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Kaïla et Sabrina Boivin mènent une petite révolution dans l’industrie laitière

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Kaïla et Sabrina Boivin sont mères de poupons. À seulement 27 ans, elles ont quand même décidé d’acquérir la ferme familiale et de la moderniser pour plusieurs millions de dollars. Les cousines n’ont pas froid aux yeux et rêvent d’accroître l’entreprise laitière de Coaticook, léguée de main en main depuis six générations.

Le duo souhaite doter la ferme Juar d’un complexe laitier plus vaste qui lui permettra d’acquérir encore plus de vaches que les 155 en lactation qu’elle possède déjà. Si l’entreprise touche le financement souhaité, la construction de l’étable devrait démarrer cet été, au coût de 7 M$.

Une grange portant le logo de la ferme Juar.

La ferme Juar existe depuis 1885.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine

« C’est big, ce n’est pas rien », admet Sabrina. Après, on sera plus serré. On s’est demandé si on le faisait maintenant, mais les coûts de construction ne font qu’augmenter.

Sa partenaire et elle tiennent mordicus à ce nouveau bâtiment. Le duo prépare une petite révolution pour mieux prendre soin des animaux. Dans le complexe, les vaches ne seront plus entravées dans leur logette, mais pourront circuler librement entre un espace dédié au repos muni de matelas et d’un endroit pour se nourrir. Elles auront également le choix de se rendre à la traite quand bon leur semble dans une cabane dotée de robots.

Une vache, le nez tourné vers la caméra.

Dans la future étable, les vaches ne seront plus attachées.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine

Je pense que les vaches vont être plus tranquilles, plus apaisées, souligne Kaïla. Elles vont être libres de faire les gestes qu'elles veulent au lieu d’être attachées à longueur de journée. Il faut aller vers là pour les animaux.

Plus pratique

Les deux entrepreneures vont aussi y trouver leur compte, puisque les vaches seront toutes regroupées au même endroit, au lieu d’être séparées dans deux bâtiments situés à deux minutes de voiture de distance. Les entrepreneures n’auront plus besoin de déplacer les lourds bovins, un défi physique pour deux femmes, concède Kaïla.

Un terrain vacant.

Les Boivin désirent aménager un nouveau complexe laitier sur ce terrain.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine

Comme on n'aura plus à déplacer les animaux en licou, il y a moins de chances que ça soit la vache qui nous manipule au lieu que ça soit nous, lance-t-elle en riant.

On va travailler à notre façon, pas à la manière de nos pères , indique Sabrina. La ferme Juar existe depuis 1885, mais c’est le grand-père des cousines, Armand Boivin, qui a implanté une ferme laitière sur les terres, des années plus tard. Le nom Juar vient d’ailleurs de la contraction de son prénom et de celui de sa conjointe, Julienne.

Son fils, Serge Boivin, a ensuite fait fleurir le troupeau. Sabrina, sa fille, reprend maintenant le flambeau. Elle a toutefois hésité à le faire.

J’ai grandi sur la ferme. Je voulais vraiment aller voir ailleurs, voir si c'était vraiment ça que je voulais. J'ai un peu travaillé en restauration, j'ai fait un cours en arts visuels parce que j'aime aussi dessiner. J'ai exploré, puis je suis revenue par la suite, explique Sabrina.

Je pense que la campagne et ce contact avec les vaches me manquaient. C’est une grosse bête un peu naïve, un peu nounoune, que j'aime profondément, ajoute-t-elle en riant.

Des vaches dans une étable.

La ferme Juar compte actuellement 155 vaches en lactation.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine

Pour sa part, Kaïla se voyait déjà designer d’intérieur, jusqu’à ce que son oncle l’approche et lui propose le projet de transfert. C’est là que j'ai décidé d'aller faire un diplôme d’études professionnelles, puis ça a été un coup de cœur absolu pour la production animale. Je commençais à mieux comprendre ce qu’est la ferme, comment ça fonctionne. C’était le jour et la nuit : à ce moment-là, j’ai su que c’était exactement ce que je voulais.

Mamans et productrices

Pas question toutefois de mettre leur projet de famille de côté. Sabrina a donné la vie il y a à peine six semaines et Kaïla, il y a trois mois. Disons que leur congé de maternité n’a rien d’un congé, expliquent-elles, leur bébé dans les bras.

Elles ont formé un nouvel employé et visité les installations de plus d’une trentaine de fermes au Québec et en Ontario afin de déterminer la configuration de la nouvelle étable.

Ça reste un petit défi, note Sabrina. Tu ne le sais pas tant que tu ne le vis pas. J’ai toujours la tête à penser à l’entreprise, je dois aller travailler s’il le faut.

Sabrina et Kaïla Boivin sont assises sur un divan et discutent, leur bébé dans les bras.

Sabrina et Kaïla Boivin sont cousines.

Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine

Tout le congé parental, c’est ma conjointe qui va le prendre, comme ça je vais pouvoir retourner à la ferme un peu plus tôt, poursuit-elle. L’allaitement, je savais que ça allait être très court. Il va falloir que j’habitue mon bébé vite au biberon.

Ce sont de petits sacrifices comme ça qu'il faut prendre, mais pour le bien.

En 2021, 30,4 % des exploitations agricoles étaient dirigées par des femmes, selon Statistiques Canada. Plusieurs barrières, comme la maternité, empêchent les femmes d’opter pour cette carrière. Mais Sabrina a l’impression que le vent tourne.

Je pense que c’est vraiment rendu un domaine accessible aux femmes. Ce chiffre va augmenter dans les prochaines années, je ne suis pas inquiète. Même dans nos cours à l’école, c’était une majorité de femmes.

Sabrina et Kaïla modernisent leur ferme dans l’espoir de la léguer à leur tour plus tard, à une septième génération cette fois.

Je me vois déjà grand-mère, regarder mes enfants, mes petits-enfants se promener sur la ferme. Je trouve ça beau, confie Kaïla.

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