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L’Allemagne a une centrale nucléaire achevée en 1985 près de la frontière néerlandaise : sa tour de refroidissement n’a jamais refroidi un seul réacteur

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À Kalkar, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière néerlandaise, une centrale nucléaire a été terminée en 1985. Son réacteur, le surgénérateur SNR-300, n’a jamais reçu le moindre assemblage de combustible. Sa tour de refroidissement n’a donc jamais eu de réacteur en marche à refroidir.

L’addition s’élève à environ 7 milliards de marks, soit 3,5 milliards d’euros.

À retenir

  • Le surgénérateur SNR-300 n’a jamais reçu de combustible
  • Le projet a coûté environ 3,5 milliards d’euros
  • Le site a été racheté 2,5 millions d’euros puis transformé en parc de loisirs
  • Le réacteur a été abandonné en 1991 pour des raisons politiques et économiques

Sommaire

  1. Un surgénérateur né de la crise pétrolière
  2. Terminé, rempli de sodium, mais jamais autorisé
  3. Du chantier nucléaire au parc d’attractions
  4. Des chiffres qui donnent le vertige

Un surgénérateur né de la crise pétrolière

Le chantier démarre en avril 1973, en pleine crise du pétrole, quand l’Europe cherche à réduire sa dépendance énergétique. Le SNR-300 est un réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium. Il est conçu pour fonctionner au plutonium et produire plus de matière fissile qu’il n’en consomme, avec une puissance de 327 mégawatts. L’Allemagne finance 68,5 % de l’opération, aux côtés de la Belgique, des Pays-Bas et du Royaume-Uni.

La France, elle, avait pris de l’avance. EDF et le CEA avaient lancé Phénix dès 1968, un prototype de 233 mégawatts nets situé sur le site de Marcoule, près d’Orange, qui avait divergé en décembre 1973. Pendant que Phénix tournait, Kalkar accumulait les retards, plus de 7 ans au total. La facture, estimée au départ entre 150 et 200 millions de dollars, a fini autour de 4 milliards de dollars.

Dehors, la contestation montait. En septembre 1977, une manifestation géante a provoqué une opération de police massive, avec la fermeture complète d’autoroutes dans le nord de l’Allemagne et des contrôles d’identité sur près de 150 000 personnes. L’accident de Three Mile Island, en 1979, a fait monter la pression d’un cran, sans interrompre le chantier.

Terminé, rempli de sodium, mais jamais autorisé

Mi-1985, la construction s’achève. Mais le vent a tourné à Düsseldorf : le gouvernement du Land, dirigé par le SPD, qui commence cette année-là à remettre en cause le nucléaire, bloque les dernières autorisations. Jusqu’alors, 17 autorisations partielles avaient été délivrées, chacune confirmant l’approbation globale du projet. Il manquait seulement le feu vert final.

En avril 1986, Tchernobyl fait monter l’opposition d’un cran.

Le site, lui, ne dort pas. Le sodium circule déjà dans les boucles de refroidissement et doit être maintenu chaud par des résistances électriques pour ne pas se solidifier. Les frais de fonctionnement dépassent 5 millions d’euros par mois, et depuis 1989 l’État fédéral, Siemens et trois électriciens (RWE, PreussenElektra et Bayernwerk) se partagent une facture intermédiaire de 105 millions de marks par an. Faute de réacteur en service, la tour de refroidissement n’a jamais eu de chaleur nucléaire à évacuer.

Le couperet tombe en mars 1991. Le ministre fédéral de la Recherche, Heinz Riesenhuber, annonce l’abandon du surgénérateur après une réunion avec les dirigeants de Siemens et des électriciens, et les contrats clé en main avec le fournisseur sont résiliés le 10 avril. Aucun accident n’a eu lieu sur le site : c’est une décision politique, que le coût de la maintenance à venir a rendue économiquement indéfendable.

Du chantier nucléaire au parc d’attractions

L’investisseur néerlandais Hennie van der Most rachète le site pour 2,5 millions d’euros, une somme environ 1 400 fois inférieure au coût de construction. Selon l’une des sources consultées, la transaction date de 1995. Son profil détonne : cet homme d’affaires avait déjà investi dans une chaîne de restaurants de poulet frit et dans un golf installé sur un ancien camp de l’OTAN.

Le complexe devient Kernwasser Wunderland, littéralement le « pays des merveilles de l’eau nucléaire ». Il comprend un hôtel de 400 lits, des manèges, une tour de chute libre aménagée dans la tour de refroidissement, et une paroi extérieure transformée en mur d’escalade. La fréquentation est estimée à environ 600 000 visiteurs par an, un chiffre qui se rapproche de la population de Strasbourg et de ses environs proches multipliée par plusieurs fois.

Pour le parc, c’est 100 % sûr : le réacteur n’a jamais fonctionné.

Des chiffres qui donnent le vertige

Les dimensions du chantier méritent qu’on s’y arrête. Le complexe couvre l’équivalent de 80 terrains de football, il a englouti assez de béton pour bâtir une autoroute entre Amsterdam et Maastricht, et on y a tendu assez de câbles pour faire deux fois le tour de la Terre. Avec la même somme, on aurait pu construire 20 000 maisons à 200 000 euros pièce, soit environ 4 milliards d’euros.

Reste le combustible. Le matériau fissile prévu pour le SNR-300, enrichi à environ 35 % de plutonium, était placé sous surveillance de l’État à Hanau. D’après un article de 2011, il devait être retraité à La Hague, en Normandie, pour être transformé en combustible MOX et servir dans des centrales classiques.

Sources : osti.gov | publikationen.bibliothek.kit.edu | enerzine.com

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Rédigé par L'équipe Sciencepost

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