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Whitney Miller pensait être la « candidate parfaite » pour rapidement obtenir une charge d’enseignement du français langue seconde au conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB). Spécialisée dans le domaine dans le cadre de son baccalauréat à l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB), elle raconte s’être plutôt butée à la bureaucratie.
La Torontoise a reçu son diplôme en enseignement de l’UNB en juin 2025. Elle a rapidement contacté le TDSB dans l’espoir de pouvoir enseigner cet été là, même avant d’obtenir son autorisation de l’Ordre des enseignants de l’Ontario (OEEO). Elle avait lu sur le site web du conseil que ce dernier était à la recherche d’enseignants de français qui n’avait pas encore leur autorisation de l’OEEO.
Au mois d’août, je suis passée dans des écoles du TDSB pour leur demander en personne, explique-t-elle.

L’enseignante déplore les délais associés au recrutement au conseil scolaire public anglais de Toronto. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
Des pépins bureaucratiques liés à sa demande d’embauche l’ont cependant privée d’une réponse rapide au TDSB, déplore-t-elle, si bien que l’enseignante a dû attendre plusieurs semaines avant de pouvoir effectuer une entrevue pour avoir la chance de faire de la suppléance.
Au Nouveau-Brunswick, je me sentais valorisée par leur Bureau de certification des maîtres et les conseils scolaires. Ici en Ontario, c’est tout le contraire : je me sens dévaluée.
Une réponse qui tarde
Mme Miller explique qu’elle a postulé l’an dernier afin de faire de la suppléance et obtenir des contrats à long terme au secondaire, pour finalement apprendre qu’elle aurait plutôt dû demander d’enseigner à l’élémentaire et que le conseil ne cherchait des enseignants non certifiés qu’à ce niveau.
Après ce qu’elle juge une longue attente, l’enseignante a été en mesure d’être ajoutée à la liste de suppléance, avant même d’obtenir son autorisation d’enseignement de l’Ordre, mais pas avant de commencer à enseigner dans des écoles privées de Toronto.
J’ai eu un peu de chance et il y a deux écoles qui m’ont invitée à venir travailler chez elles et c’était une très belle expérience.
Au début de l’hiver 2026, déçue et confuse, Mme Miller a toutefois échoué une entrevue lui permettant d’obtenir des contrats d’enseignement à long terme et tente pendant des mois d’obtenir de la rétroaction, en vain. Cette seconde entrevue, dit-elle, était pourtant très similaire à la première.
Je ne dis pas que j’étais forcément la meilleure candidate au moment de mettre la demande, mais le fait que je n’ai même pas le droit de voir c’est quoi les postes qu’ils ont, je n’ai pas compris ça, laisse-t-elle tomber.
Je crois au système public
Le choix du TDSB importait à Mme Miller et expliquait son intérêt à y décrocher une charge d’enseignement.
Ma fille a fait toute sa scolarité au TDSB et j’ai vu les profs qu’elle a eus et ils m’ont beaucoup impressionnée, raconte-t-elle. Je crois au système public et je crois dans l’importance d’une éducation pour tout le monde, ajoute-t-elle.

Une porte-parole du conseil scolaire affirme que 9,5 postes y sont vacants dans le programme de base de français et trois le sont dans le programme d’immersion. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell
Elle estime cependant que les difficultés qu’elle a rencontrées au conseil sont illogiques, étant donné les besoins en matière d’enseignement du français dont elle a entendu parler dans ses écoles.
Par courriel, Emma Moynihan, une porte-parole du conseil scolaire, affirme que 9,5 postes sont vacants dans le programme de base de français et trois le sont dans le programme d’immersion. Ces chiffres, précise-t-elle, fluctuent au cours de l’année.
Mme Moynihan affirme que le conseil scolaire a adopté plusieurs mesures afin de rationaliser le processus de recrutement des nouveaux enseignants. La porte-parole ajoute que le TDSB lancera un nouveau portail de recrutement lors de l’année scolaire 2026-2027.
Des délais à l’Ordre aussi
Du même souffle, Mme Miller critique la lenteur dans le processus d’autorisation des enseignants au sein de l’Ordre de la profession dans la province.
L’enseignante a reçu son permis d’enseignement du Nouveau-Brunswick au début du mois d’août 2025 et a soumis sa demande auprès de l’organisme ontarien une semaine plus tard. Whitney Miller n’a obtenu des nouvelles de l’Ordre qu’en novembre : l’un des documents qu’elle avait soumis n’était pas conforme.
Le 30 octobre, j’ai commencé à écrire avec des suggestions et à porter plainte. Et à ce moment-là, ça a commencé à bouger.
L’OEEO affirme que, dans presque tous les cas, les délais dans l’obtention de l’autorisation d’enseigner sont associés à des demandes d’inscriptions incomplètes. Si l’enseignant a déjà une offre d’emploi conditionnelle à l’acquisition de l’autorisation, l’Ordre peut accélérer le processus.
Dans ses échanges avec Mme Miller — que Radio-Canada a pu consulter — l’Ordre mentionne qu’il traite un nombre important de demandes d’inscriptions, ce qui pourrait expliquer les retards vécus par l’enseignante. L’OEEO a octroyé 3817 certificats d’inscription l’an dernier, contre 3470 l’année précédente, soit une hausse de 10 %.

L’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario octroie les autorisations d’enseigner dans la province. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Mme Miller, qui avait déjà l’autorisation d’enseigner au Nouveau-Brunswick, n’a par ailleurs pas été en mesure de tirer profit des changements législatifs apportés par l’Ontario aux enjeux de la mobilité de la main-d’œuvre.
Depuis le début de 2026, la province permet aux personnes occupant certaines professions réglementées — comme les enseignants — de recevoir un certificat valide pendant un maximum de six mois rapidement, pendant qu’ils s’inscrivent formellement à l’Ordre.
Il y a environ quatre mois, Mme Miller a postulé de nouveau pour faire de la suppléance et accéder aux postes à long terme au TDSB. Elle note que le processus de recrutement semble s’améliorer. Mais ses sentiments envers le conseil ont quelque peu évolué.
Honnêtement, je n’ai plus envie de travailler pour le TDSB. Je suis découragée et j’ai ressenti un manque de respect tout au long du processus, écrit-elle par courriel le 10 avril.


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