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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Dans son ouvrage Le pouvoir et l’ivresse (éditions Odile Jacob), le médecin spécialiste de l’alcool Michel Craplet s’interroge, à travers l’uchronie, sur le rôle qu’a pu avoir l’alcool, ainsi que l’ivresse qu’elle procure, dans les grands moments de l’histoire.
LE FIGARO. – Pourquoi avoir choisi de parler communément d’ivresse et de pouvoir ? Quel lien faites-vous entre les deux ?
Michel CRAPLET. – L’ivresse a toujours permis à l’un de prendre le pouvoir sur l’autre. À de multiples reprises dans l’histoire, l’ivresse a profité à des personnages qui se sont emparés du pouvoir abandonné par celui qui boit trop. Ce phénomène se note à tous les niveaux, du grand empereur au petit tyran domestique.
Je me suis pris au jeu de mêler mon expérience médicale avec l’histoire et donc de traiter une question clinique qui peut sembler banale et malheureusement quotidienne à de grands exemples historiques. Certains verront une teinte culpabilisatrice dans ma démarche, mais, en réalité, elle veut montrer que l’alcool est un sujet tout à fait important dans notre vie sociale. C’est un élément à considérer attentivement dans l’analyse des grands évènements historiques. Qu’ils soient des hommes ordinaires ou de grandes figures de l’histoire, tous les humains sont soumis à leurs pulsions et à leurs addictions. En scrutant les récits des historiens et à la lecture des documents d’archives, il est intéressant d’analyser certains épisodes à la lumière d’une consommation abusive d’alcool.
Utiliser le principe de l’uchronie comme vous le faites, en partant de personnages et d’évènements historiques, était-il un moyen de rendre le sujet plus accessible ? Pourquoi ce choix ?
Certes, cette forme uchronique pourrait décrédibiliser mon propos, bien que le travail que j’ai effectué soit sourcé, mais j’ai souhaité donner une forme plus légère à la chose pour permettre aux gens de s’intéresser à l’histoire, un intérêt malheureusement faible de nos jours. L’alcool n’est pas un détail mais un carburant de l’histoire. C’est est un bel ingrédient pour pratiquer l’uchronie à travers l’histoire mais dont on ne parle pas souvent en France. Les historiens français semblent faire un déni de ce sujet.
Les événements de la Commune ont souvent été décrits par les contemporains comme la résultante de « l’alcoolisme chronique » des révoltés parisiens et des « ivresses de la bourgeoisie » de l’époque.
Michel CrapletPar ailleurs, l’uchronie n’est pas seulement une mise en forme pour accrocher le lecteur afin de mieux lui faire comprendre le risque de l’alcool, elle a aussi pour but d’insister sur la possibilité d’une modification du cours de l’histoire à partir d’un simple changement de direction. Certains faits considérés comme anecdotiques, comme une ivresse ou simplement un verre de trop, en certaines circonstances, peuvent aboutir à une autre histoire. Au contraire des théories du complot, je pointe le rôle du hasard, ce que j’ai appelé « l’alcooléatoire ». Il faut souligner parallèlement les effets de la psychologie et de la biologie des acteurs de l’histoire, sans faire du « psychologisme » car je tiens compte des facteurs politiques, économiques et sociaux.
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Vous parlez des ivresses diplomatiques. L’alcool a-t-il été un ennemi ou un allié du pouvoir ?
L’alcool est un allié en diplomatie. Talleyrand, au congrès de Vienne se servait de ces grands dîners diplomatiques pour apaiser les tensions. Joseph Fouché dans ses Mémoires témoigne de cet attrait du diable boiteux pour « les arts de la table (…) un des meilleurs instruments dont dispose la France pour imposer sa partie et délier les langues ». C’est un aspect sous-estimé par les archives historiques, policières et judiciaires.
Quelle différence faites-vous entre ivresse et alcoolisme ? Cette dernière met-elle en lumière une distinction sociale ?
Cette distinction entre ivresse et alcoolisme est en général oubliée. Les événements de la Commune ont souvent été décrits par les contemporains comme la résultante de « l’alcoolisme chronique » des révoltés parisiens et des « ivresses de la bourgeoisie » de l’époque. Mais la différence véritable se situe sur le plan médical. L’alcoolisme est une répétition d’ivresses entraînant des complications médicales et sociales. Néanmoins, l’ivresse, si passagère qu’elle soit, peut aussi avoir d’importantes conséquences. Elle est bien présente dans certains épisodes de l’histoire. Dans les tranchés de la Première Guerre mondiale, le cliché du poilu qu’on alcoolise pour sortir de la tranchée est faux. La hiérarchie militaire était tout à fait au courant des risques. Elle ne poussait pas les hommes à boire, mais elle les laissait se fournir en boissons. Les hommes s’alcoolisaient pour ne plus avoir peur ; l’ivresse ne servait pas de désinhibiteur mais plutôt de tranquillisant pour vivre dans l’horreur des tranchés et pour tenir.
C’est en réalité principalement l’ivresse des hommes qui peut avoir des conséquences regrettables avec des violences sexuelles de la part de compagnons habituels ou à l’occasion de mauvaises rencontres.
Michel CrapletVous citez Caton l’Ancien : « Si tu surprends ta femme à boire de l’alcool, tue-la ». Pendant longtemps, l’ivresse a-t-elle été seulement une affaire d’hommes ?
De tout temps, on a reproché aux femmes de boire, car l’alcool pouvait avoir un impact sur la grossesse. La vulnérabilité féminine est, de fait, avérée et prouvée scientifiquement. En revanche, ce qui tenait davantage de la croyance populaire était que la femme ivre risquait de se comporter en femme de mauvaise vie. C’est en réalité principalement l’ivresse des hommes qui peut avoir des conséquences regrettables et se matérialiser par des violences sexuelles ou des féminicides de la part de compagnons habituels ou à l’occasion de mauvaises rencontres. L’alcool apparaît peu dans les récits de ces drames. La majorité des médias évacue rapidement la question au profit d’autres motifs comme le racisme, le sexisme ou encore l’agressivité virile. Ils existent bien mais ils sont exacerbés par la prise d’alcool qui reste le facteur principal. Les autres motifs seuls ne suffisent souvent pas pour déclencher l’acte délictuel ou criminel
Pourquoi existe-t-il une réticence à entreprendre de véritables études sur le problème de l’alcoolisme en France ? Est-ce un facteur sous-évalué dans les drames plus ou moins récents et les accidents de tous les jours ?
De nombreux lobbies agissent en faveur de l’alcool mais il existe surtout un déni socioculturel. Je crois que les historiens sont des Français comme les autres et que nous avons tous les mêmes préjugés. En tant que clinicien, j’ai essayé de lutter contre ces préjugés, de faire en sorte que le problème de l’alcoolisme devienne un sujet traité objectivement. C’est un sujet qui fait peur et qu’on préfère cacher. Par ailleurs, derrière le mot « alcool », on voit immédiatement « alcoolisme ». C’est pour cela que j’ai souhaité titrer mon livre sur l’ivresse, un terme plus apprécié et qui peut être décliné.
Pour limiter la consommation de l’alcool, il faut des mesures drastiques. Cependant, la société ne veut pas réagir dans son ensemble, et parle d’un « alcoolisme mondain », qui en fait n’existe pas. J’y vois une difficulté à considérer les choses de façon cohérente. Il est très difficile de divulguer certains messages notamment sur les conséquences de la consommation abusive d’alcool liées à la physiologie comme les problèmes de la grossesse. Les évènements ne sont pas provoqués par l’alcool, mais la consommation d’alcool les modifie toujours.


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