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«Je disais déjà des trucs imbitables» : sur RTL, Frédéric Beigbeder fait son numéro

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L’écrivain et critique littéraire faisait sa rentrée ce dimanche soir aux commandes de la nouvelle émission culturelle, «Tous les goûts sont permis».

Tous les dimanches, Frédéric Beigbeder revient sur les sujets qui font parler : littérature, cinéma, musique, spectacles, tendances et débats de société. «Pensée unique interdite!», dit le synopsis. Une heure d’échanges, de critiques et de confrontations d’idées. «Oui c’est un événement historique, merci de m’accueillir sur RTL», démarre l’écrivain et critique littéraire avec ce ton qu’il a fait sien.

Humblement piquant, naturellement gentil, génialement intello, drôle quand il faut, généreux avec ses invités comme avec les œuvres qu’il défend. «Elle va être pénible notre vie, s’amuse-t-il. On va lire des livres, parler de cinéma, de musique... Une émission sans pitié mais pleine d’amour pour la culture. Quelle joie de pouvoir dialoguer librement sur les livres et les films avec monsieur Éric Neuhoff  de l’Académie et du Figaro, un type de droite donc, et madame Marie-Dominique Lelièvre , de Libération, une gauchiste, oui. Et Guillaume Durand , l’autre immortel, de La Tribune Dimanche, qu’on ne présente plus».

Lire le dossier Les chroniques de Frédéric Beigbeder

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Les pieds dans le plat

L’auditeur le comprend. «Tous les goûts sont permis», ce seront quatre écrivains et journalistes de renom, dont l’animateur, qui chaque dimanche, à l’heure où les Français se désolent d’être déjà presque au lundi matin, échangent pendant une heure, sur un film, deux livres, trois musiques, ou l’inverse, c’est selon. Ce qui les oppose. Leurs goûts, leurs idées, leurs convictions, comme le veut le concept même de l’émission.

Ce qui les lie? L’écriture, tout ce qui attrait à la culture et cet appétit insatiable pour la littérature. Au sommaire ce soir : du cinéma, des livres et un morceau choisi parmi les dernières sorties d’album. Fallait-il aller voir L’Odyssée de Christopher Nolan? La rentrée littéraire - pourquoi sortir 500 livres quasiment le même jour alors que 90% d’entre eux vont aller au pilon?

Éric Neuhoff compare le voyage sans fin d’Ulysse aux parcours des candidats à la présidentielle et Guillaume Durand trouve que Matt Damon, même dans la peau du héros d’Homère, ressemble à «un type qui sort d’une salle de gym». Puis l’on s’interroge sur le côté woke ou désobéissant du péplum, de la présence de Zendaya au casting et du principe même de l’adaptation.

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Le ton est léger, pertinent. Beigbeder paraît content. Il faut dire qu’il maîtrise l’exercice. La rubrique suivante, «Le goût des autres», consiste à inviter ses trois interlocuteurs à présenter un livre qu’ils ont apprécié. Les autres l’auront lu aussi. Ou pas. «Ce n’est pas moi qui choisis le programme de mon émission . Attention vous devez convaincre en moins d’une minute sinon je lance la musique des César», lance celui qui fit ses débuts sur Paris Première, chez Thierry Ardisson.

D’abord Guillaume Durand, qui vante le dernier roman de Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie, un roman de prof en hommage aux profs, dont évidemment Samuel Paty. Neuhoff n’aime pas. il le dit. Vient ensuite le tour de Marie-Dominique Lelièvre, qui présente Rappelle-moi ma belle, le premier roman d’Anna Ostasenco Bogdanoff, la fille d’Igor Bogdanoff. Un roman de l’intime. Un climat incestuel. Une famille complètement fêlée. Et une grand-mère très allumée.

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Les jumeaux Bogdanoff s’étaient fait connaître à la télévision dans les années 80 dans l’émission «Temps X». On nous ressort alors une archive d’un certain Frédéric, en direct à l’antenne des jumeaux, évoquant sa passion pour la science-fiction. Le gamin - il doit avoir treize ans - définit le genre comme «une recherche prospective du possible». On a déjà compris que le garçon s’appelle Beigbeder.

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«Je disais déjà des phrases imbitables», confirme-t-il. Et le meilleur pour la fin. Éric Neuhoff défend La rédemption de Jean-Noël Orengo, sur l’écrivain fasciste Pierre Drieu La Rochelle. Quand même, pour le premier numéro, il aurait pu choisir un écrivain moins clivant. Le livre revient sur l’histoire d’amour entre Drieu La Rochelle et sa première femme Collette Jéramec, une femme riche, juive... qu’il a sauvée de la déportation.

Marie-Dominique Lelièvre n’est pas convaincue. Guillaume Durand élargit le débat sur les écrivains et le nazisme. «Une grande partie des élites intellectuelles de l’époque, d’un opportunisme total, ont collaboré», rappelle-t-il. «À part Gabin et Melville, la plupart des acteurs ont continué de travailler sous l’Occupation. Et le cinéma ne s’est jamais aussi bien porté que pendant la guerre. C’est malaisant, cette atténuation à la collaboration de papier».

Enfin, la «Pause fraîcheur» avec Stromae et Madonna en duo sur son dernier album. Et de s’en donner à cœur joie. «Une fille qui a chanté en sanskrit et à jeter sa petite culotte à Chirac. Respect», note Beigbeder. À quoi Durand répond qu’il la hait. «Mon pauvre vieux, tu n’y connais rien, lance-t-il à l’animateur. Encore une opportuniste. une arriviste typiquement américaine. C’est la plus grande catastrophe de l’histoire de la musique».

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Voilà, c’est fini, l’heure culturelle d’RTL est passée. Assez vite, en fait. Grâce à Frédéric Beigbeder. Grâce à ses invités. Si dans sa conception, cette émission n’est pas exceptionnellement originale - mais comment pourrait-elle l’être? - elle s’avère intelligente, rythmée, un poil disruptive, sans doute pas assez.

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Et l’on ne peut que se réjouir de son existence. Dans un paysage audiovisuel où la culture semble de plus en plus difficile à défendre, se voir proposer une offre nouvelle est de très bon augure. Longue vie à «Tous les goûts sont permis!». Chaque dimanche de 20 heures à 21 heures. Et non, monsieur Beigbeder, tout ce que vous dites n’est pas «imbitable».

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