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C’est avec un concert discret, donné vendredi soir à la salle Bourgie, que Jonathan Cohen a fait sa dernière apparition en tant que directeur musical des Violons du Roy. La soirée a été à plusieurs égards à l’image du mandat du chef.
Il n’y avait pas que Jonathan Cohen qui tirait sa révérence ce même soir. Le directeur artistique de la salle Bourgie, Olivier Godin, soulignait également, avant le concert, la contribution exceptionnelle de Laurent Patenaude à titre de directeur artistique des Violons du Roy. M. Patenaude prendra à la fin du mois la direction générale de l’Opéra de Québec. Désormais pleinement à la barre des Violons du Roy, Bernard Labadie aura fort à faire.
Puisque nous allons évoquer divers points qui ont été, vendredi, à l’image du mandat de Jonathan Cohen aux Violons, commençons par un « signe extérieur » : le fait que ce moment particulier n’a même pas rempli la salle Bourgie, pleine à peu près aux deux tiers ou aux trois quarts de sa capacité. Ce fut l’un des problèmes de Jonathan Cohen lors de son mandat ici : ce musicien n’a pas réussi à créer un lien avec le public québécois.
Cet état de fait a accompagné en parallèle le maintien, voire l’amélioration, du niveau tout à fait exceptionnel de l’ensemble. C’est donc cela, le plus curieux : plus c’est bon, moins les gens y vont ! Ce hiatus entre la qualité musicale de haut vol et l’intérêt mitigé suscité a été attesté vendredi dès la première œuvre au programme : l’Ouverture-Suite Burlesque de Quixotte de Telemann. Tout y était juste : l’élan, le jeu d’ensemble, la pâte sonore. À cela s’ajoutaient l’humour de cette œuvre, notamment dans « L’âne de Sancho », et la virtuosité dans « Sancho berné ». Il faut donc reconnaître à Jonathan Cohen le mérite d’avoir fait prospérer le joyau sonore.
Au-delà du baroque
Autre point notable : l’ouverture des perspectives esthétiques. Elle avait été amorcée sous le premier mandat de Bernard Labadie, qui avait confié à Jean-Marie Zeitouni le soin d’amener les Violons du Roy dans des répertoires plus modernes. Vendredi soir, le choix de l’ouverture de Telemann n’était pas innocent. Il « dialoguait » avec le début de la seconde partie, la Chamber Music III du Finlandais Aulis Sallinen, sous-titrée « The Nocturnal Dances of Don Juanquixote » et composée au milieu des années 1980. Jonathan Cohen et Les Violons du Roy ont accompagné avec une grande complicité le violoncelliste Johannes Moser, qui se jouait des rythmes de tango ou de fox-trot avec délice.
Nous avons grand plaisir à revoir ici ce grand soliste, qui nous avait donné un inoubliable Concerto de Dvořák en 2012 à Lanaudière. Il est toujours aussi libre et spirituel, et nous croyons avoir reconnu des échos de la sonate Arpeggione de Schubert dans sa cadence du 2e mouvement du Concerto pour violoncelle Wq. 172 de Carl Philipp Emanuel Bach. Le choix de ce concerto est lui aussi remarquable, car il vaut largement les concertos de Haydn, que l’on entend bien plus souvent. Un petit accroc au 1er mouvement n’a gâché en rien l’immense plaisir que Moser a dispensé à la fois dans les traits d’esprit du finale et dans le chant très large du sublime Largo mesto (2e mouvement).
C’est avec une transcription orchestrale du Quatuor op. 95 de Beethoven que Jonathan Cohen a donc quitté Les Violons du Roy. Plusieurs symboles. Le sous-titre, Serioso, témoigne du sérieux du travail fourni et du legs sur lequel tous peuvent bâtir la suite. À nouveau, comme dans Telemann, nous avons bénéficié d’une signature sonore dans un grand moment de cohésion orchestrale et musicale. On en isolera un mouvement, le 2e, Allegretto ma non troppo, où la texture, la dynamique de la moindre attaque, faisait l’objet d’un travail d’orfèvre.
Merci, donc, pour tout cela, Jonathan Cohen.


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