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L'assassinat de Trump dans la doctrine iranienne de la vengeance

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Aujourd’hui, l’Iran ne considère plus Donald Trump comme un simple adversaire politique. Il le voit comme un ennemi personnel du chef de l’État et le symbole de la Velayat-e faqih. Depuis la mort de Khamenei, le discours officiel et semi-officiel à Téhéran a fusionné l’idée du « Guide suprême martyr » avec un devoir de vengeance envers ceux qu’il tient pour responsables de sa mort, Trump en tête de liste. Lors des rassemblements funéraires et des prêches, des phrases circulent, affirmant que « le sang du Guide suprême est un dépôt sacré » et que ceux qui ont mené la guerre contre l’Iran « ne connaîtront jamais la sécurité tant qu’il nous restera un souffle de vie ». Ce cadrage élève la menace au-delà de la simple propagande : elle devient un devoir existentiel aux yeux du régime et de ses réseaux affiliés.

De son côté, Trump lie directement sa sécurité personnelle à celle du régime iranien. À plusieurs reprises, il a déclaré qu’il figurait « depuis longtemps sur leur liste », qu’une tentative réussie serait suivie de frappes contre la République islamique « à un niveau qu’ils n’ont jamais connu », et que l’Iran « paierait un prix que peu de pays ont jamais payé ». Trump s’emploie ainsi à ancrer une équation claire : toute attaque contre le commandant en chef américain équivaut à une attaque contre le cœur même du régime iranien. Dans cette perspective, la perspective d’un assassinat n’est plus une affaire criminelle. Elle devient une porte ouverte vers une guerre d’une nature entièrement différente.

Pris entre un récit de vengeance enraciné dans le sang de Khamenei et une posture de dissuasion américaine qui traite l’assassinat comme une ligne rouge existentielle, un environnement de menace complexe s’est formé. La question n’est plus de savoir si la menace est réelle. Elle porte désormais sur la manière dont cette menace pourrait évoluer si elle n’est pas contrée par des mesures préventives, et comment elle pourrait passer de la rhétorique enflammée à une planification délibérée, voire à la recherche des moyens de mener une attaque.

Pourtant, aucun appel à la vengeance, aussi virulent soit-il, n’a d’impact réel s’il ne trouve pas une structure capable de transformer les paroles en actes. C’est là que le réseau que Téhéran a construit au fil des décennies entre en jeu.

L’Iran ne s’appuie pas uniquement sur un appareil de renseignement conventionnel ou des milices locales. Il puise dans une toile bien plus large, qui s’étend du Corps des Gardiens de la révolution islamique et de ses proxys aux liens avec des réseaux criminels organisés, des trafics de drogue et des opérations de blanchiment d’argent.

En Amérique latine, les Gardiens de la révolution et le Hezbollah ont été associés à des cartels de la drogue et à des routes de contrebande. En Europe, plusieurs cas ont été signalés impliquant des individus liés à l’Iran, accusés de comploter ou de soutenir des tentatives d’assassinat et des attaques contre des opposants. Ces antécédents montrent une volonté d’exploiter toute faille juridique ou sécuritaire qui se présente.

Dans ce contexte, trouver quelqu’un pour commettre un assassinat ne nécessite pas de construire un nouveau réseau de toutes pièces. Il suffit de rediriger une structure existante vers une cible précise.

Téhéran pourrait faire appel à des tueurs à gages par l’intermédiaire de cartels et de réseaux criminels, achetant une expertise opérationnelle prête à l’emploi et utilisant des itinéraires de contrebande établis pour faire parvenir un agent jusqu’au lieu de l’attaque. L’opération pourrait être présentée comme un meurtre sous contrat, ce qui rendrait difficile de la relier immédiatement à une décision politique.

Le régime pourrait aussi exploiter les communautés de migrants en Europe et aux États-Unis. Certains de leurs membres vivent en marge de la société ou nourrissent une colère profonde envers les États-Unis. Ils pourraient être poussés à commettre un attentat par vengeance pour une cause qu’ils jugent juste, ou par solidarité avec le « Guide suprême martyr ». Cela pourrait également ouvrir des canaux vers des extrémistes idéologiques issus de mouvements marginaux, qui verraient dans une attaque contre le dirigeant américain un acte révolutionnaire contre l’impérialisme.

