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Le département de l'Orne traverse une situation de sécheresse aiguë : de nombreux ruisseaux et têtes de bassin sont à sec. Rencontre avec le président des pêcheurs du département.
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Par Christophe Rivard Publié le 19 août 2026 à 5h50
Pour Jean-Paul Doron, président de la Fédération de l’Orne pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique, les causes sont autant conjoncturelles que structurelles.
Selon lui, la majorité des bassins du département est en situation de crise et plusieurs têtes de bassins-versants sont déjà à sec.
« Pas les bons chiffres »
« Les seuils de gestion de la sécheresse, calculés à partir de stations hydrométriques parfois mal positionnées, ne rendent pas toujours compte de l’état réel des rivières ». Exemple cité lors d’un point début juillet : à peine 0,25 m³/s est mesuré à l’entrée de l’Orne, à Juvigny-sur-Orne, alors que seul le bassin Orne amont était placé en vigilance.
Pour lui, « ces chiffres sont des signes ; pour les habitants, la crainte que l’eau ne coule plus au robinet grandit. »
Conjoncture climatique et causes anciennes
Si l’épisode actuel est lié à une conjoncture marquée par une forte élévation des températures et des canicules successives, le message de Jean-Paul Doron dépasse l’événement immédiat.
Il pointe « des transformations anciennes du territoire » – remembrement, arrachage de haies, recalibrage des cours d’eau et drainage des zones humides – qui ont modifié le fonctionnement hydrologique des têtes de bassin. « Ces aménagements, réalisés il y a trente ans et plus, ont réduit la capacité des paysages à retenir l’eau et à la restituer progressivement. »
Bassines, basses eaux et choix agricoles
Le débat sur l’irrigation et la création de bassines revient au cœur des discussions. Pour certains, ces ouvrages permettent de stocker de l’eau ; pour d’autres, ils multiplient l’évaporation et détruisent des zones humides indispensables.
« Des projets routiers et d’aménagement ont conduit à la destruction de surfaces importantes de zones humides » – jusqu’à 130 hectares cités pour le projet de 2×2 voies entre Briouze et Sevrai – « alors que parallèlement les autorités parlent d’Or bleu à préserver. Le contraste entre discours public et les projets de terrain alimente la défiance des associations, des pêcheurs et de la fédération. »
Prairies, méthanisation et perte de capacité de rétention
Un constat national relayé localement : « dans le bassin Seine Normandie, plus de 66 000 hectares de prairies ont disparu en cinq ans, remplacés par des cultures de maïs destinées à la méthanisation », poursuit Jean-Paul Doron. Or les prairies ont une forte capacité de rétention d’eau.
Le basculement vers des cultures énergétiques, qualifiées par Jean-Paul Doron de « pseudo-biogaz », soulève une question simple pour les acteurs locaux : veut-on nourrir la filière méthanisation ou préserver l’élevage et la ressource en eau ?
La rémunération plus attractive pour la matière destinée à la méthanisation explique en partie ce basculement, selon le président des pêcheurs de l’Orne.
Impacts locaux et tensions politiques
Sur le territoire, ces changements se lisent sur les cartes : Manche, Calvados, Orne et autres départements du socle granitique apparaissent en situation critique.
La dégradation des états écologiques des cours d’eau – indicateurs cités lors d’une réunion qui s’est tenue avec le préfet de l’Orne ce jeudi 13 août 2026 – inquiète : « si certains départements dépassent à peine quelques pourcents de cours d’eau en bon état, l’Orne, qui semblait mieux classé, voit lui aussi ses indicateurs baisser ».

Parallèlement, des dossiers industriels ou agroalimentaires – la montée en capacité d’installations locales comme Besnier dans le sud du Bocage est citée par Jean-Paul Doron – génèrent des tensions autour de la consommation d’eau et de la capacité des territoires à la supporter en période de crise.
« L’eau se gère par le sol », un principe à réinscrire dans les politiques
Les pêcheurs se positionnent comme défenseurs de l’écosystème aquatique et rappellent un principe récurrent : « l’eau se gère par le sol ». « Tant que la gestion des terres continuera à favoriser l‘évacuation rapide de l’eau vers l’aval par drainage, remembrement ou suppression de haies, on alternera crues violentes et périodes de sécheresse prolongée. »
Jean-Paul Doron dénonce aussi le court termisme politique et économique qui pousse à des décisions opportunistes, « alors que des études et des rapports (la synthèse du Haut-Commissariat général au Plan, publiée en juin 2025) montrent que seul un changement profond de modèles permettrait d’éviter l’aggravation des crises d’ici 2030. »
Préserver les ruisseaux pour transmettre un territoire
Au-delà des analyses techniques, Jean-Paul Doron évoque une note personnelle : « Je me suis fixé comme but de préserver les derniers ruisseaux du département, pour que mes enfants et mes petits-enfants puissent encore aller au bord de l’eau et découvrir la vie aquatique. »
De poursuivre : « pour les acteurs locaux, c’est là l’enjeu central : concilier production agricole et services écosystémiques, maintenir des zones humides vivantes, et replacer la gestion de l’eau au cœur des projets de territoire. Sans cela », prévient-il, « la ressource et la biodiversité risquent de payer lourdement des décisions prises dans l’urgence ou pour des gains immédiats. »
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