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CRITIQUE - Malgré quelques réussites discrètement dispersées en ville, la nouvelle édition du parcours estival d’art contemporain peine plus que jamais à renouer avec la magie pionnière de ses débuts.
Passer la publicité Passer la publicitéUne décharge miniature au cœur de la cité des ducs. Non, vous ne rêvez pas : le curieux monticule de gravats et d’épaves automobiles qui a pris forme ces derniers jours sur la place Graslin, à Nantes, n’est ni le vestige d’une récente manifestation ni le dépotoir improvisé d’un chantier voisin, mais bien l’une des nouvelles œuvres d’art du Voyage à Nantes (VAN). Installation la plus monumentale de la dernière édition estivale du parcours d’art contemporain, Fossil Opera se présente comme une éruption tellurique dans laquelle des ammonites, modelées dans 600 tonnes de sable, surgissent d’une surface urbaine déliquescente, formée de voitures tirées d’une casse nantaise et de débris de démolition. L’effet général offre un avant-goût d’apocalypse qui - mais est-ce volontaire ? - colle étrangement à l’image que l’on se fait désormais de Nantes, marquée par la multiplication inédite de faits divers violents.
Jeté au pied du Théâtre Graslin, sous le regard consterné des muses sculptées de sa façade, ce déprimant repoussoir de l’artiste autodidacte Théo Mercier a été propulsé en tête d’affiche de l’édition 2026 du VAN, pilotée depuis l’an passé par Sophie Lévy, l’ex-directrice du Musée d’arts de Nantes. Pour renouveler la formule de cette exposition de plein air, la programmation inaugure cet été un cycle consacré aux quatre éléments. En attendant l’air, l’eau et le feu, place donc à la terre. À ce titre, difficile de reprocher le hors sujet à son installation phare, plateau ultra-minéral qui détonne plus qu’il n’enchante, et qui jette son amas de laideurs chaotiques à la figure bien ordonnée du quartier, en un geste insoumis que les Soulèvements de la Terre ne renieraient sans doute pas.
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Jeux de cache-cache
Reste-t-il encore des propositions audacieuses à découvrir au Voyage à Nantes ? L’événement culturel paraît s’être mué en un timide marronnier, à rebours de la magie pionnière de ses débuts. Parmi les œuvres pérennisées qui ont marqué, L’Éloge du pas de côté de Philippe Ramette souffle déjà son huitième anniversaire. Les merveilles de jeunesse du VAN et, encore plus tôt, du festival Estuaire, comme Les Anneaux de Buren ou le spectaculaire Serpent d’océan imaginé par Huang Yong Ping sur la plage de Saint-Brévin, peinent à trouver des héritiers, tant et si bien que l’écho du millésime 2025 s’était résumé à la polémique sur l’occultation de la statue de Louis XVI, place Maréchal-Foch. En 2023, Le Voyage en hiver avait également attiré son lot de critiques, après s’être substitué aux décorations de Noël. À croire que l’on s’offusque du VAN, plus qu’on y court.
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En plus, les discrètes œuvres de cet été doivent, pour beaucoup, être cherchées guide en main. La création vidéo d’Anne-Charlotte Finel, consacrée aux rapaces de l’aéroport de Nantes, est enfouie dans les cryptes de la cathédrale. L’habitation en bois et torchis imaginé par Edgar Sarin a pris possession de la chapelle du lycée Clemenceau. Sommeils légers, l’exposition toute en poésie du plasticien libanais Ali Cherri, autour de la figure du gardien - de salles, de récits, de frontières -, s’est nichée dans un étage du Musée Dobrée. La dissimulation sait toutefois se faire ludique. Au Jardin extraordinaire, les colonnes qui composent Les Mistériennes de Barbara Schroeder ont été dispersées dans l’environnement luxuriant de l’ancienne carrière de granit. Ces monuments à l’exotisme organique, pétris de terre, de ciment et de bouse de vache, gorgés d’essences locales, jouent à cache-cache avec les explorateurs de l’oasis de fraîcheur. Quelle tristesse, en revanche, que le palmier solitaire, en métal, résine et chanvre, conçu par Louis Guillaume dans les douves du château des ducs de Bretagne. Entre des déjections mises en beauté et une décharge mise en plateau, le rêve semble bien avoir quitté Nantes.


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