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Le mois de décembre s’accompagne d’une recrudescence de notre empathie collective. On s’émeut, on partage, on donne. Noël nous rappelle, année après année, que les célébrations ne sont pas dorées dans toutes les familles. Puis, janvier arrive et nous recentrons notre attention sur des résolutions qui intéressent notre bien-être individuel.
Cette sensibilité ponctuelle parle de nous. Elle révèle à la fois notre capacité à reconnaître la souffrance d’autrui et notre difficulté à transformer cette attention en action durable. Même si elle peut être inconfortable ou fatigante, j’en rêve à longueur d’année. Plusieurs œuvres québécoises marquantes de 2025 nous y ont d’ailleurs invités.
Incontournable, la série Empathie, écrite par Florence Longpré et réalisée par Guillaume Lonergan, invite les téléspectateurs à la compassion envers les personnes vivant avec des troubles de santé mentale. En entrevue à Tout le monde en parle, l’autrice suggère que la fiction, en nous amenant à nous glisser dans la peau des personnages pour les comprendre sans les juger, peut servir d’outil pour développer notre empathie.
Ce regard porté sur l’autre permet, plus largement, de saisir les conditions sociales qui rendent certaines existences plus vulnérables. Présentée en supplémentaires à Montréal, la comédie musicale des Cowboys Fringants, Pub Royal, mise en scène par le collectif Les 7 doigts de la main, rassemble des personnages marqués par les petites et grandes misères de la vie (et du système capitaliste). Le spectacle nous invite à nous responsabiliser pour nous libérer de cet « inconscient collectif » dans lequel nous sommes parfois engourdis.
Dans son traditionnel conte des Fêtes présenté avec l’Orchestre symphonique de Montréal, dirigé par Kent Nagano, Fred Pellerin propose une piste pour contrer ce marasme. Il nous raconte que Saint-Élie-de-Caxton est devenu un village le jour où ses habitants ont trouvé une raison de mourir assez grande pour vouloir vivre ensemble. Dit autrement : la collectivité tient à ce qu’elle juge digne d’être défendu.
La pièce Janette, écrite par Rébecca Déraspe et mise en scène par Jean-Simon Traversy, a quant à elle mis en lumière le parcours de Janette Bertrand, et particulièrement l’approche sensible par laquelle elle a contribué à façonner le Québec moderne : en favorisant le dialogue, l’écoute et l’empathie. Son histoire rappelle que le sentiment de vide ou d’injustice qui nous habite peut catalyser l’action et, ultimement, le changement social.
L’empathie n’est pas qu’une affaire de sentiments : elle est forcément politique. Elle délimite les frontières de notre solidarité et guide les enjeux qui nous mobilisent. À l’approche des élections québécoises de 2026, la question n’est pas de savoir si nous sommes capables d’empathie, mais comment et envers qui nous choisissons de l’exercer. Quel projet de société saura recoller notre identité collective fragmentée ? Quelle cause nous donnera, comme aux Caxtoniens, l’envie de vivre ensemble ?
Je nous souhaite un Québec juste, ouvert, solidaire et… empathique. Bonne année !


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