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”Je ne me souviens pas avoir vu de séquence de grèves et de manifestations aussi longue”

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Battre le pavé. Crier sa colère. Ce mardi, les rues de Bruxelles sont une nouvelle fois parées de rouge, de vert et de bleu. Entre 40 000 et 70 000 manifestants défilent dans la capitale pour protester contre la politique socio-économique du gouvernement De Wever. Au cœur des revendications : la réforme des pensions. Le texte doit être examiné ce mercredi au parlement. Le timing était donc tout trouvé.

Dans les rangs des manifestants, l'inflexibilité apparente du gouvernement fédéral ne laisse pas indifférent. Derrière les grandes figures syndicales, la base se dit déterminée à maintenir la pression. "Mon voisin s'est fait avoir avec sa pension, maintenant il se sent concerné. Tant que tu es dans le confort, tu ne bouges pas", lâche un manifestant. Occuper la rue reste le meilleur moyen, d'après eux, de se faire entendre, et de prendre le dessus dans le bras de fer qui se joue entre syndicats et politiques depuis un an et demi.

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"Nous sommes encore forts"

Aux abords de la gare du Nord, à Bruxelles, le cortège ne s'est pas encore élancé mais Fabian se tient prêt. Vêtu d'une veste rouge floquée et drapeau à la main, ce Liégeois bientôt retraité continue de manifester pour les générations futures, dit-il. "Si on est là c'est parce qu'on a l'espoir d'obtenir des choses, ou du moins de limiter la casse. Nous sommes ici pour défendre des conquis sociaux qui visiblement ne sont pas des acquis", explique ce travailleur du secteur public. "Ils ne nous écoutent même pas, c'est pour cela qu'il faut continuer à se mobiliser."

Fabian, manifestant à Bruxelles le 12 mai 2026Fabian, manifestant à Bruxelles le 12 mai 2026 ©Louis Dominé

Chapeau vert sur la tête, Souad est, elle aussi, décidée à se faire entendre. "Si nous ne faisons rien, il est certain que rien ne bougera.", lance-t-elle. Accompagnée de sa collègue Nancy, cette aide familiale lance un cri du cœur. "On est encore forts et on va continuer à le rester, car nous voulons vivre dignement".

Dans le cortège, de nombreux secteurs se côtoient. Transport, enseignement, commerce, industrie, non marchand… "Je suis née en 1964, jamais je n'aurais imaginé que notre société devienne comme cela", s'indigne Patricia, pharmacienne en province de Liège. "Les rapports de force deviennent la norme. Celui qui est le plus fort tente d'écraser les autres, c'est ce que fait le gouvernement. Manifester permet de montrer que nous sommes capables de nous réunir et que nous avons du poids."

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Moindre mobilisation

Malgré la détermination des manifestants rencontrés ce mardi, l'action nationale a rassemblé moins de monde que ce ne fut le cas par le passé. Lors de la précédente manifestation de ce type, le 12 mars dernier, entre 80 000 et 100 000 personnes avaient fait le déplacement.

"Cela ne veut pas dire que la mobilisation est un échec, souligne Jean Faniel, directeur du centre de recherche et d'information socio-politique (Crisp). Ces derniers mois, nous avons été habitués à des mobilisations de très grande ampleur. Ce mouvement est d'une longueur exceptionnelle. Je ne me souviens pas avoir vu dans l'histoire récente de séquence de grèves et de manifestations aussi longue".

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Pourtant le bras de fer entre syndicat et gouvernement semble toujours serré, et le rejet de la proposition formulée par le "groupe des dix" ce lundi ne devrait rien arranger. Pour rappel, patron et syndicats s'étaient mis d'accord sur une alternative au plafonnement de l'index, finalement balayée par l'exécutif. Trop coûteuse, selon les calculs du Bureau du plan.

"Nous pouvons nous demander quelle sera la réaction des syndicats, dans les jours et les semaines qui viennent. Vont-ils dresser un constat d'échec et laisser le mouvement s'essouffler, ou au contraire durcir les actions en rue, estimant que c'est la seule manière d'être entendu face à l'absence de concertation ?", s'interroge Jean Faniel.

"De même, la réaction du monde patronal pourrait aussi avoir un impact, et faire pression sur l'exécutif". Reste également la question du pouvoir politique. L'aile plus à gauche du gouvernement fédéral pourrait-elle finir par céder à la pression de la rue ? "Manifestement ce n'est pas le choix qui a été fait. Dernièrement, Frank Vandenbroucke (Vooruit, NdlR), tenait des propos relativement durs à l'égard des mutualités. Toutefois, des changements peuvent survenir, influencés notamment par le contexte global". Pour cet expert, il n'est pas impossible que nous soyons face à un moment charnière dans le conflit entre syndicats et gouvernements. "Il faudra se demander dans quelques mois si cette fin avril, début mai, n'a pas été un tournant".

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