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C’est dans les salons feutrés d’une boutique de Strasbourg, loin des lieux hostiles qu’il a l’habitude d’affronter, que nous avons rencontré Mike Horn. Affable et disert, l’esprit vif et le regard doux, l’explorateur parle de son engagement pour la décarbonation, de son goût pour l’entrepreneuriat et de son rôle de père.
Propos recueillis par Franck Buchy - Hier à 22:19 - Temps de lecture :
« J’ai très tôt compris qu’on dort la moitié des 30 000 jours que dure en moyenne une vie… Cette urgence à faire des choses qui ont de la valeur est importante pour moi. Le seul équipement que j’emporte avec moi en expédition qui bouge, c’est la montre. Parce que les secondes s’écoulent et que chacune d’elles est essentielle. Je préfère gagner du temps que d’en perdre. C’est pour ça que je sors de la tente cinq minutes plus tôt tous les jours. Parce que j’ai cette sensation d’être en avance. »
« J’ai fait vingt-sept tours du monde en voilier, sans être marin. J’ai fait cinq sommets de 8 000 mètres sans oxygène, sans être montagnard. J’ai traversé les deux pôles, sans être un explorateur polaire… Je suis un explorateur tout court qui essaie de retrouver la force qui est à l’intérieur de moi, que ce soit en montagne, sur la glace ou dans la jungle. Je pense que j’explore plus les facultés humaines qu’autre chose. Les environnements changent, moi je reste constant. »
« Je pense que je ne suis pas toujours un bon exemple… Parce que je suis un peu comme les mauvaises herbes : on ne les tue pas facilement et elles continuent de pousser. Ma vie est basée sur des valeurs humaines qui m’assurent une fondation solide. Je ne veux pas être un vernis : je suis juste qui je suis. Être honnête vis-à-vis de ta passion, c’est ce qui fait dire aux gens que si je suis comme ça, eux aussi peuvent l’être. Mon père a été un exemple pour moi. Je croyais ce qu’il me disait. »
« Ah oui, c’est compliqué ! Aujourd’hui, c’est un challenge. Quelqu’un qui me dit que c’est un boulot facile, il ne vit pas dans la réalité des choses. Quand je faisais toutes mes expéditions, je n’ai été présent que 32 jours à la maison en cinq ans. C’est un choix. J’ai essayé d’être un père unique pour mes filles et de leur offrir quelque chose qu’elle ne pouvait trouver que chez moi. Elles me suivaient en mettant des punaises sur une carte du monde. Et aujourd’hui, je paye cher pour ça. Mes enfants ne sont plus là. Une traverse l’Afrique à vélo. Elles veulent aller gravir des montagnes. Je ne veux pas qu’elles y aillent, parce que je veux les protéger. Une fois que tu essaies de partager ta passion, c’est fini. Soit elles te détestent ou elles y vont les yeux fermés. J’ai souvent été critiqué pour mes absences, mais j’ai un lien unique avec mes filles. »
« En fait, j’aime les idées et les développer. C’est un peu comme une expédition. Je n’ai jamais commencé une aventure en pensant que je n’y arriverai pas. C’est la même chose pour le business. Quand une idée fascine mon cerveau, je veux la concrétiser. Vincent Defrasne m’a sollicité parce que je sais ce qu’il faut comme habits et comme matières pour évoluer dans des environnements extrêmes. La start-up dans laquelle j’ai investi pour la décarbonation est aujourd’hui valorisée cent cinquante millions d’euros. Je veux juste décarboner notre planète. En trente ans, j’ai vu comment elle s’est dégradée. Et je veux arrêter cette dégradation parce que j’ai des filles. Je veux jouer un rôle et être fier de ce que je vais laisser derrière moi. »
« En 2006, la glace au pôle Nord était d’une épaisseur de 2,58 mètres. Quand j’y suis retourné en 2019, elle mesurait 8 centimètres. Ça va très vite. Ce constat m’a vraiment choqué. Près de huit milliards de tonnes de glace ont fondu en Groenland l’année passée. Alors, aujourd’hui, je veux essayer d’arrêter l’impact que l’Homme a sur la nature, parce qu’il en a un. Je dois être un exemple. C’est pour cela que j’ai participé au lancement d’un programme de recherche pour le développement d’une pile à combustible à hydrogène. »
« Je suis sur un super projet qui s’appelle “What’s Left” – ce qui reste encore à faire pour moi en tant qu’explorateur. Depuis 2023, je revisite les endroits où j’ai été ces trente dernières années pour voir comment les milieux naturels ont évolué au fil du temps. Le Groenland et l’Amazonie ont complètement changé. Je fais cette dernière grande expédition pour moi mais aussi pour essayer de trouver des solutions. Je veux donner de l’espoir aux gens pour les motiver à agir. Faire peur, ça immobilise et démotive. Cela veut dire que cette expédition peut-être la plus importante de ma vie. »


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