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Joie, fierté et espoir brisés : la famille de Meriem Boundaoui prend la parole

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« On a brisé une trajectoire pleine de lumière. »

C’est ainsi que Safia Boundaoui a résumé la mort de sa sœur Meriem, tuée d’une balle dans la tête en février 2021. Cette balle, c’est Salim Touaibi qui l’a tirée. L’homme de 29 ans a été reconnu coupable de meurtre au premier degré la semaine dernière au palais de justice de Montréal.

On ne lui a pas seulement enlevé la vie. On lui a enlevé tout ce qu’elle voulait être, a dit Mme Boundaoui, dans une lettre qu’elle a lue en salle d’audience devant le juge Yvan Poulin jeudi matin.

Même si Salim Touaibi a été automatiquement condamné à une peine de prison à vie lorsqu’il a été reconnu coupable de meurtre prémédité, le juge Poulin a tout de même offert une tribune aux membres de la famille pour s’exprimer lors des audiences pour la détermination de la peine.

C’est que, en plus du meurtre prémédité, Salim Touaibi a également été déclaré coupable de quatre chefs de tentative de meurtre. Le juge doit donc imposer une peine supplémentaire, et entendait jeudi les arguments de la poursuite et de la défense.

Deux femmes marchent dans les corridors du palais de justice.

La famille de Meriem Boundaoui, dont sa sœur Safia, au palais de justice.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Aujourd’hui, moi et ma famille, nous vous confions sa mémoire. Faites en sorte que la justice soit à la hauteur de sa vie, a dit Safia Boundaoui, la gorge nouée par l’émotion, au juge Poulin.

Je me rappelle le premier jour où elle est arrivée à Montréal. Elle m’a appelée et elle m’a dit : "Ma sœur, tu sais, je suis au paradis".

La poursuite demande au juge Poulin d’imposer à Salim Touaibi une peine supplémentaire d’emprisonnement à perpétuité.

Il n’avait aucune raison de s’en mêler

La mort de Meriem Boundaoui peut être résumée en quelques mots : au mauvais endroit, au mauvais moment.

La jeune femme de 15 ans était dans la voiture de son petit ami quand Salim Touaibi a ouvert le feu, le soir du 7 février 2021. Elle n’était pas sa cible, mais elle a été sa seule victime.

En rendant son verdict la semaine dernière, le jury a conclu que Touaibi avait l’intention de commettre un meurtre ce soir-là. Selon le récit de la poursuite, il s’est rendu dans un stationnement au coin des rues Jean-Talon et Valdombre pour régler le cas des frères Rekik, une famille rivale des Bensalem, des proches de Touaibi.

L’origine de la querelle entre les deux familles, chacune possédant un commerce sur la rue Jean-Talon : des places de stationnement.

Une femme est consolée par des proches.

La famille de Meriem Boundaoui était venue se recueillir sur les lieux du drame, en février 2021.

Photo : Radio-Canada / Pascal Robidas

L’affrontement est allé d’escalade en escalade, de bousculade en violent passage à tabac, jusqu’au soir où Meriem Boundaoui a été tuée d’une balle à la tête, victime collatérale d’un conflit qui ne la concernait pas. Salim Touabi lui-même n’avait aucune raison de s’en mêler, a dit jeudi le procureur de la Couronne, Me Simon Lapierre.

Rappelons qu’Aymane Bouadi, qui était passager de la voiture de Salim Touaibi ce soir-là, a quant à lui été acquitté sur toute la ligne.

Impardonnable

À la fin de l'audience jeudi, Salim Touaibi a voulu s'adresser à la famille de Meriem Boundaoui. Je m'excuse encore, a-t-il dit, à tous ceux qui ont été touchés de près ou de loin dans cette affaire, particulièrement à la famille de la pauvre victime.

Je demande le pardon, même si je sais que c'est un pardon impardonnable.

Je le réitère et je le soutiens encore aujourd'hui : je n'ai jamais voulu faire du mal cette journée-là, a-t-il ajouté, debout dans le box des accusés.

Lors du procès, Touaibi n'a jamais nié être le tireur. Il a toutefois soutenu qu'il n'avait jamais eu l'intention de tuer qui que ce soit, et qu'il avait fait feu vers la voiture parce qu'il craignait pour sa vie. Son avocat plaidait l'homicide involontaire. Le jury n'a pas cru cette version des faits.

On ne sait pas à ce jour si le verdict sera porté en appel.

Profil glauque

Dans sa plaidoirie, le procureur de la Couronne a dressé un profil glauque du délinquant. Me Simon Lapierre a entre autres rappelé les antécédents de Touaibi en matière d’armes à feu.

Le délinquant a été arrêté 16 mois après le meurtre, et il avait en sa possession une nouvelle arme à feu. Ça en dit long sur la possibilité d’une récidive, et d’une réhabilitation, a lancé le procureur.

La responsabilité de Salim Touaibi est totale. Il a agi avec une grande insouciance pour la vie des gens et la sécurité du public.

Selon Me Lapierre, Touaibi a agi par vengeance. La fusillade est une réaction grossièrement disproportionnée au conflit entre les familles Rekik et Bensalem. Il n'existe, selon lui, aucun facteur atténuant qui puisse jouer en la faveur du tireur.

L’avocat de Salim Touaibi, Me Marc Labelle, a demandé pour sa part une peine d'entre 12 et 14 ans supplémentaires pour les chefs de tentative de meurtre.

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