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«Je n’étais pas au courant de ce qui allait se produire» : Raphaël Arnault sort du silence près de deux mois après la mort de Quentin Deranque

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Après près de deux mois de silence, le député insoumis Raphaël Arnault reprend la parole, alors que l’enquête sur la mort de Quentin Deranque vise plusieurs de ses proches. Il a également fait son retour à l’Assemblée nationale.

Près de deux mois après la mort de Quentin Deranque, militant identitaire mortellement agressé le 12 février dernier par des militants antifascistes, en marge d’une conférence de Rima Hassan à Sciences Po Lyon, Raphaël Arnault a choisi de sortir de près de deux mois de silence. Le député LFI du Vaucluse et fondateur du mouvement antifasciste La Jeune Garde a accordé ce mercredi matin à Blast sa première longue interview depuis le drame, dans un entretien présenté par le média comme un moment de «retour dans l’arène politique et médiatique». Le même jour, il a été aperçu dans les couloirs de l’Assemblée nationale, où il signait donc son retour pour la première fois depuis le drame.

Le choix du cadre de l’interview n’est pas neutre. Blast, média «indépendant» revendiquant une ligne éditoriale tournée vers « l’investigation», «les luttes sociales», «l’égalité des genres» et «l’antiracisme», souligne lui-même qu’il donne rarement la parole à des responsables politiques. C’est pourtant dans ce format favorable que l’élu insoumis a décidé de livrer sa version, alors que son silence depuis la mi-février était devenu un sujet politique en soi.

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«Je n’étais pas présent, évidemment, sur les lieux»

Car depuis la mort de Quentin Deranque, l’affaire a largement dépassé le seul terrain judiciaire. Plusieurs proches de Raphaël Arnault ont été mis en cause dans l’enquête ouverte pour homicide volontaire, dont un collaborateur parlementaire poursuivi pour complicité par instigation. De quoi placer durablement le député au centre de la tempête, bien au-delà de ses brèves publications sur les réseaux sociaux. Dès le début de l’entretien, Raphaël Arnault tente de justifier cette longue absence médiatique par la nécessité de reprendre son activité d’élu. «Le fait qu’aujourd’hui je décide de prendre la parole, c’est très simple, c’est pour une raison évidente, c’est-à-dire de poursuivre mon mandat de député», avance-t-il. L’élu dit avoir reçu «énormément de messages», mais aussi des «menaces de mort», qu’il met en avant pour expliquer, au moins en partie, son retrait. Une manière, aussi, de se replacer dans la séquence comme cible d’une violence politique et médiatique qu’il estime avoir subie.

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Raphaël Arnault assure n’avoir pas totalement disparu. «Alors déjà ça n’a pas été un silence total, j’ai eu des prises de parole très brèves à travers mes réseaux sociaux», plaide-t-il, rappelant avoir évoqué «l’horreur de la mort d’un homme, d’un jeune homme». Reste que l’entretien marque bel et bien sa première prise de parole développée depuis le drame. Pour expliquer ce silence prolongé, le député invoque la crainte d’une escalade. «Je n’avais pas la sensation que de prendre la parole dans ce moment serait très opportun pour apaiser les choses», dit-il, affirmant avoir redouté «qu’il y ait une violence qui s’embrase dans le pays». Là encore, l’élu insiste longuement sur le climat de menaces et sur le risque d’embrasement, au risque de se présenter avant tout comme pris dans un engrenage qui le dépasse.

Mais le cœur de sa défense est ailleurs : Raphaël Arnault cherche surtout à renverser l’accusation politique portée contre lui depuis février. «À peine l’affaire avait éclaté, qu’on ne connaissait pas vraiment les circonstances, qu’ils reprenaient tous unanimement (...) la version donnée par des néonazis», affirme-t-il. Par cette formule, le député tente de délégitimer d’emblée le récit qui s’est imposé dans le débat public après la mort de Quentin Deranque. Il vise à la fois ses adversaires politiques, une partie des médias, et plus largement tous ceux qui ont établi un lien entre ce drame, l’antifascisme militant et son propre entourage.

