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La lumière se rallume, les bandeaux sont retirés, mais les émotions persistent. Deux semaines après les dernières représentations de la pièce Ka Uinaksheshet – Les enfants sales, le dramaturge Simon Riverin dresse un bilan positif de sa première création théâtrale. Elle a su toucher le public, tout en ravivant une histoire douloureuse pour les interprètes autochtones.
Mon objectif, c’était d’essayer de la vivre personnellement, explique celui qui a porté, et même joué, dans la pièce Ka Uinaksheshet – Les enfants sales. Celle-ci a été présentée au Théâtre Denise-Pelletier à Montréal du 24 septembre au 10 octobre dernier.
On a réussi à faire complet presque tous les soirs, donc je pense qu'on peut déclarer un succès, se félicite-t-il.
Une expérience immersive
À travers les textes de Pierre Berlioux, Julien-Claude Charlebois et Simon Riverin, la pièce plonge le public dans une classe de pensionnat pour Autochtones. Les acteurs qui jouent des religieux et des camarades de classe circulent dans la salle, donnant vie à des dialogues, à de la musique et à des bruits pour immerger les spectateurs dans une dure réalité.
Pour éliminer la distance entre l'œuvre et le public, le dramaturge invitait les spectateurs à se bander les yeux et à se laisser guider par les sons et les voix, comme s'ils étaient physiquement impliqués mais incapables de changer quoi que ce soit, dit-il en entrevue avec Espaces autochtones.
Cette expérience sensorielle avait pour but de mettre les spectateurs en position de vulnérabilité, explique Simon Riverin. Les gens nous disaient comment ça leur rentrait dedans de façon positive, que ça les aidait à mieux nous comprendre.

La pièce Ka Uinaksheshet – Les enfants sales a été présentée au Théâtre Denise-Pelletier, à Montréal
Photo : Marlène Gélineau Payette
La réaction était très positive. Les gens ont beaucoup aimé, poursuit-il, appréciant les discussions à la fin de chaque représentation.
Si la pièce semble avoir atteint son objectif auprès du public, elle n’a toutefois pas été sans difficulté pour les interprètes autochtones – incarner cette histoire demeure une épreuve chargée d'émotion.
C'est comme se tourner le couteau dans la plaie, c’est un peu dur de jouer, confie-t-il.
Même pour notre collègue québécois qui joue le frère, la journée où il y avait beaucoup d'Autochtones dans la salle, il n'a pas aimé son expérience, parce qu'il dit beaucoup de choses racistes, ajoute Simon Riverin.
Si la pièce s'adresse principalement à un public allochtone, son objectif dépasse la transmission de connaissances. Simon Riverin souhaite aussi contribuer à améliorer les relations entre les peuples autochtones et les allochtones. Je n'ai pas voulu créer le spectacle pour nous, c'est plus pour les allochtones. Je veux qu'il y ait un changement dans les relations entre allochtones et Autochtones, un changement positif, dit-il.
Une pièce née d’un bel accident
C’est d'abord par la conception du son que Simon est entré dans la scène théâtrale. Concepteur sonore et musicien, il intègre un programme à l’École nationale de théâtre du Canada. Il se lance alors dans la création d’une pièce de théâtre, convaincu qu’il doit en présenter une pour clôturer son parcours académique.
Il crée la pièce Ka Uinaksheshet – Les enfants sales, où son expertise est mise en œuvre et dans laquelle le son devient le principal vecteur de l'histoire.
Fait cocasse, cette pièce est née d'un malentendu : Je n'avais pas besoin de faire un spectacle à la fin de l'année. C’est pour ça, je dis que c'est un bel accident .

La pièce Ka Uinaksheshet – Les enfants sales plonge les spectateurs dans une salle d'un pensionnat autochtone.
Photo : Marlène Gélineau Payette
À la rencontre de nouveaux publics
Après la métropole, Simon Riverin souhaite présenter la pièce ailleurs au Québec, plus principalement dans les villes à proximité de communautés autochtones, là où il observe des relations plus difficiles. Dans le public à Montréal, c'était déjà des gens alliés à la cause des Premières Nations. J'ai senti qu’ils comprenaient davantage notre histoire parce qu'elle est peu racontée, exprime-t-il.
Il désire également traduire la pièce en anglais et en espagnol pour rejoindre un public plus large et permettre à cette histoire d'être entendue dans d’autres pays. En la traduisant en espagnol, j’aimerais pouvoir aller à la rencontre des autres peuples autochtones, ajoute-t-il.
Pour l'instant, aucune tournée n’est confirmée, mais Simon souhaite que cette œuvre puisse continuer à circuler et à susciter des conversations.


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