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Koriass, le cinq à sept est fini

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Koriass est passé à autre chose. C’est vrai sur le plan artistique, mais c’est vrai aussi sur le plan humain. Après des années à tergiverser avec son problème de consommation, il a choisi de s’en débarrasser pour de bon. Et son admirable cheminement transparaît directement dans sa musique.

« Tu répètes toujours la même cassette / T’es déjà drunk avant le cinq à sept », scandait Koriass sur le refrain d’un de ses plus grands succès en carrière, Cinq à sept (2018). Cette phrase toute simple, on s’en doute, il se la répétait à lui-même. Comme pour souligner l’absurdité de la situation.

Le rappeur né à Montréal-Nord a toujours dit les choses sans vernis, mais jamais on ne sentait une vraie volonté de changer les choses. « J’paye pour ma caisse de six de Heineken pis j’quitte en vitesse », rappait-il en 2011 sur La pluie au mois d’août. « Grosse caisse de douze, mais don’t mind / C’pas moi qui parle c’est la booze », rappait-il en 2013 sur Froid. « J’drive à cent soixante, un fourty ounce dans l’entrejambe », rappait-il en 2016 sur Drive. Trois ans plus tard, l’entièreté du texte de Cinq à sept mettait en avant ce genre de déchéance, sauf que, cette fois-ci, le personnage avait rejoint l’humain… Koriass vivait le début de son « sept ans de malheur ». Et le malheur, cette fois, ne se résumait pas à boire une caisse de six ou de douze… ou même un 40 onces.

« Le sept ans de malheur, c’est mes sept ans de consommation active. Un sept ans où j’ai essayé de me prendre en main », confie-t-il.

Le titre de l’album, Sept ans de malheur (titre temporaire), évoque le concept de cette œuvre de 16 chansons, un grand cru de sa vaste carrière qui s’échelonne sur maintenant un quart de siècle. « Ce qui est particulier, c’est que je n’ai pas eu de gros problèmes de consommation dans ma vingtaine. Ç’a vraiment été insidieux, raconte-t-il. Ç’a commencé par des médicaments prescrits, et ç’a déboulé vers de la consommation de drogue […] puis, à un moment donné, je me suis demandé, justement, pourquoi je consomme ? »

Les réponses sont nombreuses, et une partie de celles-ci se trouve dans les textes de l’album. Des textes qui traduisent la psyché d’un artiste lucide, franc, qu’on aime pour sa capacité à se livrer en toute vulnérabilité, mais en gardant une certaine pudeur.

Temporaire ou permanent

« Toutes les histoires finissent par finir », entend-on au tout début de ce voyage à la fois touffu et percutant, sur la mordante Habits St-Eustache. Au fil de l’album, on comprend que Koriass a, en fait, choisi de tourner la page une fois pour toutes sur ses sept ans de malheur. De là le titre de la 14e chanson, cette saisissante collaboration avec Daniel Bélanger, judicieusement intitulée Sept ans de malheur (titre permanent).

« En fait, le thème qui lie l’album, c’est la temporalité ou, plutôt, mon rapport au temps et ma façon de dealer avec. C’est une constatation que j’ai faite : il y a juste moi qui peux décider si ce qui se passe dans ma vie est temporaire ou non, explique-t-il. Quand je suis sorti de thérapie, je me suis senti comme si j’avais 1000 livres de moins sur les épaules. J’ai appris à m’aimer mieux… et y a un mal de vivre que je comprenais pas qui est comme parti. »

Le discours du « parrain d’abstinence » de Koriass à la fin de Cocaine Dropout, frappante collaboration avec le maître du battle rap Suspek-T, aborde les réflexions par lesquelles le rappeur a dû passer. Juste après, Le party est fini, avec Calamine et Marjolaine Beauchamp (qui assure aussi une partie de la narration de l’album), nous donne également quelques indices. « Tu veux savoir la vérité t’as juste à regarder dans mes yeux / J’suis encore un grand enfant, j’peux même pas croire que j’en ai deux », se questionne le rappeur de 42 ans. Le tout culmine avec Arrêtez d’essayer de me sauver. « J’ai mis le fire pour tout terminer en beauté », chante-t-il, comme pour faire flèche de tout bois avant de repartir à neuf.

Heureusement, il y a des moments plus légers sur ce septième album. Des chansons qui respirent, qui nous rappellent qu’on peut aussi approcher la vie de manière plus décontractée. Évidemment, on peut toujours compter sur FouKi pour remplir ce genre de rôle. Le représentant du Plateau-Est et l’apprenti maire de Saint-Eustache brillent sans trop se prendre au sérieux sur Slap, rappelant la chimie qu’ils avaient élaborée sur l’album collaboratif Génies en herbe, paru il y a déjà six ans. Même chose pour Loud et Souldia, qui amènent un peu de désinvolture à l’album, respectivement sur Offenbach et Rêve éveillé.

Koriass, aussi, se dévoile sous d’autres coutures, en se livrant sur ses problèmes de dépendance affective (Heartbreak Club) et sur sa tendance à toujours se mettre dans l’embarras (le futur tube radio J’cours après le trouble).

À travers tout ça, la direction musicale prend des risques. Aux côtés de son fidèle allié Ruffsound et du principal compositeur de l’album, Lord William (avec qui il signe une première collaboration en 15 ans), Koriass a créé une fresque musicale où s’entrecroisent rap, pop, électro et, de manière plus étonnante, influences rap industriel qui rappellent Yeezus de Kanye West. « On a vraiment eu du fun à faire ça. On voulait faire quelque chose de différent, notamment en multipliant les layers de guitare », dit le rappeur, qui a entre autres écouté Prodigy et MGMT durant l’élaboration de l’album. « Après ça, on a voulu amener le mix ailleurs. On voulait quelque chose de crunchy, qui unit toutes les chansons. »

Et c’est comme ça, en créant quelque chose de différent, que Koriass a pu si bien illustrer sa transformation.

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