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Le tribunal a condamné récemment le comptable d'une entreprise Sayabec et une employée de confiance d'une petite épicerie de Rivière-au-Renard qui ont chacun fraudé leur employeur pour plusieurs milliers de dollars.
Dans le fond, on n’y croyait pas trop , raconte Francis D’Amours, propriétaire d’Automation d’Amour de Sayabec. Et pourtant. Les vérifications ont permis de constater que leur comptable, Christian Viens, leur avait volé 70 000 $.
Un choc difficile à encaisser. L’homme était un employé de confiance, en poste depuis plusieurs années. C’est un peu la panique. Un comptable, on en a seulement un. En le remerciant du jour au lendemain, il faut trouver une nouvelle personne. Le lundi matin, les opérations continuent , explique le chef d’entreprise.

Une vingtaine de personnes travaillent pour Automation D'Amours de Sayabec.
Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes
En décembre dernier, un juge a forcé le fraudeur à rembourser. Christian Viens doit maintenant purger une peine de deux ans moins un jour dans la collectivité.
La gérante de l'épicerie
À l’autre bout de la péninsule, Mathieu Aspirault, gestionnaire de l’épicerie Alban Aspirault de Rivière-au-Renard, pousse un soupir de soulagement. Une longue saga vient de se terminer.

L'épicerie estime avoir perdu 200 000 $.
Photo : Gracieuseté : Marché Alban Aspirault
Cette semaine, Diane Chrétien, gérante de l’épicerie pendant 10 ans, a été condamnée à 20 mois de prison et au remboursement d’une partie des 200 000 $ volés à l’entreprise.
Mathieu Aspirault raconte que c’est le comptable de l'épicerie qui a sonné l’alarme devant des variations importantes dans les montants qu'aurait dû contenir la petite caisse.
Selon le responsable de l’épicerie, il a fallu beaucoup de temps et d’énergie aux deux personnes qui ont réussi à documenter la fraude. Quand elles ont trouvé le modus operandi, par la suite, elles ont dû sortir toutes les années pendant lesquelles Mme Chrétien travaillait pour nous.
Ils ont entre autres découvert que Mme Chrétien prenait dans la caisse enregistreuse des montants d’argent qui correspondaient à des achats qui étaient seulement notifiés sur le terminal bancaire lorsque les clients ne réclamaient pas la facture. C’était le cas notamment de cartouches de cigarettes qui peuvent valoir facilement 120 $, 140 $.
Perdre 200 000 $ reste majeur pour une petite épicerie comme celle de Rivière-au-Renard.
Si une épicerie ferme, ça peut fermer le village assez vite par la suite.
Même si Mathieu Aspirault avoue que psychologiquement la démarche judiciaire peut s’avérer difficile, il se dit heureux du dénouement.
Pour nous, dit-il, c’était important d’avoir une justice là-dedans., de montrer l’exemple à d’autres personnes. J’espère que ça peut servir à d’autres PME québécoises. Même si on est une petite entreprise, on peut se faire écouter par la cour.

Mathieu Aspirault se dit content de la démarche devant le tribunal et encourage les petites entreprises victimes de fraude à faire de même.
Photo : Gracieuseté : Épicerie Alban Aspirault
À Sayabec, Francis D’Amour n’en pense pas moins. Parfois les entrepreneurs peuvent se dire : on va balayer ça sous le tapis puis on va passer à autre chose là. Mais je pense que c’est important de ne pas faire ça puis de dénoncer. Dans notre cas, la justice nous a donné raison (…) on va empêcher cette personne-là de recommencer ailleurs.
Fraudes fréquentes
Selon le cabinet de services professionnels MNP, une PME sur trois au Québec sera victime de fraude au cours de son existence.
Le directeur principal en juricomptabilité à MNP, Simon Gaudreau, observe que souvent les entreprises ne sont pas conscientes des risques de fraude.
Simon Gaudreau recommande aux entrepreneurs de rester vigilants.Ce n’est pas parce que tout va bien que les risques ne sont pas là. L’environnement change. On a eu la pandémie, on est devant une certaine crise économique, explique M. Gaudreau.
Les fraudes, selon lui, sont de plus en plus accessibles parce que la dissimulation est facilitée par les moyens technologiques.

Selon l'expert Simon Gaudreau, une PME sur trois sera victime de fraude au cours de son existence. (Photo d'archives)
Photo : Jumpstory
Néanmoins, selon l’expert, la majorité des fraudes viennent de l’intérieur de l’entreprise. Plus quelqu’un est longtemps en poste, dit-il, plus la personne se sent confiante face à la faute. La vigilance s’émousse et le risque de fraude est alors sous-estimé.
Simon Gaudreau indique que cela peut prendre de 18 à 24 mois avant qu’une fraude soit détectée.
Le Centre antifraude du Canada rapporte que de janvier à septembre 2025, les fraudes toutes catégories représentaient des pertes de 544 M$.
Avec les informations de Jean-François Deschênes.


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