«Comme un ouragan», chantait naguère Stéphanie de Monaco. Aurélia Lüscher est renversante, mélancolique à la folie, maîtresse de ses sortilèges, océanique à sa façon gamine. Aux Scènes du Grütli à Genève, à l’affiche de la Bâtie-Festival de Genève jusqu’à dimanche, la jeune comédienne genevoise converse avec sa grand-mère paternelle défunte. Mais oui, vous avez bien lu. Une ligne directe avec l’au-delà, non sans fritures. C’est ce qui s’appelle tenter le diable en bricoleuse de farces et attrapes. Au Grand Passage, sa nouvelle création, après Les Corps incorruptibles ici même l’été passé, enfreint la loi des genres, avec une verve potache émaillée d’une sensibilité extrême.
Mais qu’est-ce qu’Au Grand Passage? Pas exactement ce qu’on imaginait. On s’attendait au portrait sensible de la grand-mère d’Aurélia Lüscher, celle d’une femme qui aimait la cuisine, les chats, les beaux meubles, les histoires des familles royales. Juliette Lüscher Delacrétaz était une personnalité raffinée et discrète à la fois, vendeuse au Grand Passage, ce magasin qui était une institution au centre-ville à Genève. On pressentait un hommage perturbant et humoristiquement glaçant, à l’image de Les Corps incorruptibles où, à l’intention de sa mère, la comédienne Nadia Skrobeck, elle envisageait les destins de nos macchabées, de l’humusation à l’embaumement à la mode de Vladimir Ilitch Lénine.


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