essor des exportations chinoises dans les secteurs en forte croissance tels que les véhicules électriques, soulignent l’urgence des défis stratégiques auxquels l’Europe est confrontée. Ces dernières décennies, les écarts de croissance et d’investissement par rapport aux Etats-Unis et aux économies asiatiques se sont creusés, et le continent doit soutenir ses infrastructures, son industrie et se faire une place dans le domaine de l’IA.

Il n’est pas trop tard pour changer de cap. Dans un rapport de référence publié en 2024, l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, estimait que l’Union européenne devait investir entre 750 et 800 milliards d’euros supplémentaires par an d’ici à 2030, soit l’équivalent de 4,5% du PIB, afin de combler l’écart de compétitivité avec les Etats-Unis et la Chine.

Si rien n’est fait, ce déficit ne fera que se creuser. Pire encore, les Etats-Unis et la Chine utilisent des droits de douane, des subventions et autres politiques pour altérer la concurrence en leur faveur. Le conflit au Moyen-Orient a souligné les forces et les faiblesses à l’échelle mondiale, alors que les plaques tectoniques géopolitiques se mettent en mouvement.

La région s’adapte lentement à ce nouvel ordre mondial et prend des mesures pour protéger ses propres industries. Cependant, son principal problème n’est pas le manque de capitaux, mais leur mobilisation. Paradoxalement, malgré les débats sur le financement des défis auxquels elle est confrontée, l’Europe dispose d’une épargne considérable. L’épargne collective des ménages européens est estimée à 33 000 milliards d’euros. Un tiers de cette somme se trouve sur des comptes courants, et la majeure partie du reste est investie à l’étranger, principalement aux Etats-Unis. En substance, l’Europe exporte son épargne tandis que ses entreprises innovantes peinent à accéder aux capitaux dont elles ont besoin.

L’Europe dispose d’une épargne considérable.

L’impératif politique n’est donc pas de trouver davantage de capitaux, mais de mobiliser ce potentiel, en renforçant les incitations destinées aux ménages, aux fonds de pension et aux assureurs afin qu’ils investissent dans des entreprises à forte croissance, et en approfondissant les marchés de capitaux, tout en coordonnant les cadres fiscaux et les régimes d’investissement.

Les gouvernements ont un rôle à jouer. Ils pourraient réduire les risques supportés par les investisseurs privés plutôt que de se substituer à eux, en accordant des garanties et en mettant en place des mécanismes de première perte et des procédures de commandes publiques plus efficaces. Le fonds de 500 milliards d’euros débloqué par l’Allemagne pour les infrastructures et le climat constitue un pas important dans cette direction. Toutefois, son succès dépendra de sa capacité à attirer les capitaux privés. Sa mise en œuvre a été plus lente que prévu, mais le rythme se renforce, au bénéfice des transports, en particulier des infrastructures ferroviaires, de la numérisation et de la santé.

Les dépenses de défense de l’UE s’accélèrent également, avec un programme commun d’acquisitions incluant des Etats non membres comme la Suisse. Pour autant, le marché unique européen reste en construction, et ce dans tous les domaines. Le droit des sociétés, les systèmes de compensation et de règlement, la titrisation et les règles de supervision demeurent fragmentés, empêchant les entreprises des secteurs de la finance, de l’énergie et des télécommunications de se développer à l’échelle du continent. Pour le moment, une initiative visant à lever les obstacles aux activités transfrontalières grâce à un cadre réglementaire unique pour les entreprises reste à l’état de projet.

Ces problèmes ne sont pas nouveaux, mais ils sont pressants, notamment parce que les risques politiques s’accroissent. Le gouvernement de coalition allemand reste fragile et la France élira un nouveau président l’année prochaine. En définitive, l’attrait de l’Europe en tant que destination d’investissement dépend de sa capacité à investir sur le long terme, à mobiliser son importante épargne privée et à aligner efficacement les capitaux publics et privés.

L’Europe peut demeurer un continent riche en capital mais peiner à l’allouer efficacement. Ou alors, elle peut achever les réformes institutionnelles déjà engagées pour transformer l’épargne en innovation, en gains de productivité et en puissance stratégique. Ce lent démarrage n’empêche pas la région de rester dans la course mondiale à l’investissement.

Michael Strobaek, Global Chief Investment Officer, Banque Lombard Odier. — © DR Michael Strobaek, Global Chief Investment Officer, Banque Lombard Odier. — © DR

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