Et si les Européens arrivaient enfin à dire non à Donald Trump? On peut se gausser – ou s’inquiéter – de la servilité des Européens face au président américain, de leurs circonvolutions pour éviter des taxes douanières abusives, de la difficulté de l’Europe à assurer son autonomie stratégique, encore trop dépendante du parapluie sécuritaire américain malgré les dépenses de défense qui augmentent. Mais concernant le détroit d’Ormuz paralysé par Téhéran, ils refusent d’entrer dans le jeu trumpien. Pas question de céder au chantage du locataire de la Maison-Blanche, qui estime qu’ils devraient soutenir Washington et s’impliquer militairement pour sécuriser le détroit. L’Europe sait se montrer ferme.
Et qu’importe si Donald Trump l’interprète comme un «affront» et voit ce refus comme une «erreur monumentale», lui qui a menacé l’OTAN de «conséquences très néfastes pour son avenir». A Bruxelles, les Vingt-Sept réunis en sommet ne se sont pas laissé impressionner. Dans une déclaration commune publiée jeudi, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon se disent par ailleurs «prêts à contribuer aux efforts appropriés pour garantir la sécurité de la navigation dans le détroit d’Ormuz». Mais une fois les hostilités terminées.
Lire aussi: Des Européens le martèlent: le plan pour rouvrir le détroit d'Ormuz ne sera pas une mission de l’OTAN«Un monde qui a disparu et qui ne reviendra pas»
Bien sûr, tétanisés, les Européens ont mis du temps à se distancier de l’opération «Epic Fury». Et la présidente de la Commission européenne, la très atlantiste Ursula von der Leyen, a fait des vagues en déclarant que les Vingt-Sept «ne peuvent plus être les gardiens de l’ancien ordre mondial, d’un monde qui a disparu et qui ne reviendra pas».
Lire aussi: Viktor Orbán et Téhéran, les deux principaux perturbateurs du sommet européenMais les Européens le répètent désormais avec force: «Ce n’est pas notre guerre.» A aucun moment Donald Trump ne les a consultés ou informés avant de bombarder l’Iran. Ils refusent d’être pris au piège dans un conflit dont ils paient déjà le prix, entre hausse des prix de l’énergie et crainte d’un afflux de réfugiés. Et sont déterminés à «éviter les erreurs du passé», une allusion à l’Irak.
Sur le Groenland aussi, les Européens résistent à l’appétit d’ogre du président américain, prêt à bafouer les principes de souveraineté et d’intégrité territoriales. Des révélations de la radiotélévision publique danoise indiquent que des soldats européens s’étaient bien préparés à une invasion américaine: sous le couvert d’un exercice militaire, ils ont débarqué sur l’île avec des réserves de sang et des explosifs capables de détruire les pistes d’atterrissage.
Résister à Donald Trump, à ses assauts répétés contre le droit international et le multilatéralisme, et son mépris affiché vis-à-vis de l’UE, est une question d’honneur et de valeurs. C’est aussi courir des risques. Les Européens ont besoin des Américains sur le dossier ukrainien. Une fois de plus, ils s’adonnent à un délicat jeu d’équilibriste. Mais la cordelette sur laquelle ils marchent s’épaissit. L’Europe se réveille. Elle gagne en autonomie. Il est même question d’étendre la force de dissuasion nucléaire de la France à l’Europe. Savoir dire non est aussi une façon de se faire respecter. Et, peut-être, de rééquilibrer la relation transatlantique, profondément asymétrique.
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