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Kate Moss, Naked Portrait » : mystère de la création sur HBO Max

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Derek Jacobi (Lucian Freud) et Ellie Bamber (Kate Moss) dans Kate Moss, Naked Portrait, sur HBO Max.

Derek Jacobi (Lucian Freud) et Ellie Bamber (Kate Moss) dans Kate Moss, Naked Portrait, sur HBO Max. Vertigo Releasing

Ce film revient sur le processus créatif du portrait de la top-modèle peint par Lucian Freud et l’amitié singulière qu’ils avaient nouée.

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Après les documentaires Looking for Kate (2014) ou encore Kate ! The Making of an Icon (2011), ce film de fiction, produit par Kate Moss elle-même, revient sur sa relation artistique avec le peintre et petit-fils du fondateur de la psychanalyse, Lucian Freud.

Kate Moss, Naked Portrait, aussi intitulé Moss & Freud, est inspiré d’une histoire vraie. À quel point ? Nul ne sait vraiment, sinon les principaux intéressés. Avant d’en porter sa vision à l’écran, la « Brindille » a communiqué par bribes sur cette aventure. Quant au maître, considéré comme l’un des peintres figuratifs les plus importants du XXe siècle, rebaptisé d’ailleurs « l’Ingres de l’existentialisme », il est décédé sans laisser d’écrits. Seulement des œuvres d’art, dont beaucoup de portraits, parmi lesquels celui de l’icône de la mode des années 2000. Elle est nue, alanguie, crue, enceinte, crachée à petites touches de gros traits de brosse. Autant dire que cela tient du génie. Dans une grande interview donnée quelque temps plus tôt au magazine Dazed and Confused, Kate Moss avait exprimé son admiration pour le peintre. Lui refusait très généralement de portraiturer des célébrités. L’histoire a pour point de départ leur rencontre devant Diane et Actéon, sublime tableau de Titien, à Londres.

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Naissance de deux œuvres

Dans cette grande salle de la National Gallery, il est question de la manière dont le masculin se fourvoie en pensant toujours maîtriser le féminin, de couleur, de sensualité, de psychologique, de biologique et de nudité. « Je cherche à toucher au cœur de l’être. Quand la personne est nue, elle n’a rien à cacher. Il n’y a que la vérité », adresse-t-il à la jeune femme avant de lui proposer de la portraiturer. Ce qui suit tient autant de la fable que du séminaire d’histoire de l’art, de l’autobiographie, de l’hommage au peintre et du huis clos. Un récit qui se dessine au fil des séances de pose interminables et de l’évolution de la grossesse du modèle. Neuf mois de travail, au terme desquels naîtront deux œuvres. L’une d’art. L’autre de chair. Et inversement.

Le téléspectateur sent d’emblée qu’il s’agit de creuser au plus loin de l’intime, du côté de la matrice, au sens propre comme au sens figuré, le ventre et l’atelier. Le mystère de la pro-création. La communion de deux mondes, celui de l’être et celui du paraître. Ce qui semble ici les lier ? Son besoin insatiable de sources d’inspiration. Sa peur du vieillissement comme de la maternité. Jamais ces deux-là ne coucheront ensemble. En décidant de la peindre, Lucian Freud lui a rendu un superbe hommage. En décidant de faire ce film, Kate Moss lui paie de retour. « Nous sommes restés très proches, jusqu’à sa mort, en 2011, dira-t-elle. C’est la rencontre d’une vie. Et je chéris ces neuf mois qui pour moi ont été si personnels. Alors même que les séances de pose étaient longues. Que j’étais parfois épuisée. Et que les paparazzis étaient postés en meute devant la porte de son atelier. »

Il y aurait évidemment beaucoup à redire. Sur le glamour trop présent. Sur le manque de profondeur. Sur l’appropriation et sur l’autocélébration. Mais l’on se laisse prendre et porter par un récit dont les angles morts sont compensés heureusement par l’image superbe, une bande-son impeccable et le jeu subtil du grand comédien de théâtre Derek Jacobi. Kate Moss est incarnée par Ellie Bamber, plus lisse, mais le choix n’en est pas moins judicieux. Le film est écrit et réalisé par James Lucas, Oscar du meilleur court-métrage en 2014 pour The Phone Call. Quant au tableau, une huile sur toile de grande dimension, il a été mis en vente chez Christie’s en février 2005 et acquis par un acheteur anonyme pour 4 millions d’euros. Il trône désormais dans une collection privée. L’égérie de la mode est devenue égérie de l’art contemporain.

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