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La mort d’un patient dans un hôpital catholique d’Edmonton, survenue quelques heures avant son transfert forcé dans un autre établissement hospitalier où l’aide médicale à mourir est autorisée, relance le débat sur les établissements confessionnels qui refusent d'administrer l'injection létale.
Selon les données de Santé Canada de 2024, 349 citoyens qui souhaitaient bénéficier de l'aide médicale à mourir (AMM) ont dû être transférés vers d’autres hôpitaux, en raison de la politique d’exemption religieuse dont bénéficient les établissements de santé confessionnels.
Ce nombre représentait environ 2 % des 16 499 personnes qui ont bénéficié de l'AMM cette année-là.
William Hume, un habitant d’Edmonton, l’a appris à ses dépens. Après avoir reçu un diagnostic d’un cancer de l'œsophage en phase terminale, l’homme de 79 ans a fait le choix de l'aide médicale à mourir. Sa demande a été approuvée après une évaluation de son état de santé.

Carolyn Gunderson, l'une des filles de William Hume, a reçu le 3 septembre un appel l'informant que leur père devait être transféré dans un autre hôpital pour recevoir l'aide médicale à mourir.
Photo : Fournie par Carolyn Gunderson
Au nom de la foi
Le 2 septembre dernier, les ambulanciers l’ont conduit au service de soins palliatifs de l'hôpital communautaire des Sœurs grises, le seul à disposer d’un lit disponible ce jour-là.
La famille du patient a cependant découvert qu’elle n’était pas au bout de ses peines : bien qu'il soit financé par des fonds publics, l’Hôpital des Sœurs grises ne pratique l'AMM. Il est géré par Covenant Health, un prestataire de soins du réseau de santé catholique, qui fait partie des établissements ayant le droit d’avoir des politiques interdisant l’AMM.
Cela signifie que les patients se trouvant dans la même situation que William Hume doivent être transférés vers un autre hôpital qui l’autorise, dans le cadre de ce que l'on appelle des transferts forcés.

Les hôpitaux du réseau d'établissements de santé catholique gérés par Covenant Health ne pratiquent pas l'aide médicale à mourir.
Photo : Radio-Canada / David Bajer/CBC
Cela a été le premier choc pour nous, a affirmé Stacey Hume, la fille du patient, en entrevue à l’émission White Coat, Black Art, sur CBC.
Finalement, le septuagénaire a rendu l’âme le 5 septembre, 6 heures avant son rendez-vous pour recevoir l’injection létale.
Un patient non religieux
Stacey raconte que le deuxième choc que la famille a reçu est survenu avant la mort de son père. C’est, selon elle, lorsqu’une infirmière de l'Hôpital des Sœurs grises aurait dit à la famille qu'elle devait avoir la foi et que tout était entre les mains de Dieu.
Ma mère, complètement décontenancée, a répondu : « Et si je ne crois pas en Dieu? L'infirmière aurait alors dit : Oh, vous ne croyez pas en Dieu?
Stacey souligne que son père n'était pas une personne religieuse et que, à aucun moment, la famille ne s’attendait à ce que la religion fasse partie du décès de [William Hume].
Mon père serait horrifié d'apprendre qu'il s'est rendu dans un établissement confessionnel et que ses dernières volontés ont été dictées par une religion à laquelle il ne croyait même pas.
Sollicité pour une entrevue à ce sujet, un porte-parole de Covenant Health a renvoyé la question à Services de santé Alberta (AHS), qui n'a pas souhaité commenter l'affaire, invoquant des raisons de confidentialité.

William Hume, 79 ans, est décédé le 5 septembre, quelques heures avant la date prévue pour son décès médicalement assisté.
Photo : Radio-Canada / Stephanie Dubois/CBC News
Les cas de l'Alberta et du Manitoba
Selon les données de Santé Canada, en 2023 et en 2024, l'Alberta et le Manitoba ont enregistré la plus forte proportion de personnes contraintes de changer d'établissement pour recevoir l'AMM.
Selon la Dre Stefanie Green, prestataire certifiée d'aide médicale à mourir à Victoria, en Colombie-Britannique, depuis la légalisation de cette pratique médicale au Canada, en 2016, il y a eu un assouplissement de ce type de politiques, car davantage de personnes comprennent les inconvénients que peuvent entraîner les transferts forcés.
La Dre Green cite l'exemple du Québec qui, en 2023, a adopté une loi obligeant tous les établissements de soins palliatifs à autoriser l'AMM sur place : C'est un signe positif, mais je pense que, lorsqu'il s'agit d'institutions confessionnelles, il existe une certaine politique idéologique fondée sur des valeurs qui n'est pas susceptible de changer.

La Dre Stefanie Green est prestataire certifiée d'aide médicale à mourir à Victoria, en Colombie-Britannique.
Photo : Fournie par Stefanie Green
Un procès en Colombie-Britannique
Stacey Hume, qui a un appel en cours concernant son procès contre la santé publique provinciale dans une affaire sans rapport, n'a pas déposé de plainte dans cette affaire. Du moins, pas pour le moment.
Papa a été catégorique dès le début : il voulait l'aide médicale à mourir. Mais ce n'est pas ce qu'il a obtenu, regrette-t-elle.
Par ailleurs, une contestation judiciaire visant à déterminer si les organisations confessionnelles de la Colombie-Britannique peuvent continuer à interdire l'AMM dans leurs établissements est actuellement en cours devant la Cour suprême provinciale.
Les médecins croient que si cette affaire est portée devant la Cour suprême du Canada, cela pourrait avoir des répercussions sur la situation dans d’autres provinces au pays.
Avec les informations de Stephanie Dubois


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