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L’affirmation nationale préélectorale de Christine Fréchette

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Il aurait été difficile pour la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, de remanier entièrement son discours politique, elle qui en était à prononcer sa quatrième allocution en presque autant de semaines. Il lui sera difficile, de surcroît, de réécrire le bilan du gouvernement sortant en l’espace d’à peine un peu plus de temps. Son discours d’ouverture à l’Assemblée nationale fut surtout l’occasion de réciter la liste solennelle de ses grandes priorités, marquée d’abord et avant tout par un serment d’affirmation nationale du Québec qui semblait cependant, par moments, plus destiné à épater la galerie caquiste et à déstabiliser celle des partis d’opposition qu’à répondre à ses propres préoccupations.

Le ton de l’ère Fréchette se veut résolument celui d’une « nouvelle vision » et de « nouvelles ambitions ». Et ce, qu’importe qu’elle soit entourée de la même équipe de la Coalition avenir Québec. Si le premier ministre canadien, Mark Carney, ne se gêne pas pour proclamer former un « nouveau gouvernement » depuis maintenant plus d’un an, l’équipe Fréchette ne s’en privera visiblement pas non plus. Sur le fond, par contre, la rupture avec son prédécesseur François Legault est plutôt une question d’ajustements.

L’affirmation de l’identité québécoise, en revanche, demeure. Au point que la première ministre en a fait son tout premier projet de loi, en renouvelant — pas moins d’un an plus tôt que nécessaire — l’usage de la disposition de dérogation dans la loi 96 sur la langue française. Elle aurait pu poser un geste plus concret que symbolique en déposant en premier lieu, pour mieux protéger les victimes de violence conjugale, son tant souhaité projet de loi « Gabie-Renaud ».

Or, la relative néophyte en politique se révèle fine tacticienne, préférant prioriser l’objectif stratégique d’asseoir sa place sur l’échiquier nationaliste et d’y piéger le Parti libéral du Québec tout en tentant d’y égaler le Parti québécois, qui l’y attend de pied ferme. Sans oublier, évidemment, d’apaiser la fragile famille caquiste.

Cette nécessaire pacification passe ainsi par la survie artificielle du projet de constitution du Québec porté par le dauphin de son aile nationaliste, Simon Jolin-Barrette. Si consensuelle l’idée d’une telle assise pour la nation québécoise soit-elle, que le texte ne rallie pratiquement personne la prive d’une légitimité qu’il sera impossible de lui conférer d’ici la fin de la session parlementaire.

Mme Fréchette voyait juste en insistant pour que l’adoption de cette « loi des lois » soit conditionnelle à « l’adhésion la plus large possible ». Que son gouvernement n’exclue pas, désormais, l’idée que seul l’appui d’une ex-caquiste devenue conservatrice puisse suffire en dit regrettablement trop long sur les préoccupations partisanes, plutôt que sociétales, qui l’animent dans ce dossier.

La défense de la spécificité du Québec s’incarne manifestement davantage, chez Christine Fréchette, par celle de la sphère culturelle, en témoigne son annonce voulant qu’elle donne suite au terrain défriché en audiovisuel. La promesse d’un acte politique fort, et attendu, contre la menace incessante d’assimilation et d’effacement.

Pour le reste, les revendications nationalistes se font bien timides, pour ne pas dire réfrénées. Pas de rapatriement réclamé de pouvoirs en culture, ni en immigration. Tout au plus la nouvelle première ministre réitère-t-elle poliment la demande de remboursement des frais engagés par le Québec pour l’accueil de demandeurs d’asile.

Une ère de collaboration certes peut-être dictée par la volonté d’action de Mark Carney et son très faible appétit pour la longue négociation de demandes traditionnelles. Une coopération, dans le respect de l’autonomie du Québec, qui permet accessoirement à Mme Fréchette d’essayer de tracer sa propre voie, distincte de celle de ses adversaires politiques.

La première ministre ne se fait pas d’illusions, et n’en fait pas miroiter aux Québécois non plus : son gouvernement disposera de « peu de temps », et pourrait bien en manquer, pour alléger la facture que représentent le prix de l’essence et le coût de la vie, redresser les services en santé (et éviter un fiasco dans le déploiement du Dossier santé numérique, qu’elle vient de cautionner) et procéder à un réaménagement incluant autoroutes, ponts et troisième lien dans la région de la Capitale-Nationale (dans l’espoir de grappiller au passage des appuis au Parti conservateur, cette fois-ci).

Là encore, Christine Fréchette appelle à la transpartisanerie, afin de faire progresser plusieurs dossiers d’ici l’été. Et, ce faisant, de faire porter à ces mêmes partenaires de circonstance de l’opposition le fardeau d’avoir ralenti le gouvernement caquiste, en cas d’échec.

L’appel à la collaboration, si magnanime puisse-t-il paraître, a incidemment cela de bon. Surtout à cinq mois des prochaines élections.

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