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L’ardoise à plus de 160 000 euros laissée par Marine Le Pen au Parlement européen

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Selon « Mediapart », la candidate RN à la présidentielle a effectué de nombreuses dépenses irrégulières lorsqu’elle était députée européenne, de 2009 à 2014.

Marine Le Pen n’a pas toujours respecté la réglementation européenne en matière de dépenses.

JULIE SEBADELHA / AFP

Marine Le Pen n’a pas toujours respecté la réglementation européenne en matière de dépenses.

Le Rassemblement national a décidément un problème avec l’argent public. Après les multiples affaires qui ont émaillé l’histoire du parti d’extrême droite, dont la condamnation récente de Marine Le Pen et de vingt-trois ex-membres du FN pour détournement de fonds publics, on apprend ce vendredi 18 septembre que le Parlement européen réclame une sacrée somme à la candidate à la présidentielle.

Selon Mediapart, qui révèle l’affaire, la direction générale financière du Parlement européen chiffre le total des dépenses irrégulières effectuées par Marine Le Pen, sur fonds publics, lorsqu’elle était eurodéputée, de 2009 à 2014, à pas moins de 168 000 euros. Les députés européens disposent d’une enveloppe censée couvrir leurs dépenses de fonctionnement et de communication. Et cela de manière ultra-réglementée, puisque l’argent dépensé doit avoir un lien avec l’exercice du mandat.

Sauf que Marine Le Pen n’aurait, selon Mediapart, pas toujours respecté cette réglementation. Par exemple en concluant un marché sans organiser d’appel d’offres, ou de manière biaisée, afin de donner l’apparence trompeuse d’une mise en concurrence de plusieurs entreprises.

Mais aussi en organisant, sur fonds européens, un événement factice en 2010, officiellement censé évoquer « les régions et l’Europe face à la crise financière ». La réunion s’est, en réalité, transformée en meeting électoral afin d’aider Marine Le Pen à accéder à la présidence du Front national. La preuve de l’irrégularité de la soirée étant qu’aucun eurodéputé n’était présent, et « qu’aucun ordre du jour ni document témoignant de discussions liées aux activités politiques de l’UE n’ont été produits ». Marine Le Pen a réclamé 4 600 euros au Parlement pour cette soirée.

D’autres dépenses farfelues ont également été relevées. Pour 10 000 euros, la fille de Jean-Marie Le Pen aurait fait produire un millier de DVD… dont personne n’a jamais trouvé la trace. Même chose quand, entre 2011 et 2014, elle dit avoir fait sortir des bulletins d’information, bénéficiant pour cela de 37 000 euros. Il est permis, relève Mediapart, de les « considérer comme fictifs ».

Elle rejette la responsabilité

Déjà en 2021, l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) de l’UE avait publié un rapport qui pointait les nombreuses irrégularités de Marine Le Pen et plus globalement de la délégation RN au Parlement européen. Pour sa défense, l’actuelle députée du Pas-de-Calais avait assuré avoir effectué des contrôles avant paiement, mais avait surtout rejeté toute responsabilité. La faute revenant, selon elle, à son assistant parlementaire de l’époque, Charles Van Houtte, qui n’aurait pas su gérer le budget et contre qui elle dit avoir porté plainte. Elle a aussi attaqué en justice l’ancien secrétaire général du groupe RN, Ludovic de Danne, pour « faux, usage de faux, abus de confiance et escroquerie ».

Mais de tels arguments ne sont pas recevables par le Parlement européen, qui considère que c’est aux eurodéputés de vérifier la conformité de leurs dépenses avec les règles en vigueur. De fait, même dans le cas où son assistant parlementaire aurait effectué des dépenses dans son dos, c’est à l’élue qu’il revient, in fine, de les contrôler.

Sans parler du fait que Mediapart montre aussi que des transferts d’argent ont été effectués depuis les sociétés détenues par Charles Van Houtte vers l’association Groupe des droites européennes, une structure liée… au Front national. Bref, ces transferts servaient vraisemblablement à rémunérer des personnes qui étaient proches du parti ou travaillaient pour lui, sans lien avec le Parlement européen. Reste à savoir si Marine Le Pen décidera, comme elle le peut, de contester cette décision devant la Cour de justice de l’Union européenne, située à Luxembourg.

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