Jacques-Élie Favrot n’«est pas quelqu’un qui souhaite la mort d’autres personnes»

Il insiste d’ailleurs sur le fait qu’il n’était pas sur place. «Je n’étais pas présent, évidemment, sur les lieux. Je n’étais pas au courant, évidemment, de ce qui allait se produire, de ce qui s’était produit», martèle-t-il, renvoyant à la justice le soin d’établir les responsabilités pénales. Dans le même mouvement, Raphaël Arnault prend la défense de Jacques-Élie Favrot, son collaborateur parlementaire mis en cause dans l’enquête. «Je me doute, évidemment, que ce n’est pas quelqu’un qui souhaite la mort d’autres personnes», affirme-t-il, sans s’attarder davantage sur les éléments du dossier.

L’entretien prend ensuite un tour plus politique et idéologique. L’élu dénonce «l’inversion des valeurs» et «la confusion» qu’entretient selon lui l’extrême droite, qu’il accuse d’imposer ses catégories et ses thèmes dans le débat public. «La confusion, c’est une stratégie même voulue par l’extrême droite», soutient-il. Raphaël Arnault ne se contente pas de défendre son silence ou son entourage. Il cherche aussi à replacer l’affaire dans un récit plus large, celui d’un antifascisme qu’il présente comme attaqué, caricaturé et assimilé à tort à la violence politique. Dans cette logique, il attaque frontalement le profil de Quentin Deranque, qu’il décrit comme un jeune homme qui «traînait dans les pires milieux néonazis», évoquant aussi «des propos ignobles sur Simone Veil, des propos antisémites, des propos islamophobes».

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«Ils tentent de nous criminaliser pour décrédibiliser notre parole»

Raphaël Arnault rejette en bloc l’idée selon laquelle ses prises de parole auraient pu nourrir un climat favorable à la violence politique. Interrogé sur les accusations récurrentes le visant, selon lesquelles ses propos contribueraient à légitimer les agissements de groupes d’ultra-gauche, le député les balaie d’un revers de main. «Non, non, c’est n’importe quoi», tranche-t-il, y voyant avant tout une stratégie de disqualification orchestrée, selon lui, par l’extrême droite. «À partir du moment où on défend des positions fortes contre l’extrême droite, forcément ça ne les arrange pas, ils tentent de nous criminaliser pour décrédibiliser notre parole», affirme-t-il.

Dans cette séquence, Raphaël Arnault cherche moins à répondre sur le fond des critiques qu’à les réinscrire dans un affrontement politique plus vaste. Selon lui, l’objectif poursuivi serait toujours le même : «Nous décrédibiliser, nous écarter du champ politique». Le député insoumis élargit alors le propos bien au-delà de son seul cas personnel ou de l’affaire Quentin Deranque. Il évoque pêle-mêle Rima Hassan, dont certains auraient réclamé la déchéance de nationalité, ou encore Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, pour illustrer ce qu’il présente comme une offensive plus générale contre la gauche radicale et, plus particulièrement, contre La France insoumise.

«La France insoumise (...) n’a rien à voir avec cette affaire»

L’entretien s’attarde ensuite sur un autre volet du dossier relatif à la mort de Quentin Deranque : le rôle des autorités et, plus particulièrement, celui des forces de l’ordre. La journaliste de Blast revient sur des photographies diffusées par BFMTV, montrant la présence des renseignements territoriaux avant et après «la rixe». Ces images nourrissent, selon le média, de nouvelles interrogations sur le déroulé exact des faits et sur la chaîne des responsabilités. Raphaël Arnault s’en saisit pour mettre en cause, très directement, le ministère de l’Intérieur et les services de l’État. «La responsabilité est immense», affirme-t-il, avant d’insister sur le contexte lyonnais, qu’il présente comme marqué de longue date par des violences imputées à des groupes d’extrême droite.

Il met aussi directement en cause Laurent Nunez, accusé d’avoir, selon lui, attribué trop rapidement une part de responsabilité politique de son parti. «La France insoumise, qui, manifestement, évidemment, n’a rien à voir avec cette affaire», insiste-t-il. Le député dénonce «une indécence immense» et va plus loin encore, parlant d’un «mensonge» de la part du ministre de l’Intérieur. Selon lui, les autorités savaient dès le départ que les faits n’étaient «pas en lien direct avec la conférence (de Rima Hassan, NDLR)». «Il le savait dès le départ», soutient-il, estimant que les renseignements disponibles contredisaient d’emblée toute lecture trop rapide des événements.

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