Ce qui multiplie le danger de ces outils, c’est la mobilisation de masse qui a accompagné les funérailles de Khamenei. Cet événement était bien plus qu’une cérémonie d’État officielle. C’était une mer de personnes scandant des appels à la vengeance, portant des portraits du Guide suprême et accusant l’Occident et Trump d’être responsables de sa mort. Quand des chants de « vengeance pour le Guide » résonnent dans l’air, les Gardiens de la révolution obtiennent quelque chose de plus précieux que la foule elle-même : une légitimité populaire pour tout plan visant à exercer des représailles.

Au plus fort des processions funéraires, la foule n’a pas seulement porté l’image de Khamenei et des banderoles de vengeance. Des partisans du régime ont brandi de grandes affiches représentant Trump ainsi qu’une liste de responsables politiques et de figures médiatiques américaines proches d’Israël. Des croisés rouges étaient imprimés sur leurs visages, au-dessus d’un slogan en anglais qui disait : « Tôt ou tard, vos têtes tomberont ».

Il ne s’agit pas d’un débordement passager de la part d’une foule incontrôlable. C’est une incitation coordonnée lors de funérailles d’État officielles. Elle déclare en quelque sorte que le meurtre de ces individus est un devoir de vengeance ouvert et contraignant. Elle envoie un signal à chaque réseau et à chaque acteur isolé : la voie vers ces cibles a été dégagée politiquement et symboliquement depuis le cœur de Téhéran.

Dans un tel environnement, l’Iran n’a pas besoin de laisser ses empreintes sur chaque balle. Il lui suffit de fournir le récit et les symboles. L’exécution peut être confiée à des réseaux criminels organisés, à des gangs transfrontaliers et à des groupes extrémistes idéologiques avides d’un moment de gloire sanglante.

Aux yeux des services de sécurité iraniens, ces foules deviennent effectivement un vaste vivier de recrutement. Toute personne ayant participé aux rassemblements, toute personne ayant montré une ferveur particulière, toute personne ayant des liens avec des groupes ou des réseaux, toute personne vivant dans un autre pays tombe sous leur surveillance.

Avec le réseau de fidélité lié à la Velayat-e faqih s’étendant à travers l’Irak, le Liban, la Syrie, l’Afrique et l’Europe, les Gardiens de la révolution peuvent transformer une partie de cette mobilisation en une structure active de vengeance. Ce réseau peut offrir des refuges sûrs, un soutien logistique, une aide pour le déplacement de personnel à travers les frontières, ou des volontaires prêts à participer à une opération à l’étranger en guise de loyauté envers la mémoire de Khamenei.

C’est pourquoi renforcer la sécurité personnelle du président ne suffit pas. Il faut repenser les règles d’engagement avec l’ensemble de l’appareil de vengeance iranien.

Ce processus commence par le fait de considérer toute menace crédible d’assassinat contre les dirigeants américains ou israéliens comme un acte hostile en préparation. Sur cette base, des frappes préventives cibleraient les unités de planification et d’opérations des Gardiens de la révolution. Cette approche se poursuivrait en élargissant la liste des cibles préventives pour inclure les réseaux financiers et de contrebande qui alimentent cet appareil et lui permettent de se déplacer à travers les frontières. Elle serait complétée par la construction d’un cadre d’alliance clair pour partager des renseignements sur ces réseaux, maintenir des listes de cibles prêtes à l’emploi et établir des règles d’engagement publiques. Ces règles stipuleraient que le simple fait d’entrer dans la phase sérieuse de planification d’un assassinat entraîne un coût immédiat, même avant que le premier coup de feu ne soit tiré.

Dans cette logique, l’action préventive n’est ni une réaction ni une précipitation irresponsable. C’est une restructuration des règles de la dissuasion.

Le message adressé à Téhéran, et à quiconque envisagerait de rendre un « service » dans le cadre d’un projet visant à venger le sang de Khamenei, est le suivant : la menace elle-même est devenue coûteuse.

La simple participation à des préparatifs au sein de l’appareil de la Velayat-e faqih ou de ses réseaux affiliés suffit à déclencher une réponse douloureuse contre cet appareil lui-même, et non contre un simple exécutant facilement sacrifiable.

La question ultime n’est pas de savoir si l’Iran peut physiquement atteindre Trump. Elle est de savoir si l’Occident est prêt à transformer cette menace en un fardeau insupportable pour la structure de vengeance iranienne, avant qu’elle ne devienne un événement marquant qui ébranlerait l’ordre international tout entier.

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