NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Par Esther Crauser-Delbourg, Alexandre Mayol et Simon Porcher
Le 30 juillet 2026 à 11h11
Ajouter Le Figaro
à vos sources préférées

FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors qu’une majorité des départements sont soumis à des restrictions d’eau, la France semble découvrir que cette dernière n’est plus une ressource garantie, pointent les professeurs Esther Crauser-Delbourg, Alexandre Mayol et Simon Porcher.
Passer la publicité Passer la publicitéEsther Crauser-Delbourg est fondatrice du cabinet Water Wiser et enseignante à HEC. Alexandre Mayol est professeur de sciences économiques à l’Université de Lille et à Sciences Po Paris. Simon Porcher est professeur de sciences de gestion à l’Université Paris Dauphine-PSL, et auteur de « Nous sommes faits d’eau » (Les corps conducteurs, 2026).
La sécheresse de l’été 2026 n’est pas un accident. Elle s’inscrit dans une série d’épisodes qui révèlent notre difficulté à nous adapter à une ressource devenue incertaine. Les épisodes de 2022 et 2023 avaient servi d’avertissement. Plus de 90 départements avaient été soumis à des restrictions et des centaines de communes ravitaillées par camion-citerne. En réponse, le «Plan Eau» présenté par le président de la République en 2023 devait marquer un changement de paradigme et sortir de «l’abondance» : sobriété, réforme de la tarification, efforts demandés aux agriculteurs et industriels.
Trois ans plus tard, le constat est sévère. Les sols sont de nouveau secs, les nappes se vident, les conflits d’usages se multiplient et les priorités stratégiques ont glissé vers d’autres urgences. Les projections d’Explore 2070 anticipent une baisse des débits des cours d’eau de 10 à 40 % et une diminution de la recharge des nappes pouvant atteindre 30 à 50 % dans certains territoires. La question n’est plus de savoir si nous devons nous adapter mais à quelle vitesse. L’eau suit désormais la même trajectoire que l’énergie : ce qui paraissait abondant devient stratégique. Les entreprises qui n’intègrent pas sa rareté dans leurs décisions d’investissement prennent un risque économique croissant.
La première urgence consiste à préserver la ressource que nous possédons déjà. Et pour cause : près d’un milliard de mètres cubes disparaissent chaque année à cause des fuites dans nos réseaux, soit la consommation de 20 millions d’habitants. Le premier gisement d’eau n’est donc ni un barrage ni une retenue : c’est l’eau que nous perdons. Généraliser les contrats de performance hydrique aux gestionnaires publics comme privés – à l’image de celui de la métropole européenne de Lille – et mieux rémunérer la réduction des fuites doivent devenir des priorités nationales.
Généraliser les contrats de performance hydrique aux gestionnaires publics comme privés – à l’image de celui de la métropole européenne de Lille – et mieux rémunérer la réduction des fuites doivent devenir des priorités nationales.
Esther Crauser-Delbourg, Alexandre Mayol et Simon PorcherLa deuxième transformation concerne l’agriculture. Celle-ci représente 60 % de l’eau consommée en France. Cela ne signifie pas qu’elle est le problème, mais qu’elle est nécessairement au cœur de la solution. Le débat français oppose trop souvent stockage et sobriété. Cette opposition est stérile. La transformation des systèmes de production est aussi importante que la sécurisation de la ressource. Des pratiques basées sur la restauration des sols et la diversification des cultures permettent d’améliorer la capacité des terres à retenir l’eau.
La troisième transformation concerne les entreprises : l’eau doit être au cœur des décisions stratégiques. Délocaliser des productions consommatrices d’eau ou ignorer son empreinte en eau, c’est-à-dire l’ensemble de l’eau incorporée le long de la chaîne de valeur pour produire des biens et services, c’est prendre un risque industriel autant que réputationnel. Certaines entreprises ont déjà engagé cette évolution. Michelin, par exemple, s’est doté d’un prix interne de l’eau supérieur à son coût réel, afin d’intégrer sa rareté future dans ses arbitrages d’investissement. Ce qui apparaît aujourd’hui comme une innovation pourrait demain devenir la norme.
La France ne manque ni de compétences, ni de solutions. Mais il nous manque une prise de conscience collective. Nous traitons l’eau comme un sujet technique et environnemental alors qu’elle est devenue un enjeu de souveraineté économique. L’expérience récente nous a montré qu’une nation qui sous-estime ses dépendances stratégiques s’expose à des vulnérabilités majeures.
Alors que s’ouvre le débat présidentiel, l’eau ne peut plus être l’oubliée de notre stratégie économique. Elle doit être considérée comme un actif stratégique au même titre que l’énergie, les infrastructures ou les matières premières critiques. Les pays qui intégreront les contraintes hydriques dans leur agriculture, leur industrie et leurs investissements renforceront leur souveraineté. Les autres découvriront trop tard que l’on peut importer du pétrole, mais pas la sécurité hydrique d’une nation.


11 hour_ago
14



























.jpg)






French (CA)