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Dans un nouvel épisode de «La France de Fourquet» sur Le Figaro TV, le sondeur revient sur l’installation d’un Master Poulet au cœur du «front de gentrification» à Saint-Ouen. Les fast-foods spécialisés dans le poulet deviennent un véritable phénomène de société, profitant d’une perte nette de pouvoir d’achat, d’une explosion générale de la consommation de volaille mais aussi d’une bataille électorale entre le PS et LFI.
Avant même qu’il ne devienne un sujet de passe d’armes politique, le succès de Master Poulet - et en réalité, de toutes les enseignes de fast-foods faisant de la volaille leur fonds de commerce - est indissociable de la perte de pouvoir d’achat des Français, fait remarquer le directeur du pôle Opinion de l’Ifop. Pour Le Figaro TV, Jérôme Fourquet exhume des données sans appel : six Français sur dix considèrent que leur pouvoir d’achat a diminué sur l’année courante, un chiffre qui monte à sept sur dix chez les employés et les ouvriers. Conséquence directe : 81% de ces Français qui ont ressenti cette perte nette de pouvoir d’achat disent renoncer fréquemment à des loisirs ou à des moments de plaisir en famille, parmi lesquels l’incontournable «sortie au restaurant». Les enseignes de restauration ne s’y trompent pas et multiplient les formules à prix cassés, jugées par tous les segments de population (jeunes et retraités, catégories modestes et populations aisées) comme étant une «bonne chose car cela permet au plus grand nombre de s’offrir un restaurant de temps en temps», bien davantage que comme une «mauvaise chose car cela rogne sur la qualité des plats».
Le poulet, nouvelle viande préférée des Français ?
Que ce soit par contrainte économique - la volaille est l’animal bon marché par excellence - ou par changement d’habitudes alimentaires, le poulet et la dinde supplantent désormais toutes les autres viandes. Alors que chaque Français ne consommait que 12,1 kg de poulet chaque année en 2003, ce chiffre a plus que doublé pour atteindre aujourd’hui 25,6 kg/an/habitant. En y ajoutant la dinde, la «volaille» est désormais plus consommée que le bœuf - qui a perdu un quart de ventes en 20 ans - et a même dépassé le porc depuis l’an dernier (31,7 kg/an/hab. contre 31,5 kg/an/hab. en 2025). Est-ce pour répondre à cette demande que les enseignes de fast-food spécialisées dans le poulet poussent comme des champignons ces dernières années - la première d’entre elles étant KFC, dès 1991 - ou est-ce la démultiplication de l’offre bon marché qui offre aux catégories modestes la possibilité de se restaurer «hors domicile» ? L’œuf ou la poule...
En Seine-Saint-Denis, Saint-Ouen est l’une des rares villes à avoir résisté à la vague rouge aux dernières européennes et où le PS a réalisé des scores équivalents à ceux de LFI.
Jérôme Fourquet dans «La France de Fourquet» (Le Figaro TV)Avec 36 restaurants dans l’Hexagone, principalement dans les grandes métropoles (Paris, Marseille, Lyon et Lille), Master Poulet étend surtout sa zone d’influence en Île-de-France en «visant des populations jeunes et modestes», observe l’auteur de L’Archipel français (éd. du Seuil). La polémique est donc partie de Saint-Ouen où l’enseigne s’est installée «en plein cœur du front de gentrification : à deux pas de la mairie, du conseil régional d’Île-de-France ou encore d’un restaurant ouvert par Thierry Marx, Le Bouillon du Coq», dans une aire urbaine où le prix du mètre carré excède les 6500 euros. «Peut-être que Karim Bouamrane, le maire de Saint-Ouen, a considéré que l’emplacement à cet endroit précis faisait un peu tache», suggère le politologue.
Karim Bouamrane et Bally Bagayoko, bras de fer électoral qui promet d’autres batailles à gauche ?
La géographie électorale est têtue. Aux portes de Saint-Ouen, à Saint-Denis, Bally Bagayoko «a donc décidé d’entrer dans la danse et d’entamer le bras de fer avec son voisin, Karim Bouamrane», rappelle Jérôme Fourquet. Par-delà de la polémique sur les réseaux sociaux, «se pose plus largement la question de la bataille électorale pour le contrôle des quartiers populaires, notamment en Seine-Saint-Denis». À la lumière des scores réalisés dans ce département par La France insoumise et le Parti socialiste aux européennes de 2024, le politologue pointe l’écart béant entre les deux listes dans la plupart des communes «du nord du 93». À Saint-Denis, à La Courneuve, à Bobigny, il y avait parfois 30 à plus de 40 points d’écart, à la faveur de LFI. Les communes limitrophes de Paris - à l’image de Saint-Ouen - font, elles, office de «zone tampon» puisque les listes conduites par Manon Aubry et Raphaël Glucksmann y ont réalisé des scores peu ou prou équivalents. «Il y a évidemment des arrière-pensées dans toutes les sous-familles de la gauche en vue de 2027, où la capacité à capter l’électorat jeune et populaire sera un enjeu décisif de cette bataille à gauche», insiste Jérôme Fourquet.
Dans une émission précédente consacrée à la stratégie politique de Jean-Luc Mélenchon, le sondeur rappelait que l’abstention dans les grandes villes de Seine-Saint-Denis oscillait souvent entre 35% et 40% du corps électoral.


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