NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Avec cette série, l’équipe éditoriale remonte la ligne du temps, du référendum de 1980 jusqu’à nos jours, et braque les projecteurs sur des Québécois dont le legs a durablement marqué notre paysage sociopolitique. Aujourd’hui : Pierre Elliott Trudeau et l’exclusion constitutionnelle.
Peu de monuments politiques ont marqué le Québec autant que l’un de ses plus grands pourfendeurs. L’acharnement de Pierre Elliott Trudeau à défier la nation québécoise toute une carrière durant, en lui refusant sa pleine reconnaissance lors non pas d’une seule mais de trois rondes constitutionnelles, fit de l’ancien premier ministre canadien un héros vénéré des fédéralistes mais surtout un antagoniste obstiné du Québec. Une gifle en trois temps dont le premier acte suffit à lui seul à laisser une profonde cicatrice, toujours béante aujourd’hui.
La trahison ne fut pas que la sienne. Par cette fatidique nuit des longs couteaux, début novembre 1981, les premiers ministres des provinces anglophones tournèrent impitoyablement le dos au Québec pour convenir à la dérobée avec le gouvernement d’Ottawa d’un rapatriement exclusivement canadien de la Constitution. Pierre Elliott Trudeau n’était pas de ces pourparlers nocturnes, mais il raillait depuis des jours les premiers ministres de n’être que de simples « marionnettes de René Lévesque ». La faille du front commun des provinces tant dénoncé avait été magistralement exploitée.
La réconciliation constitutionnelle solennellement promise aux Québécois au lendemain du référendum de 1980 ne s’avéra que basse tromperie. Pierre Elliott Trudeau eut gain de cause en rapatriant la Constitution canadienne pour y greffer sa Charte des droits et libertés, sans rien concéder aux demandes du Québec en retour.
« Peut-être que des réflexions subséquentes et des événements ultérieurs leur feront comprendre que ceci pourrait avoir des conséquences incalculables », s’insurgea René Lévesque, prescient, à l’issue de cette humiliation.
Une prophétie qui ignorait en outre à l’époque que le duel entre Pierre Elliott Trudeau et le Québec ne s’arrêterait pas là.
Son successeur conservateur Brian Mulroney eut beau s’évertuer à ramener le Québec dans le giron constitutionnel canadien — le contraire étant « impensable à long terme » à ses yeux —, M. Trudeau, non content d’avoir infligé un cinglant mais insuffisant premier camouflet au Québec, sortit de sa retraite pour s’opposer publiquement et frontalement à l’accord du lac Meech, qui proposait pour ce faire la reconnaissance formelle du Québec comme société distincte ainsi qu’un droit de veto et de retrait qui lui avait été refusé la première fois.
Une telle entente ferait du Canada un État « tout à fait impotent », gouverné éventuellement « par des eunuques » ayant cédé à la « menace de chantage » du Québec, ragea Pierre Elliott Trudeau dans une lettre ouverte. Un mépris tel qu’il plomba l’appui unanime des provinces, du Manitoba à Terre-Neuve, signant ainsi l’échec de Meech.
« Il y a de ces moments, de ces gestes qui définissent l’avenir », prophétisa Lucien Bouchard à son tour, dans les pages du Devoir en juin 1990, venant tout juste de renier la fédération canadienne, désabusé, pour jeter les bases de la création du Bloc québécois.
Cette seconde vilenie fut celle de trop. Comme si la reconnaissance du Québec était à ce point inconcevable et inacceptable. Un suprême dédain qui fit reprendre la plume deux ans plus tard à Pierre Elliott Trudeau, pour s’opposer cette fois-ci à un Québec distinct par le biais de l’accord fourre-tout de Charlottetown.
Au Canada qui venait de lui dire Non une troisième fois, le Québec répliquerait en passant à 54 000 voix de se dire Oui. Tout espoir de réconciliation constitutionnelle venait de s’évaporer, mais la flamme de l’affirmation de la spécificité nationale serait loin de s’éteindre.
Plus de 30 ans après le référendum de 1995, les prochaines élections québécoises s’apprêtent à se faire sur fond de débat sur la possibilité d’en tenir un troisième. Le Parti québécois pourrait être aux portes d’un retour au pouvoir, après sept ans d’une nouvelle voie autonomiste caquiste ayant posé ses propres gestes d’affirmation constitutionnelle, linguistique et identitaire du Québec. Et le Bloc québécois tient toujours le coup à Ottawa.
Le Canada aura certes reconnu le « caractère distinct » du Québec en 1995, puis que ce dernier « forme une nation » en 2006, mais ces motions symboliques n’ont aucune force de loi constitutionnelle, pas plus qu’elles n’ont empêché les empiètements successifs dans les champs de compétence exclusifs.
Tel un dernier legs de la dénégation de Pierre Elliott Trudeau à l’égard du Québec, son dauphin, Jean Chrétien, verrouilla de surcroît, de sa Loi sur la clarté, tout futur débat référendaire. Le droit de regard d’Ottawa devenu entier, tant sur la formulation de la question, en amont, que sur la « majorité claire » de son résultat, qui ne serait établie qu’a posteriori. Les balises fédérales n’étant ainsi définies qu’en cours de joute référendaire.
Cette paix constitutionnelle factice, brandie il y a d’abord 45 ans pour promettre une réconciliation avec la fédération canadienne, paraît manifestement toujours aussi illusoire. Et le Québec, sur le seuil d’une nouvelle période d’effervescence de son débat d’affirmation nationale, nourrie en partie par le souvenir de celui-là même qui aura tant tenté de l’étouffer.


5 month_ago
18



























.jpg)






French (CA)